Négociations gouvernementales : le parcours d'obstacles

Parcours d'obstacles vers le 16 rue de la Loi, siège du gouvernement fédéral
Parcours d'obstacles vers le 16 rue de la Loi, siège du gouvernement fédéral - © C. GILLOT - BELGA

Après avoir décidé de prolonger artificiellement Wilmès 2 ce jeudi, la route vers un nouveau gouvernement n’est pas pour autant dégagée pour les négociateurs.

On le sait, un accord de gouvernement reste un savant mélange de concessions et d’avancées mutuelles, un équilibre rare qui fait dire que " tant il n’y a pas d’accord sur tout, il n’y a d’accord sur rien ". Les sept partis (PS, MR, CD&V, Open VLD, SP.A, Ecolo, Groen) actuellement en discussion vont devoir s’accorder sur des dossiers qui les ont souvent vus s’opposer. Dans le désordre, quelques exemples non exhaustifs…

IVG

Pas le plus déterminant, mais le plus chargé symboliquement. Le genre de dossier à faire vaciller les institutions et la monarchie (1990). Ici, le CD&V est seul contre les six autres. Mais les chrétiens-démocrates flamands n’en démordent pas : il n’est pas question pour eux de dépénaliser complètement l’avortement et encore moins de porter le délai de l’intervention à 18 semaines après la conception. Socialistes et écologistes en ont fait un symbole du droit des femmes et abandonner face au CD&V constituerait pour eux un reniement de leurs engagements. Complication supplémentaire : la dépénalisation de l’IVG ne dispose pas du soutien d’une majorité de députés flamands. Du pain béni pour N-VA et Vlaams Belang.

Nucléaire

En 2003, une majorité socialiste-libérale-écologiste (tiens… tiens…) décidait l’abandon du nucléaire pour… 2015 ! Comme rien n’a été fait ou presque pour compenser la fermeture des centrales nucléaires belges (grosso modo la moitié de l’approvisionnement électrique du pays), celle-ci a finalement été reportée à 2025. On ne voit pas comment le pays pourrait en si peu de temps remplacer cette source d’approvisionnement. Mais les écologistes n’en démordent pas : fin du nucléaire en 2025. Ils en ont pris l’engagement. Reste à trouver comment le respecter face à des partenaires qui prolongeraient bien l’une ou l’autre des vieilles centrales.

Transition climatique

Dossier lié au précédent. Le nucléaire fait-il partie du problème ou de la solution ? Problème pour les partenaires de la potentielle coalition quatre-saisons en gestation : l’essentiel des compétences en matière d’économie d’énergie se situe dans les régions. Et en Flandre, c’est la ministre N-VA Zuhal Demir qui gère le dossier. Et elle a déjà menacé. La Flandre n’acceptera pas un plan climat contraire à ses intérêts. Face à l’Europe, faute d’accord entre ses niveaux de pouvoir, la Belgique risque de ne présenter qu’un plan minimaliste. Au grand dam, là aussi, des écologistes.

Mobilité

Dossier lié au précédent (bis). Là aussi, l’essentiel des compétences se situe dans les régions, le fédéral se limitant à gérer la SNCB dont la précédente coalition a fortement réduit les moyens. Quels financements supplémentaires, le rail pourra-t-il obtenir ? Comment coordonner l’action d’une Flandre qui pense à élargir le ring de Bruxelles et Bruxelles qui mise sur le cyclable ? Ecologistes et libéraux peuvent-ils s’entendre sur une réduction du recours à la voiture de société ?

Fiscalité

Le taxshift du gouvernement Michel est loin d’avoir été financé, même si les libéraux affirment le contraire. Plus largement, les socialistes parviendront-ils à faire fléchir les libéraux sur les " cadeaux fiscaux " accordés par le précédent gouvernement ? Tant le MR que l’Open VLD entendent bétonner ce qui a été réalisé par l’équipe Michel. Les socialistes, aiguillonnés par la FGTB, pourront-ils faire comme si de rien n’était ? Ne fut-ce que symboliquement, ils doivent obtenir la révision de certaines mesures du gouvernement Michel.

Et encore…

Il reste à s’entendre également sur le nom du Premier Ministre, celui/celle qui incarnera cette coalition, le maintien ou non de la pension à 67 ans (les socialistes avaient fait du retour de la pension à 65 ans, un préalable), la dette qui explose (12 milliards de déficit avant le Covid, près de 50 dit-on à présent), un budget pour 2021 (le dernier budget fédéral, celui de 2018, repose sur des choix effectués à l’automne 2017 !), une réforme de l’état sans majorité des deux tiers et où MR veut refédéraliser et le CD&V régionaliser, le refinancement essentiel de la Sécurité Sociale mais aussi de la Justice, les petites pensions, le F35 qui peine à voler et doit remplacer les F16 pour 2025, etc.… etc.

Le chemin vers une coalition gouvernementale, reste parsemé d’embûches et donc d’occasions d’échec.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK