Négociations interprofessionnelles, c'est parti pour les discussions salariales

Le groupe des Dix réuni pour un accord interprofessionnel (archive 2017)
Le groupe des Dix réuni pour un accord interprofessionnel (archive 2017) - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Les négociations pour un accord interprofessionnel ont débuté entre organisations syndicales et fédérations d’employeurs. Ces négociations ont lieu tous les 2 ans, et elles sont un moment important de la concertation sociale dans notre pays puisque qu’elles concernent plus de 2 millions de travailleurs du secteur privé. Les interlocuteurs sociaux doivent fixer la hausse des salaires dans le secteur privé pour ces deux années, 2019 et 2020, des hausses au-delà de l’indexation automatique et des hausse barémiques. Mais pas seulement. L’accord devrait aussi intégrer des mesures liées aux conditions de travail dans les entreprises.

Hausse des salaires

Les discussions sur les hausses de salaires pour 2019 et 2020 sont encadrées par un rapport technique, celui du Conseil central de l’économie. Ce rapport est attendu ce mardi ou mercredi, il doit fixer la norme salariale, c'est-à-dire la marge d’augmentation salariale qui sera négociée entre patrons et syndicats. Et c’est la loi de 1996 qui fixe les modalités de son calcul. 

L’objectif de cette loi est de promouvoir l’emploi et de protéger la compétitivité des entreprises par rapport à 3 pays voisins (l’Allemagne, la France et les Pays-bas) et d’éviter que les coûts salariaux ne progressent plus vite en Belgique que chez nos voisins.

On ferme donc les yeux sur les milliards de réductions de cotisations patronales dues au Taxshift

Le gouvernement Michel a réformé cette loi en 2017. Cette réforme est contestée aujourd’hui encore par les syndicats. "C’est une mauvaise loi", explique Marie Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, "Elle corsette les salaires, elle les enferme dans des limites beaucoup trop strictes". La norme salariale qui sortira des négociations est désormais impérative, on ne pourra plus y déroger dans les secteurs et les entreprises, sous peine de sanctions.

"Cette loi crée une injustice flagrante, puisqu'elle exclut les aides qui sont données aux employeurs du calcul du coût salarial en Belgique, ce n’est pas normal, explique Robert Vertenueil, président de la FGTB. On ferme donc les yeux sur les milliards de réductions de cotisations patronales dues au Taxshift". Ce qui fausse, disent les syndicats, les calculs. Cette loi intègre aussi une marge de sécurité dans le calcul (une marge de minimum 0,5%) qui sera déduite de la marge disponible pour les hausses de salaires.

Pour Marie-Hélène Ska, "il va donc falloir faire preuve d’imagination si l’on veut répondre aux attentes légitimes des travailleurs en matière de pouvoir d’achat (et éviter que la norme salariale ne reste à 0%). Le président de la CSC, Marc Leemans réclamait en décembre dernier une hausse de 1,5%.  "Un objectif qui me parait sérieux, enchaine le président de la FGTB, Robert Vertenueil. On a bien dérogé à la Loi de 1996 lorsque le gouvernement a imposé un saut d’index, on peut aussi y déroger lorsqu’il s’agira d’établir la norme salariale".

Du côté des organisations patronales, et de la FEB en particulier, on reste très discret. On n’exclut pas une hausse mais modérée, d’autant que du côté des entreprises on continue à évoquer un "handicap historique" remontant à avant 1996 et qui doit encore être comblé. Selon la FEB il était encore de 9% en 2016.

Enveloppe bien être et les autres dossiers

Outre les hausses de salaires, cet accord devrait aussi intégrer d’autres volets. La FGTB, elle, souhaite intégrer une hausse du salaire minimum interprofessionnel. Il fixe la barre à 14 euros brut/heure. Il est actuellement de 9,65 euros.

Il y a aussi ce que l’on appelle l’enveloppe bien être. Cette enveloppe inscrite au budget fédéral vise tous les deux ans à revaloriser une série d’allocations sociales (pensions, chômage, maladie) qui ont décroché de l’évolution des salaires dans les années 90.

Son affectation relève des négociations entre syndicats et employeurs. Cette fois, le gouvernement Michel a promis 716 millions d’euros sur 2 ans. Mais le gouvernement Michel est désormais en affaires courantes et son projet de budget 2019 n’a pas été adopté au parlement… il va donc falloir trouver une solution avec les députés à la Chambre. Du côté des interlocuteurs sociaux, on estime en tout cas que cette enveloppe est acquise.

Les syndicats veulent aussi mettre la question des fins de carrière sur la table, et notamment des mesures d’accompagnement pour les travailleurs âgés. "Comment fait-on pour améliorer le taux d’emploi des plus de 55 ans, tout en tenant compte de la réalité des conditions de travail", explique Robert Vertenueil. "Les chiffres des maladies invalidité explosent, enchaîne Marie-Hélène Ska, ce n’est pas normal". La secrétaire générale de la CSC qui insiste aussi sur le dossier mobilité, pour encourager d’autres modes de déplacement que la voiture, mais aussi pour que "ceux qui utilisent leur voiture tous les jours pour aller travailler ne doivent pas payer pour se rendre au travail".

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK