Myriam Delmée: "On essaie d'être loyal et le gouvernement 's'en tape'"

Myriam Delmée:  "Le gouvernement  joue le casus belli pour chaque dossier sur la table."
Myriam Delmée: "Le gouvernement joue le casus belli pour chaque dossier sur la table." - © Tous droits réservés

Avant de "réactiver" les prépensionnés, que le gouvernement fédéral favorise la création d’emploi. Tel est le message sans cesse répété de Myriam Delmée, secrétaire générale du Setca. Elle met les autorités en garde: désormais, les prépensions seront remplacées par des licenciements secs et les travailleurs plus âgés se retrouveront tous au chômage.

Les conflits sociaux, Myriam Delmée connaît, elle qui a négocié le plan social chez Delhaize durant de longs mois. La décision du gouvernement de remplacer la disponibilité "passive" de l’accord de concertation des prépensionnés par une disponibilité "adaptée" passe mal. " Cela veut dire que le gouvernement méprise la concertation sociale ". Selon la syndicaliste, la concertation n’est pas un jeu à trois: "Un gouvernement doit intervenir pour donner des moyens à la concertation et non pour remettre en cause les concepts négociés dans un accord entre partenaires sociaux. En Belgique, la concertation existe entre employeurs et travailleurs. Le gouvernement est en dehors de cela. "

Plus globalement, Myriam Delmée critique la mise en œuvre d’un dispositif qui ne tient pas compte de la réalité de terrain où le chômage est très important et où il n’existe pas de travail pour tout le monde. "A partir d’un certain moment, il est inutile de faire revenir les plus âgés sur le marché du travail. C’est une ineptie."

On arrête de travailler trop tôt ?

Interrogée sur le particularisme belge qui fait que la proportion des plus de 50 ans encore au travail est très réduite, Myriam Delmée répond que le véritable illogisme est que les employeurs n’engagent pas les plus âgés. "Et que l’on cesse de dire que c’est une question de coût. Un travailleur âgé est plus cher dans le monde employé, mais pas dans le monde ouvrier. "

La politique de la réactivation à tout prix

La secrétaire générale de du Setca évoque une rupture entre les syndicats et le gouvernement.

"Le plan Delhaize, c’est 1800 départs dont 1320 prépensionnables. Je fais quoi ? j’opte pour 1800 licenciements secs ? Bientôt il n’y aura plus de prépension parce que les conditions d’octroi sont telles que les gens ne partiront plus puisqu’ils seront appelables à tout moment. "

Sa principale critique s’adresse au gouvernement qui, à ses yeux, ne lie pas les cadeaux faits aux employeurs à la création effective d’emplois. "Et on veut rappeler les gens sur le marché de l’emploi comme ce sera bientôt le cas par la réactivation des malades pour trouver un emploi. C’est la politique de la réactivation à tout prix." Elle met les politiques en garde contre ce qui se produira lors de la prochaine restructuration: "Il n’y aura plus de filet et, surtout, dès 2019, on aura des drames sociaux plus importants qu’aujourd’hui. La prépension ce n’est pas la panacée, mais c’est la solution la moins compliquée, c’est tout." Une première mise en pratique de ce scénario pourrait apparaître dans le cadre de la restructuration chez Cora : "400 sorties en prépension sont prévues. Ils iront finalement au chômage? "

Que fera la FGTB

Dans les jours qui viennent, la FGTB ne jouera pas la prudence, se défend Myriam Delmée, mais elle mettra le dossier des prépensions en perspective par rapport aux autres dossiers: le saut d’index, l’injustice fiscale, la hausse de TVA qualifiée 'd’éminemment injuste'… " Il est clair que demain il y aura une première mobilisation et ensuite des contacts serrés au sien du front commun syndical. Mais pour l’instant le gouvernement joue le casus belli pour chaque dossier sur la table. "

"On essaie d’être loyal et le gouvernement, en face de nous, ‘sen tape’. " Dans les décisions finales, pour l’instant il n’y a pas grand-chose de social, conclut la syndicaliste pour qui l’action plus à gauche du CD&V ne fait aucune différence dans les faits.

Jean-Claude Verset

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK