Noir Jaune Blues, et après? Grez-Doiceau: une histoire de pigeons

 Beaucoup nourrissent le sentiment, à tort ou à raison, d'être les pigeons de l'histoire.
Beaucoup nourrissent le sentiment, à tort ou à raison, d'être les pigeons de l'histoire. - © Tous droits réservés

Cette troisième journée me laisse une fois de plus une impression contrastée. 

A neuf heures, Guy Pierre nous offre un café dans les locaux de la société familiale. L'entreprise est née en 1924. Le "Groupe Pierre" est aujourd'hui une société de transport et de logistique florissante. Elle s'est installée sur le terrain des anciennes papeteries de Gastuche, après la fermeture des usines en 1979. La société aligne désormais une centaine de camions et 80 employés. Guy vit à Grez-Doiceau, dans l'un des quartiers les plus huppés de la commune, voire du Brabant-Wallon: le Bercuit. Un lotissement de luxe sorti de terre autour d'un golfe. Guy a confiance dans l'avenir. Les perspectives économiques encourageantes ont permis d'investir dans du nouveau matériel roulant. L'une des grandes difficultés à ses yeux pour les entreprises aujourd'hui est de trouver de la main d'oeuvre qualifiée. "On ne forme pas assez nos chômeurs. Il nous manque de la main d'oeuvre qualifiée, je n'arrive pas à les trouver. Si on les formait ça irait mieux."

"Je paye un petit loyer à ma mère pour qu'elle puisse aller au home"

Trois heures plus tard, de rencontre en rencontre, nous arrivons à Cocrou, l'un des nombreux hameaux de Grez-Doiceau. Bernard prend un peu de temps pour venir nous ouvrir la porte de sa maison modeste. "J'étais en train de manger." Malgré cela il nous accorde une petite demi-heure de son temps. Bernard a 64 ans. Il vit dans la maison de sa mère. Il a du abandonner son travail de menuisier en raison d'une maladie. Il touche un petit revenu de la mutuelle. "Je paye un petit loyer à ma mère pour qu'elle puisse aller au home. Je fais attention à tout. Mais j'arrive au bout du mois." Et tous ces pigeons à qui Bernard donne du grain, ils viennent d'où? "Je fais de l'élevage. C'est pour la viande. Pour ma consommation." On est très loin du Bercuit.

Guy et Bernard habitent la même commune mais ne se connaissent sans doute pas. En fait, nous n'en savons rien. Mais entre les deux hommes, il y a un monde de différence, à quelques kilomètres de distance seulement. Pourtant, à bien y réfléchir, il existe un point commun dans le témoignage qu'il nous ont chacun livré: une forme de perte de confiance dans la politique traditionnelle.

Pour Guy, ce sont "les lenteurs administratives qui plombent l'économie, il y trop de gens qui sont assis autour d'une table à dire oui, non, oui, non, sans prendre de décision." Bernard, lui, ne vote que parce qu'il doit le faire. "Je mets un bulletin blanc! Qu'on vote pour un politicien ou un autre, il fait toujours à sa manière."

"Les jeux sont faits, les dés sont pipés"

Ils sont nombreux, ces gréziens qui nous ont confié ne plus vôter par conviction, mais uniquement par obligation. Les plus optimistes jugent que la démocratie a besoin d'un nouveau souffle. Certains estiment que leur voix ne pèse plus rien dans un balance qui penche trop à gauche pour les uns, trop à droite pour les autres. Une grosse partie de nos interlocuteurs disent que les jeux sont faits, que les dés sont pipés, que leurs représentants ne sont que des "pantins" manipulés par la "Finance". Quel que soit le quartier de Grez-Doiceau, beaucoup nourrissent en fait le sentiment, à tort ou à raison, d'être les pigeons de cette histoire.

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