Négociations fédérales: "A un moment donné, il faut clairement poser la question d'un référendum sur l'état du pays", selon Paul Magnette

Paul Magnette "en a marre". C’est, en français dans le texte, le message du président du PS à la une du Standaard ce vendredi. En pleine Saint-Valentin, le chef des socialistes francophones ne semble pas apprécier ce qu’il qualifie de "mariage forcé" avec la N-VA, en vue d’un potentiel accord pour sortir de la crise politique et former une majorité au fédéral. "Après huit mois, ça devient très profondément lassant, estime Paul Magnette dans Matin Première. J’ai l’impression que cette obsession que certains ont de vouloir à tout prix mettre le PS et la N-VA dans le même bateau ne fait qu’accentuer la crise."

Il n’y a jamais eu de coup de foudre entre socialistes et nationalistes. Mais pour Paul Magnette, ce n’est pas en accumulant les réunions que cela va s’arranger. "J’ai parfois l’impression que parce que par politesse, nous allons à toutes les invitations, on ne fait que prolonger la crise, on fait que laisser croire à certains qu’à un moment donné, ça va finir par aller", soupire le président du PS. Autrement dit : ce n’est pas parce que le PS accepte toujours de discuter avec la N-VA que les fiançailles sont proches. C’est pour cette raison que Paul Magnette a convoqué un bureau élargi de son parti, afin de décider ou non de continuer les discussions. "Il faut pouvoir clarifier la situation, explique-t-il. Je ne pense pas que continuer éternellement à aller à des réunions qui ne conduisent à rien va aider quoi que ce soit."

Trouver une majorité aux deux tiers

Les socialistes seraient-ils alors prêts à renoncer au pouvoir ? "Nous ne sommes pas indispensables. Si certains pensent qu’à la fin le PS va finir par accepter parce que de toute façon ils voudront aller au pouvoir, ils se trompent, martèle Paul Magnette. Le Parti socialiste ne va pas entrer dans un gouvernement à n’importe quel prix, pour le plaisir." Parmi les conditions du parti, mener "une autre politique" que celle de la dernière législature : plus sociale, pour rétablir les comptes de la Sécurité sociale. "Si le gouvernement précédent avait gagné les élections, ils auraient continué leur politique, et nous aurions continué notre travail dans l’opposition", conclut le président du PS.

Paul Magnette le dit : il est "lassé" par cette situation qui s’enlise. Pourrait-il définitivement éconduire tous les prétendants, et plaider pour de nouvelles élections ? S’il dit ne pas "en avoir peur", le socialiste précise qu’il "ne va rien faire pour les provoquer" : "ce n’est pas nécessaire : les électeurs ont fait un choix." Même si ce choix rend la situation très complexe… En retirant le Vlaams Belang et le PTB, rejetés chacun par beaucoup de partis, il faut faire une majorité de 80 sièges sur 120, soit des deux tiers. Avec des tendances radicalement différentes au nord et au sud du pays, entre la N-VA et le PS.

Nous sommes prêts à faire des compromis

Mais concilier le parti le plus populaire des néerlandophones et des francophones, n’est-ce pas justement la définition, pas très romantique mais réaliste, de la Belgique ? Refus catégorique de Paul Magnette : "Ça n’a jamais été le cas !" Pour le président du PS, une coalition est un mariage d’amour plutôt que d’intérêt. "Ce n’est pas en mettant les partis qui sont les plus opposés sur le spectre politique qu’on va y arriver, estime-t-il. Quand on fait des majorités, on essaie de rapprocher des partis qui sont du Sud ou du Nord, mais qui ont des points de vue partagés." En regardant, par exemple, du côté du sp.a, de Groen, du CD & V ou encore de l’Open Vld. "Il y a des alternatives, nous sommes évidemment prêts à faire des compromis", insiste Paul Magnette. Selon lui, la question n’est pas de s’opposer avec "le nord du pays", mais bien le nationalisme.

Fermer la porte aux négociations, ce serait un pas vers les élections… et en quelque sorte, un référendum sur l’état du pays. "Peut-être qu’à un moment donné, il faut clairement poser la question, assume Paul Magnette. Il y a des partis politiques qui reviennent avec de l’institutionnel, avec des demandes de régionaliser des pans entiers des compétences fédérales, y compris la sécurité sociale, alors que ce thème n’a pas fait partie de la campagne électorale." Le président du PS estime que la N-VA a le droit de poser cette question, mais "à visage découvert", et non pas "avec un masque pendant la campagne". "Je veux que les choses se fassent en toute clarté", tonne Paul Magnette. On ne badine pas avec la politique.

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