Moreau procède au dépeçage de Nethys avant de partir… vers une des filiales vendues : qu'est-ce qui pose problème ?

Voo et Win deux des filiales de Nethys, ont été vendues fin mai, quelques jours à peine avant les élections.

La révélation dans le journal Le Soir de ces ventes, tenues secrètes jusque-là, a mis sous pression le tout nouveau gouvernement wallon, à peine installé, mais aussi les administrateurs d’Enodia (ex-Publifin, le holding public chapeautant les activités de Nethys), réunis samedi en urgence pour prendre connaissance de ces ventes, ainsi que les cinq administrateurs Nethys : ils ont publié ce matin un long communiqué afin de se justifier.

Pourquoi Nethys vend-il ?

Dans la foulée du scandale sur les rémunérations des comités de secteurs de Publifin, des problèmes de gouvernance, des conflits entre les intérêts privés et publics, la commission d’enquête du parlement wallon et enfin le nouveau décret sur la gouvernance, Nethys a donc été mandaté par Enodia en décembre 2018 pour procéder à la privatisation de ses activités concurrentielles.

C’est donc à cela que se sont employés les administrateurs du groupe, dont Stéphane Moreau, le patron de Nethys, et François Fornieri, entre autres. Sauf que tout s’est déroulé dans le dos du conseil d’administration d’Enodia, l’intercommunale détenue par la province de Liège et 74 communes.

Que vend Nethys ?

Voo la filiale Telecom a été vendue au fonds américain, Providence. Une offre liante a été signée en mai dernier, pour acquérir 51% de l’entreprise. Le CA de Nethys dans un communiqué affirme, aujourd’hui, avoir travaillé "dans le respect du mandat qui lui avait été donné, et dans le respect de la confidentialité imposée par les affaires". Providence, se justifie Nethys, offre le meilleur choix, les meilleures garanties financières, et assure le maintien de l’emploi en région liégeoise.

Reste une question de taille à régler avant cette vente : le sort de Brutélé. Une clause suspensive indique que le rachat de Brutélé par Enodia doit être réglé au préalable. Les actionnaires bruxellois et wallons de Brutélé doivent en effet encore accepter de céder leurs parts à Enodia. Et là, rien n’est acquis...

Win, c’est l’opérateur télécoms de Nethys qui cible les entreprises, les administrations publiques et le secteur hospitalier. Le CA de Nethys a également signé en mai dernier une offre liante concernant la vente de sa filiale à Ardentia Tech, une société récemment créée qui appartient à Francois Fornieri et dont Stéphane Moreau est administrateur et délégué à la gestion journalière.

Ardentia (présidée par François Fornieri) est également candidat, avec le groupe industriel liégeois John Cockerill, à la reprise d’une autre filiale de Nethys, Elicio.

Après la sortie de Nethys de la presse française, avec la vente de ses participations dans Nice Matin et la Provence, il restera à sceller le sort des Éditions de l’Avenir.

Pourquoi cela pose problème ?

Ces ventes et ces projets menés par Nethys laissent en suspens de nombreuses questions. Qui était au courant de ces deux offres liantes, et des projets avalisés par les administrateurs de Nethys en dehors de ces derniers ?

Qui était au courant chez Enodia ? La présidente de son Conseil d’administration, la socialiste Muriel Targnion ? L’ancienne ministre de tutelle, la MR Valérie De Bue ? Les ténors politiques ? Pierre Meyers, président du CA de Nethys assure ce matin dans le Soir avoir "tenu informés des progrès les principaux responsables politiques concernés. On les appelle dans notre jargon les mains invisibles, ils ne connaissaient pas le nom (ndlr : du repreneur de VOO, Providence) mais connaissaient les grandes orientations et même plus que cela".

Pourquoi avoir signé ces offres liantes avant le 24 mai, jour des élections régionales ? Une précipitation afin d’éviter de devoir se conformer aux nouvelles contraintes du "Décret gouvernance", dont celle de devoir demander un avis conforme préalable de son actionnaire, Enodia ?

Stéphane Moreau, le patron de Nethys et François Fornieri administrateur de Nethys ont-ils respecté l’esprit et la lettre du Code des sociétés ? Tous deux sont vendeurs et dans le même temps acquéreurs pour Ardentia, de Win. Confusion de rôles, conflit d’intérêts ? Tous deux affirment avoir respecté les règles, un point qu’Enodia a en tout cas décidé de vérifier.

François Gemenne, professeur à l’Université de Liège et à Sciences Po paris résumait sur les antennes de la première ce matin ce qui posait problème : " Ce qu’on est en train de démanteler c’est un groupe industriel public, au profit de quelques-uns dont Stéphane Moreau et manifestement François Fornieri".

Stéphane Moreau s’offre "une porte de sortie"

Stéphane Moreau quittera donc Nethys dès que les opérations de privatisation seront abouties. Nethys le confirme dans un communiqué ce matin. Il travaillera pour le compte de François Fornieri, président d’Ardentia qui entend racheter Win et Elicio, Stephan Moreau y est déjà administrateur et délégué à la gestion journalière.

Une impression de "petits arrangements entre amis", François Fornieri précise d’ailleurs que quand il a fait "offre pour Win et Elicio, j’ai précisé que ce serait à une seule condition : je prends le management avec moi. Stéphane Moreau viendra chez Ardentia".

Encore beaucoup d’incertitudes

Il reste dans cette affaire Nethys beaucoup d’incertitudes. Et notamment en ce qui concerne la vente de VOO, suspendue à la vente de Brutélé à Enodia. Que vont faire les actionnaires de Brutélé ? Vont-ils accepter de vendre leur part ? Le feu vert appartient aux 27 communes actionnaires, et la décision devra être prise en conseil communal.

Comment vont réagir les actionnaires d’Enodia, la maison mère de Nethys, tenus à l’écart de toutes ces opérations, la province de Liège et les 76 communes qui composent cette intercommunale ? Les administrateurs devront se prononcer le 25 septembre prochain.

Comment le nouveau gouvernement wallon va-t-il gérer ce dossier ? L’envoi d’un commissaire spécial est évoqué, mais pas tout de suite."Il faut respecter les procédures", explique le ministre compétent, Pierre Yves Dermagne, qui va donc envoyer dans un premier temps un courrier et des questions à Nethys sur la légalité de tout ce qui a été entrepris.

Faute de réponse satisfaisante, un commissaire spécial pourra alors être dépêché auprès de l’intercommunale liégeoise. En attendant, dès ce jeudi au parlement wallon, la commission des pouvoirs locaux se penchera sur la question.

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