Muriel Gerkens : "L'accès à un revenu minimum n'est plus un droit en Belgique"

Muriel Gerkens, Ecolo, était l'Actrice en direct sur La Prem1ère, face à Bertrand Henne.
Muriel Gerkens, Ecolo, était l'Actrice en direct sur La Prem1ère, face à Bertrand Henne. - © BRUNO FAHY - BELGA

Ecolo a suivi de près ses confrères du PS et de DéFI en mettant sur la table une proposition de loi proposant la dépénalisation complète de l'avortement. Les textes socialistes et démocrates seront d'ailleurs examinés aujourd'hui en commission du Parlement.

Muriel Gerkens, députée fédérale écologiste, était au micro de Bertrand Henne dans la matinale de La Prem1ère pour aborder ce sujet, ainsi que celui du nombre de personne bénéficiant du revenu d'intégration sociale, en hausse spectaculaire.

Un avortement "sans conditions"

En Belgique, l'avortement est partiellement dépénalisé et sous certaines conditions, depuis 1990. Cette notion de condition, c'est ce qu'Ecolo veut retirer de la loi.

"Il faut aller plus loin car l'avortement est un droit à la santé pour ces femmes qui ont une grossesse non désirée. Elles doivent avoir la possibilité d'estimer elles-mêmes qu'elles ne veulent pas de cette grossesse à ce moment-là" explique Muriel Gerkens.

"Ce qu'on ne veut plus, c'est que quelqu'un d'autre vienne évaluer le degré de détresse d'une femme qui demande l'avortement. Quand on pose ce choix, on est toujours en situation de détresse. Il faut un certain respect de cette démarche, de la part du corps médical."

"Ce droit à l'avortement est un droit régulièrement menacé. C'est aussi l'identité et la capacité de décision des femmes que l'on attaque."

On parle plutôt d'un droit à pouvoir disposer de son corps et à poser des choix de vie

Comme le disait Simone Veil, ministre française de la Santé qui a promulgué sa loi de dépénalisation partielle de l'avortement et conscience de la lutte féministe pour l'avortement, "Il faut éviter de créer un droit à l'avortement. (...) En aucun cas un gouvernement ne doit encourager l'avortement, il ne faut pas confondre ça avec la contraception." Ne va-t-on donc pas vers une banalisation de cet acte?

"Non, car on garde toutes les démarches autour d'une demande d'avortement, précise la députée Ecolo. Il y a une période de réflexion, une équipe qui s'interroge et aide la femme à prendre la bonne décision. Il y a bien évidemment encore des sanctions pour les personnes qui obligent une femme à avorter, ou pour les avortements clandestins."

"On parle plutôt d'un droit à pouvoir disposer de son corps, poser des choix de vie et à pouvoir réparer une grossesse qui n'était pas désirée. Avoir un enfant, c'est un projet, ça doit vraiment faire partie d'un nouveau projet de vie, n'imposons pas ça aux femmes."

"On n'est pas en train de dire que ce sera plus facile d'avorter, ça reste une démarche exceptionnelle. Il faut bien sûr faciliter et encourager le recours à la contraception. Cela fait partie d'une démarche responsabilisante et qui facilite ces choix de vie pour ces femmes."

Une "dynamique d'exclusions en chaîne"

Le nombre de bénéficiaires du RIS (revenu d'intégration sociale) a bondi de 13%. Une hausse très spectaculaire qui est manifestement liée à la réforme du chômage, ne permettant plus à un jeune qui sort des études à 25 ans et plus de toucher l'allocation d'insertion

"Les jeunes mais aussi les femmes sont les premières victimes de cette politique d'exclusion. Et j'en veux énormément au gouvernement précédent et celui-ci de considérer que quelqu'un qui, à un moment donné de sa vie, ne réagit pas assez vite pour être sur le marché de l'emploi, et bien cette personne se voit exclue de droit" s'insurge Muriel Gerkens.

"Mais en plus, ces personnes qui sont allées au CPAS demander le revenu d'intégration vont aussi être victimes d'exigences du même type, c'est-à-dire être actives dans la recherche d'un emploi d'une manière déterminée, sinon elles risquent d'être sanctionnées."

"Nous sommes dans une dynamique d'exclusion en chaîne qui aboutit à ce que le droit d'avoir un revenu minimum n'est plus un droit en Belgique"

Une alliance centriste avec un "air de rien"

L'idée d'une alliance des partis du centre (Ecolo, DéFI, cdH) a émergé puis vite été vite démentie ces derniers jours. Pour la députée, cette alliance pourrait-elle être bénéfique? "Je ne saurais pas être au centre, donc non. Ecolo a un vrai projet de société, et en tant que militante, c'est à ce projet que je rêve. Cela n'a pas de sens de nous regrouper et de perdre nos spécificités."

"De quoi a-t-on besoin? De projets de société à discuter et confronter avec d'autres, afin de trouver des solutions. Il ne faut pas se dire que l'important est de se rassembler pour être plus fort mais en ayant plus l'air de rien."

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