Musée juif: le suspect pourrait rester en garde à vue 144 heures

Mehdi Nemmouche, est soupçonné, selon une source proche de l'enquête, d'avoir été en Syrie en 2013 auprès de jihadistes
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Mehdi Nemmouche, est soupçonné, selon une source proche de l'enquête, d'avoir été en Syrie en 2013 auprès de jihadistes - © AFP

Un homme soupçonné d'avoir tué trois personnes au Musée juif de Bruxelles le 24 mai a été arrêté vendredi à Marseille, porteur d'une Kalachnikov et d'un revolver du type de ceux utilisés dans la capitale belge. Il a été ensuite transféré à Paris. Un magistrat fédéral belge qui a confirmé l'arrestation a déclaré que "les présomptions qui pèsent sur le suspect sont importantes". Inconnu en Belgique, Mehdi Nemmouche a en revanche un casier judiciaire lourd de sept condamnations en France. Sa famille tombe des nues.

Selon le magistrat Fédéral, la personne interpellée n'était pas connue en Belgique, mais bien "pour des faits criminels en France." Le Juge d’instruction belge a émis un mandat d’arrêt européen en vue de l’extradition du suspect.

Le magistrat fédéral s’est réjoui de "la collaboration avec les autorités françaises, entre autre, ce qui a mené à l’arrestation du suspect ". Il a ajouté que plusieurs indices font croire à sa culpabilité, mais que ces indices font partie du secret de l’enquête.

Ce Français de 29 ans originaire de Roubaix (nord de la France), Mehdi Nemmouche, est soupçonné, selon une source proche de l'enquête, d'avoir été en Syrie en 2013 auprès de jihadistes. Il était fiché pour ces raisons par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui a été chargée de l'enquête.

Le suspect avait déjà été condamné pour braquage en 2009

Sur Twitter, Philippe De Camps de Belga écrit que Mehdi Nemmouche est "un braqueur du nord de la France, déjà condamné et probablement devenu jihadiste en prison". Mehdi Nemmouche, déjà été condamné par la justice, a précisé dimanche son avocate Me Soulifa Badaoui. Il avait été condamné avec deux autres prévenus en mai 2009, à deux ans de prison pour le braquage le 13 août 2006, d'une supérette de Tourcoing (nord de la France). "Il m'avait écrit de la maison d'arrêt en me demandant de bien vouloir intervenir", a rappelé l'avocate.

Remis dès vendredi aux agents de la DGSI, l'homme a été placé en garde à vue à Levallois Perret (Paris), dans les locaux de la police. Il est notamment poursuivi pour assassinat et tentative d'assassinat en lien avec une entreprise terroriste, a précisé une source judiciaire. Sa garde à vue, qui a débuté vendredi à la mi-journée, peut durer 96 heures, c'est-à-dire jusqu'à mardi, voire 144 heures, jusqu'à jeudi, si les enquêteurs devaient invoquer une menace terroriste imminente.

Arrêté lors d'un contrôle fortuit

Au cours des 24 premières heures, il a gardé le silence, et les sources interrogées par l'AFP estiment qu'il est trop tôt pour évoquer d'éventuelles complicités.

Le suspect, qui aurait été arrêté lors d'un "contrôle fortuit " se dit sans domicile fixe, a été arrêté à la gare routière Saint-Charles à Marseille par les douaniers, alors qu'il se trouvait dans un autocar en provenance d'Amsterdam via Bruxelles. L'arrestation aurait eu lieu alors que le service des Douanes était à la recherche de stupéfiants importés des Pays-Bas. Selon un témoin, un bagagiste, l'homme était "très calme", et répondait sans problèmes aux questions portant sur ses bagages.

Il était en possession dans ses bagages d'un fusil d'assaut Kalachnikov et d'un revolver avec des munitions. "Des armes du type de celles utilisées le 24 mai à Bruxelles", a expliqué une de ces sources.

Il avait aussi une caméra portative de type GoPro à l'instar du tueur Mohamed Merah, qui avait ainsi filmé en mars 2012 à Toulouse et Montauban (France) les meurtres, au nom du jihad, de trois parachutistes puis trois enfants et un enseignant juifs. Le Congrès juif européen avait immédiatement fait un parallèle entre l'affaire Merah et la fusillade de Bruxelles, qualifiée d'attaque antisémite par de nombreux responsables internationaux.

"Dommage que la caméra n'ait pas fonctionné en pleine action"

Selon notre correspondante à Paris, en visionnant les images de la caméro gopro, les autorités ont pu entendre: "Dommage que la caméra n'ait pas fonctionné en pleine action". Le suspect aurait bien eu recours à la caméra gopro mais a commis une erreur de manipulation qui l'aurait empêché de filmer son crime.

Des sources policières voient dans cette arrestation une forme d'amateurisme. Parmi les vêtements du suspect, figurait une casquette semblable à celle que portait le tireur du Musée juif d'après les images de vidéosurveillance diffusées par la police belge. La tuerie du Musée juif de Bruxelles a fait trois morts et un blessé grave, entre la vie et la mort: un couple d'Israéliens, une bénévole française et un employé belge, abattus en plein samedi après-midi par un tueur. La justice belge avait retenu dès lundi la piste terroriste.

Après cette fusillade qui a suscité une grande émotion au-delà de la Belgique, les autorités belges ont lancé un appel à la population pour retrouver l'auteur, en diffusant des extraits de vidéosurveillance montrant un homme s'approcher du musée, y entrer, tirer à plusieurs reprises avec une Kalachnikov sortie d'un sac noir, le tout en moins de deux minutes.

 

Réaction de la famille du suspect : "Il ne parlait pas de religion "

La famille du suspect s'est dite "très choquée" après avoir appris la nouvelle via la télévision. "On n'est pas bien et on ne s'y attendait pas", a déclaré à la presse une tante de Mehdi Nemmouche, devant la maison d'un quartier résidentiel de Tourcoing, où l'homme de 29 ans a vécu quelque temps.

Elle décrit son neveu, placé dans un foyer d'accueil peu après sa naissance avant d'être hébergé par sa grand-mère à l'âge de 17 ans, comme "quelqu'un de gentil, d'intelligent, scolarisé, qui avait fait une année d'université", mais aussi "très discret" et qui "ne se confiait pas facilement". La famille n'a "plus eu de contact avec lui" à partir du milieu des années 2000, alors qu'il était en détention. "Apparemment, il était dans une prison dans le sud. Nous, on ne savait plus rien. Il ne voulait pas donner de ses nouvelles, il ne voulait pas nous causer de problèmes", a expliqué un autre membre de sa famille. A sa sortie de prison, fin 2012, la famille a "eu la surprise de le revoir. Il est venu faire un petit bonjour, pour nous rassurer, puis on ne l'a plus jamais revu", a témoigné sa tante. "Il ne fréquentait pas la mosquée, il ne parlait pas de religion (...). C'est forcément en prison" qu'il a pu se radicaliser. Le jeune homme était tombé à l'adolescence "dans la petite délinquance", mais son arrestation dans le cadre de l'enquête sur la tuerie du Musée juif de Bruxelles, un "acte horrible, odieux", constitue "un fossé", a estimé l'un des membres de sa famille.

RTBF avec agences

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