Nethys assigne 5 députés et exigent une indemnité provisionnelle de 50 000 euros

On l'a appris ce mercredi matin : Nethys, la société opérationnelle du groupe Publifin, a décidé d'assigner devant le tribunal civil de Namur cinq des députés les plus en vue de la commission d'enquête du parlement wallon. L'entreprise leur reproche d'avoir enfreint les droits de la défense à travers des atteintes à l'honneur, à la présomption d'innocence voire des fuites dans la presse.

Dans leur citation, les avocats de Nethys, demandent au tribunal de 1ère Instance de Namur de condamner solidairement les cinq députés à indemniser Nethys SA d’un montant de 50 000€ à titre provisionnel. A les condamner ensuite à financer la publication du jugement futur dans la presse belge. Et à les condamner enfin à l’ensemble des frais et dépens, y compris les frais de procédure.

Les députés cités sont Olga Zrihen (PS), la présidente de la commission, Patrick Prévot (PS), Dimitri Fourny (cdH), Stéphane Hazée (Ecolo) et Jean-Luc Crucke (MR).Tous ont réagi "comme un seul homme".

Une manière de contrôler ce qui se dit dans l'affaire Publifin

Olga Zrihen (PS), présidente de la commission Publifin a appris son assignation ce matin par la presse. Elle y voit une tentative de contrôle des parlementaires: "Ma mission, en tant que présidente de la commission, a été d’être égale devant toutes les personnes auditionnées et d’être égale devant les temps de paroles et les questions qui ont été posées. Et je pense que mes collègues ont fait de même. Je trouve que les procès d’intention qui sont faits sont une manière de vouloir contrôler ce qui se dit et ce qui se fait et peut-être aussi le point de vue de ce qui se passe dans l’affaire Publifin. "

Un parlementaire a le droit d'avoir des opinions

"Ça ne me fera pas changer d’avis, ni de point de vue, ni de méthode", assure pour sa part Jean-Luc Crucke. J’ai envie de vous dire que je persiste et que je signe. Un parlementaire a le droit d'avoir des opinions. C’est donc pour ça aussi qu’il est parlementaire, n’en déplaise à ces messieurs de Nethys qui manifestement ne sont pas habitués à la transparence."

Le parlementaire MR ajoute: "Nous irons jusqu’au bout de nos travaux, nous déposerons nos conclusions, ça ne peut être que salvateur pour la gouvernance publique." Et de conclure : "Il est plus que temps qu’on nettoie certaines écuries qui sont, je pèse mes mots, totalement corrompues."

Je m’étonne de cette démarche d’intimidation

Dans la droite ligne de ses collègues, la réaction du député wallon cdH Dimitri Fourny a, elle aussi, été immédiate: "Ma conviction profonde en sort renforcée", dit-il. "Je m’étonne de cette démarche d’intimidation, d’une volonté d’enfreindre notre travail en commission. Mais elle (l’assignation, ndlr) aura un effet exactement inverse. Cela ne fait que conforter notre conviction au travers des éléments que nous avons découverts. Nous devons absolument faire le ménage. Nous devons tourner la page de ce mauvais scénario liégeois. Il faut absolument que ces personnes qui ont des responsabilités lourdes dans la fractures que nous connaissons dans l’opinion publique s’en aillent, qu'ils cèdent la place à de nouvelles têtes et à un nouveau projet. On ne peut plus vivre dans cette époque et dans des conditions pareilles."

Une assignation qui ne fait "ni chaud, ni froid"

Patrick Prévot (PS), qui dit n’avoir toujours pas reçu cette assignation, assure qu'elle ne lui ferait "ni chaud ni froid" et qu'il poursuivrait son travail sans sentiment de revanche à l'égard de Nethys, mais avec autant de détermination.

Le citoyen est écœuré du scandale

Enfin, pour Stéphane Hazée (Ecolo), cinquième mandataire concerné, cette nouvelle tentative d'intimidation de Nethys démontre que le groupe n'a pas compris à quel point "le citoyen est écœuré du scandale". Il a lui aussi dénoncé une attaque contre la démocratie et s'est dit déterminé à poursuivre le travail parlementaire. 

Des relents de Kasakhgate

Dans l'entourage de la commission, certains n'hésitaient pas à dresser un parallèle entre l'attitude de Nethys et celle du Belgo-Kazakh Patokh Chodiev. Cette figure centrale du Kazakhgate avait annoncé le mois dernier qu'il attaquerait l'État belge et la Chambre en justice pour dénoncer l'attitude de la commission d'enquête parlementaire ainsi que les fuites et les déclarations dans la presse. 

Pendant ce temps, la commission Publifin poursuit son travail. Une nouvelle réunion à huis clos se tient ce mercredi. un rapport intermédiaire devrait être présenté à la presse  jeudi après-midi, Le rapport final étant attendu pour cette fin de semaine. Un rapport qui devrait être assorti de recommandations.

La réaction de Jean-Luc Crucke joint par téléphone par Juliette Hariga

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