Nicolas Van Nuffel (Coalition Climat) : "L'ambition climatique de la note Coquelicot doit rester"

Nicolas Van Nuffel (Coalition Climat): "L'ambition climatique de la note Coquelicot doit rester"
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La note "Coquelicot" rédigée par le PS et Ecolo, après consultation de la société civile, a été rejetée par le PTB, le MR et le cdH.

Parmi les personnes consultées, Nicolas Van Nuffel, le président de la Coalition climat et le responsable du département Plaidoyer au CNCD-11.11.11. Il était l’invité de La Première ce mercredi.

Vous avez été reçu à deux reprises par les deux formations politiques dans le cadre de l’élaboration de cette note. L’enterrement du Coquelicot vous fait-il pleurer ?

"Non, c’est une étape parmi d’autres dans l’élaboration de futurs projets pour la Wallonie. Je crois qu’il faut saluer la démarche qui a eu lieu. La société civile est toujours reçue après les élections par les partis qui ont gagné, on l’écoute, puis c’est la boîte noire dans la négociation. Ici, il y a une démarche d’ouverture qui a eu lieu, il y a eu plus de 100 personnalités de la société civile qui ont été reçues de tous les bords et on a un projet qui est soumis aujourd’hui, qui est un projet qui nous semble être vraiment à la hauteur de l’enjeu de la transition, notamment en matière climatique. La question, c’est que maintenant il faut une majorité. Va-t-on détricoter le projet ou va-t-on construire dessus ?"

En tout cas, il y aura de nouvelles négociations, de nouvelles consultations. Cette note contenait-elle concrètement votre empreinte, l’empreinte de la Coalition climat ?

"Oui, quand on a lu le projet avec ce regard-là, on a eu un regard très positif, c’est-à-dire que c’est un projet qui affirme la nécessité pour la Wallonie d’arriver à zéro carbone pour 2050, avec une étape à -55%. C’est ce qu’on a dit dans toutes les marches : il faut une étape en 2030 de réduction de plus de moitié et il faut décarboner au plus tard pour 2050. Ça s’y trouve et il y a un tas de mesures concrètes pour promouvoir le vélo, promouvoir les transports en commun, isoler les bâtiments en ayant une attention particulière à la précarité énergétique, etc. Donc oui, aujourd’hui, il y a un projet qui est bon, mais il faut trouver une majorité."

La société civile est un contre-pouvoir et le politique a vocation à occuper le pouvoir

Donc un document qu’il ne faut pas jeter à la poubelle, qui doit servir de base de discussion pour les futures négociations. Est-ce clairement ce que vous demandez ce matin ?

"Voilà, et c’est normal, on va aller chercher un parti et tout le monde sait que maintenant l’étape suivante est qu’il doit y avoir une négociation avec le MR. On a entendu à ce micro-ci Jean-Luc Crucke, il y a quelques jours, qui disait qu’il y avait des éléments très intéressants dans cette note, mais que le MR souhaitait y mettre sa patte. C’est tout à fait normal. La question est : repart-on de zéro ou prend-on ça comme base pour y ajouter les impulsions qu’un partenaire supplémentaire devrait ajouter ? Pour nous, c’est vraiment important que l’ambition qui est dans la note reste, peu importe qui est au pouvoir."

Ecolo et le PS ont donc voulu construire leur programme en collaboration étroite avec la société civile. Cette relation étroite entre le monde politique et la société civile, de manière générale, vous semble-t-elle plus que jamais utile ?

"Oui, très clairement. On sait que le politique a aujourd’hui du mal à servir de boîte à idées. Il est là pour réaliser les projets communs, il joue un rôle très important, mais le rôle de la société civile est de venir avec des idées, de faire des propositions et c’est aussi parfois de critiquer. C’est important que chacun soit dans son rôle. La société civile est un contre-pouvoir et le politique a vocation à occuper le pouvoir. On va le faire main dans la main."

Et comment être certain de conserver son indépendance quand il y a des liens si étroits ?

"Ça dépend de ce que vous appelez des liens étroits. Ils nous ont reçus, on était chacun d’un côté de la table, on est arrivé avec nos propositions et on jugera sur pièce à la fin. Ce que je vous dis, c’est que le document, à cette étape-ci, nous semble à la hauteur de l’ambition. Si dans trois semaines on a un projet qui a construit d’autres ambitions que l’ambition de la transition climatique, vous entendrez notre voix".

Vous savez aussi qu’Écolo imaginait de construire un gouvernement wallon avec des représentants de la société civile comme ministres. Est-ce une idée qui vous séduit ?

"Il y a toujours eu des gens qui venaient de la société civile et qui allaient en politique, dans tous les bords politiques : Kris Peeters, Sabine Laruelle, Jean-Pascal Labille, etc. Ce sont tous des gens qui ont eu un moment de leur vie professionnelle dans la société civile et un moment dans le monde politique. Donc oui, c’est quelque chose de positif d’avoir des gens qui n’ont pas fait toute leur carrière en politique qui aillent occuper le pouvoir. Maintenant, il faut être très clair, quand on est dans la société civile, on est d’un côté, si on va de l’autre côté, on n’est plus un représentant de la société civile. On a un parcours société civile, mais quand on occupe le pouvoir, on n’est pas un contre-pouvoir."

Il faut avoir une vision globale de la fiscalité pour que ça ne soit pas les plus précarisés qui payent le coût de la transition

Des jeunes disent que les marches pour le climat n’ont servi à rien. Ont-ils raison ?

"Je comprends ce sentiment-là, mais je les appelle à faire comme nous et à attendre de voir sur pièce. On a eu un premier projet qui était de faire passer cette loi spéciale pour le climat et on a tous été extrêmement déçus de l’attitude de certains partis politiques qui a fait que cet élément-là de l’architecture de la transition climatique n’a pas pu voir le jour, et il va être très difficile aujourd’hui après les élections. Mais il y a maintenant un moment essentiel où le politique peut montrer aux jeunes qui sont descendus dans la rue qu’il les a entendus. Et c’est bien pour ça que nous avons été voir les négociateurs et que nous resterons très attentifs dans tout le processus de négociation et à tous les niveaux de pouvoir, pas qu’en Wallonie. On a aussi été reçus à Bruxelles, mais on n’a pas pu avoir des débats aussi approfondis et on n’a encore eu aucun contact avec le niveau fédéral. La transition doit se faire à tous les niveaux de pouvoir, de la commune à l’Europe."

Les nouveaux gouvernements ne sont toujours pas formés. Qu’est-ce qui peut bouger en attendant pour le climat ?

"Pour le moment, pas grand-chose. L’essentiel de notre travail aujourd’hui est donc vraiment de suivre ce qui se fait dans les négociations, parce qu’on sait qu’une fois qu’on a un accord de gouvernement, c’est lui qui va vraiment être la feuille de route pour les cinq ans qui viennent. On est donc attentifs à ce qui continue à se construire, par exemple au niveau européen, puisque actuellement on n’a pas encore la future Commission, mais le Conseil continue à travailler. Mais soyons clairs, aujourd’hui le cœur de notre attention doit être l’élaboration des projets pour la future Commission et les futurs gouvernements."

Cette idée d’écotaxe sur les billets d’avion que vient de décider le gouvernement français. Est-ce une idée à suivre ?

"De toute façon, il va falloir qu’on pose la question : est-ce sur les billets d’avion ou sur le kérosène ? Il va falloir poser cette question-là à un moment donné. Ce n’est pas normal que nous payions autant d’impôts quand nous utilisons la voiture, quand on paye en plus aussi cher pour prendre le train et que prendre l’avion soit si peu cher. Il faut avoir une vision globale de la fiscalité pour que ça ne soit pas les plus précarisés qui payent le coût de la transition, mais oui, payer des impôts sur le kérosène des avions me semble une évidence."

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