Négociations : pourquoi la N-VA accélère au fédéral et ralentit en Flandre?

Négociations: pourquoi ça n'avance pas en Flandre?
Négociations: pourquoi ça n'avance pas en Flandre? - © DIRK WAEM - BELGA

La constitution d’un gouvernement flamand devait être une formalité, mais ça coince alors que la N-VA est à la manœuvre. Au fédéral, c’est l’inverse, cette négociation est censée être la plus compliquée et pourtant, la N-VA tente ces derniers jours d’accélérer les choses en multipliant les signes d’ouverture vers les socialistes et plus globalement vers les informateurs en soutenant même l’organisation de rendez-vous avec le PS. Alors pourquoi ces mouvements différents en Flandre et au fédéral ? Et bien parce qu’en réalité, la N-VA marche sur des œufs et essaierait d’installer des coalitions différentes en Flandre et au fédéral. Et le jeu est risqué.

En Flandre, le N-VA veut se passer de l’Open Vld

Depuis le 26 mai, au niveau flamand, la N-VA parle avec tout le monde même le Vlaams Belang. Voilà pour le message officiel, et c’est tout ce que les observateurs ont à se mettre sous la dent. Pourtant, il est clair que la coalition N-VA/Vlaams Belang ne verra pas le jour, faute de majorité et personne ne veut gouverner avec le Vlaams Belang. Alors, pourquoi ne pas simplement reconduire la coalition sortante (N-VA, CD&V et Open Vld) et ses 70 sièges sur 124 ? Et bien précisément parce que le formateur flamand Bart De Wever ne veut pas de cette coalition sortante. Pourquoi ? La réponse se trouve à l’échelon fédéral.

Pour être au pouvoir au fédéral, la N-VA aura nécessairement besoin des socialistes pour constituer une coalition Bourguignonne (N-VA, socialistes et libéraux, éventuellement augmentée du CD&V). Et il faudra être généreux avec les socialistes pour qu’ils montent. Les socialistes flamands sont déjà au pouvoir avec la N-VA au niveau communal à Anvers et pour les convaincre de monter au fédéral, la N-VA aimerait les faire participer au gouvernement flamand. Autrement dit, un axe N-VA/sp.a (48 sièges) serait envisagé en Flandre par Bart De Wever pour s’assurer de la participation socialiste au fédéral. Reste donc à trouver un troisième parti pour s’assurer une majorité en Flandre (au moins 63 sièges) : le CD&V (19) ou l’Open Vld (16), mais pas les deux. Et là, c’est l’arithmétique qui parle.

Le Parlement flamand compte 124 sièges, la majorité est donc de 63 députés. Ensemble, N-VA, Vld et sp.a comptent 64 élus alors qu’une coalition N-VA, CD&V et sp.a en compte 67. La majorité à 64 sièges est beaucoup trop risquée et la préférence de la N-VA irait donc au CD&V.

Open Vld et la "coalition Dewael"

Bref, l’Open Vld serait laissé de côté au niveau flamand, mais la N-VA doit très prudente avec les libéraux flamands et ne peut pas se permettre de couper les ponts avec eux. Ils sont indispensables au niveau fédéral et pour plusieurs raisons. D’abord, la Bourguignonne telle qu’envisagée par la N-VA et les informateurs implique la N-VA, les libéraux et les socialistes. Sans l’Open Vld, cette formule n’a plus la majorité : 68 sièges sur 150, il en faut 76. Il faudrait alors éventuellement l’appoint du CD&V, qui pèse le même poids que le Vld et qui reste en embuscade au fédéral.

Mais remplacer l’Open Vld par le CD&V n’est pas uniquement arithmétique. Il est en effet impossible d’exclure l’Open Vld sans froisser également le MR, son parti frère côté francophone. Leurs destins sont liés dit-on, et sans le MR, cette coalition est vouée à l’échec. Impossible donc d’exclure l’Open Vld d’une coalition fédérale.

Enfin, l’Open Vld a le rôle de faiseur de Roi dans cette négociation. C’est lui qui peut choisir d’installer une coalition avec la N-VA… ou de l’exclure pour lancer une coalition traditionnelle avec les verts (libéraux, socialistes, CD&V et écologistes), qui compterait 88 élus. D’ailleurs, cette deuxième coalition a déjà un nom : la "coalition Dewael". Elle a servi notamment à élire Patrick Dewael comme président de la Chambre contre le candidat de la N-VA, mais aussi de voter récemment le budget provisoire (appelé "douzièmes provisoires"), à nouveau contre la N-VA et le Vlaams Belang.

On récapitule : la N-VA a besoin des socialistes flamands partout, du CD&V en Flandre (et éventuellement au fédéral) et de l’Open Vld uniquement au fédéral, mais pas en Flandre, sans le froisser. La N-VA doit donc ménager l’Open Vld. Il nous revient que l’Open Vld aurait compris le jeu de la N-VA et souhaiterait s’assurer d’une participation flamande avant de signer au fédéral. Pour Bart De Wever, c’est l’inverse d’où les tentatives d’accélération des négociations fédérales. Mais la partie est serrée, très serrée.

 

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