Mort à l'aéroport de Charleroi: la police n'a toujours pas de formation pour réagir face au "syndrome de délire agité"

La mort de Jozef Chovanec, Slovaque décédé en février 2018 après avoir été maîtrisé en cellule par la police fédérale, soulève encore de nombreuses questions. Selon la VRT, une enquête toxicologique montre que la victime n’avait consommé ni drogue ni alcool : elle aurait été atteinte du "syndrome de délire agité". Le syndicat libre de la police (SLFP) plaide en vain depuis 2013 pour que les agents soient formés pour faire face à ce type de syndrome.

Sur la vidéo diffusée il y a quelques jours, on voit Jozef Chovanec en train de se taper la tête contre le mur à sang avant l’intervention de la police. "C’est un énième cas de syndrome de délire agité", confirme Ignace Demeyer, urgentiste à la VRT. Mais qu’est-ce qu’un "syndrome de délire agité"?

"Excited delirium syndrome" en anglais, ce syndrome peut être provoqué par la consommation de moyens stupéfiants ou découlerait de troubles psychiques. "Il s’agit d’un état de conscience altérée allant de pair avec une connaissance et une perception diminuées et une forte agitation psycho-motrice. Les personnes atteintes de syndrome de délire agité manifestent entre autres les symptômes suivants : agressivité ou violence extrêmes, soupçon d’intoxication par des stimulants, insensibilité à la douleur, respiration accélérée, forte transpiration, agitation intense, nudité ou très peu de vêtements, vigueur exceptionnelle, …, sans que ces symptômes ne soient toujours concomitants", peut-on lire dans un rapport du comité P.

L’affaire Jonathan Jacob

Les images de ce Slovaque rappellent l’affaire Jonathan Jacob, un habitant d’Affligem de 26 ans décédé en 2010 dans une cellule de la police de Mortsel après avoir été maîtrisé par l’équipe d’assistance spéciale de la police anversoise. Dans une reconstitution des faits, la VRT avait diffusé trois ans plus tard pour la première fois les images de la cellule prises par la caméra. On y voit notamment qu’une grenade lumineuse est lancée dans la cellule, suivie par l’intervention de six policiers munis notamment de boucliers. Le jeune homme a reçu des coups de poing et a été immobilisé le temps de l’injection.


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À la suite de l’émission Panorama de la VRT, une enquête du comité P a été ouverte. Au final, les sept membres de l’équipe de la police spéciale d’Anvers ne se sont pas vu infliger de mesures disciplinaires.

Depuis 2013, nous demandons d’être formés

Dans un rapport publié en juin 2014, le comité P avait déjà constaté que seul le Commissariat général Special Units (CGSU) envisageait la possibilité que l’intéressé soit aux prises avec le syndrome de délire agité : "Il ne fait aucun doute que ce phénomène n’est pas suffisamment connu par les services de police."

Le comité P recommandait par ailleurs l’élaboration d’une procédure "personnes récalcitrantes" et de directives "sur la conduite à tenir avec des personnes qui présentent des symptômes du syndrome de délire agité".

Six ans plus tard, Vincent Houssin, vice-président du SLFP Police regrette qu’aucune procédure n’est prévue pour réagir face à ce syndrome : "Depuis l’affaire de Jonathan Jacob en 2013, nous demandons d’être formés pour savoir comment agir face au syndrome du syndrome de délire agité".

Même si la police fédérale a un instructeur qui explique comment faire face à ce type de situation en la personne du commissaire Herbert Van Santen, ce n’est pas suffisant pour le syndicaliste : "C’est une illustration parfaite de la structure de la police : on prend des initiatives locales, mais il n’y a pas de coordination. Pourquoi ne pas avoir étendu les cours à tous les corps de police ?"

Comité de concertation

De son côté, Erik Eenaerts, porte-parole du ministre de l’Intérieur De Crem, préfère ne pas s'épancher sur les raisons pour lesquelles la police fédérale ne propose pas encore de formation sur le syndrome de délire agité : "Une enquête judiciaire est en cours. Les commissions Justice et Intérieur se réuniront la semaine prochaine pour discuter de ce dossier. Nous préférons attendre cette commission avant de nous exprimer sur le sujet." Avant d’ajouter : "S’il y a des formations ou des manuels à élaborer, il est clair que nous le ferons en urgence."

Pour Vincent Houssin, il aurait fallu agir depuis de nombreuses années. "Les gens sur le terrain ont été laissés pour compte. Nous aborderons la question lors du comité de concertation du 2 septembre avec le ministre."

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