Nizar Trabelsi extradé: "Un scandale pour un Etat fondateur de l'UE"

Alexandre Chateau, l'avocat de Nizar Trabelsi, déplore la décision de l'Etat belge d'extrader son client sans attendre un avis de la CEDH
Alexandre Chateau, l'avocat de Nizar Trabelsi, déplore la décision de l'Etat belge d'extrader son client sans attendre un avis de la CEDH - © RTBF

Alors que Nizar Trabelsi est "sans doute déjà aux Etats-Unis", son avocat Alexandre Chateau a déclaré qu'il chercherait à "aller plus loin", espérant obtenir un arrêt de la Cour européenne des Droits de l'Homme "qui invaliderait l'extradition" de son client.

Le tribunal de première instance avait donné une suite positive au recours en extrême urgence qu'Alexandre Chateau avait introduit. Mais il était trop tard pour interrompre l'extradition. "Nizar Trabelsi ne va certainement pas revenir pour l’instant puisqu’il est entre les mains des autorités américaines", déplore l'avocat.

S'il voulait à tout prix éviter le départ de son client, c'est surtout parce qu'il dit craindre "que pour obtenir les informations que Nizar Trabelsi avait sur la base américaine de Kleine Brogel, les autorités recourent à la torture, ou aux traitements humains dégradants, pratiques dont on sait que les USA n'hésitent pas à se servir lors d'interrogatoires".

La décision de l'Etat belge d'agir sans attendre un avis de la CEDH l'a fait bondir. "C'est un véritable scandale", dit-il. "La Belgique est un Etat fondateur de l’UE et n’a manifestement cure d'une décision qui lui interdisait d'extrader mon client vers les USA".

L'Etat belge prend "une position juridique et politique vraiment grave"

Didier Reynders a expliqué que la décision de la CEDH - datant de décembre 2011 et ordonnant la suspension provisoire de l'extradition de Nizar Trabelsi outre-Atlantique - "était toujours en cours" mais a ajouté qu'"il y a eu une décision du Conseil d'Etat qui a été rendue également", et que "la ministre de la Justice s'est exprimée sur le sujet".

Le ministre des Affaires étrangères a conclu en affirmant que "c'est une manière de gérer le terrorisme ensemble", avec les Etats-Unis. "Je crois qu'il faut être très ferme dans ce domaine".

La CEDH devait encore rendre un avis pour faire suite à la suspension provisoire de l'extradition. Françoise Tulkens, Docteur en droit et ancienne juge à la CEDH, rappelle que "tant que l'affaire est pendante, l'Etat belge ne pouvait pas procéder à l'exécution de cette mesure".

Elle déclare, en outre, que la Belgique ne risque pas grand chose dans les faits, mais précise que "quand un pays qui a joué un grand rôle dans la convention la viole presque volontairement", il prend "une position morale, intellectuelle, juridique et politique vraiment grave".

Déterminé à aller plus loin, Alexandre Chateau espère obtenir un arrêt de la CEDH "qui invaliderait l'extradition". "Alors on pourra aller plus loin", ajoute-t-il.

Pour lui, Nizar Travelsi "a tourné le dos à tout cela, il a purgé sa peine". Son client ne constitue selon lui "plus du tout" une menace.

RTBF

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