Mission d'identification du Soudan: "Des laissez-passer ont été délivrés" annonce Theo Francken

Theo Francken
Theo Francken - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

"Des laissez-passer ont été délivrés pour un groupe expulsable vers le Soudan", a indiqué vendredi sur la VRT le secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations Theo Francken. "Les interviews se déroulent quotidiennement", a-t-il rapporté de retour de New York au terme d'une semaine marquée par une vive polémique au sujet de la présence en Belgique d'une mission soudanaise d'identification des migrants arrêtés au parc Maximilien à Bruxelles.

"Nous allons essayer de les expulser vers le Soudan mais ils pourront et iront probablement en appel" devant le conseil du contentieux des étrangers, a poursuivi le secrétaire d'Etat N-VA. Le conseil du contentieux examinera leur cas à l'aune de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme qui garantit le non refoulement vers un pays où existe un risque de torture ou de traitements inhumains ou dégradants. "Si le juge décide qu'on ne peut pas expulser, cela ne se passera pas", a poursuivi Theo Francken.

Parmi la centaine de migrants arrêtés, une quarantaine a déjà été enregistrée en Italie où ils seront renvoyés, les autres étant en processus d'identification. Trois d'entre eux ont fait savoir qu'ils souhaitaient retourner au Soudan sur base volontaire. Parmi les personnes déjà identifiées, une dizaine de laissez-passer ont également été délivrés à des ressortissants que la mission d'identification n'a pas reconnus comme Soudanais. Elle a estimé que certains provenaient notamment du Soudan du Sud et de Somalie.

Droits de l'Homme

Pour le chef de groupe Ecolo-Groen Kristof Calvo, qui débattait sur la VRT avec Theo Francken, cette collaboration avec le Soudan constitue le problème essentiel. Le président du Soudan Omar el-Béchir est sous le coup d'un mandat d'arrêt international pour crimes de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. "S'il devait atterrir à Zaventem, nous serions obligés de l'arrêter". Selon le député écologiste, l'arrivée de cette mission envoyée par Khartoum a "mis à mal la disposition des gens installés au parc Maximilien à demander l'asile". Il s'agit donc d'un "problème qui est à la fois pratique et fondamental, celui des droits de l'Homme".

Mais pour Theo Francken, le problème est ailleurs: concernant les Soudanais, il n'y a eu qu'une demande d'asile dans les centres fermés en Belgique et une quarantaine sont enregistrés en Italie où ils seront reconduits. Au-delà, les missions d'identification à l'aide de fonctionnaires étrangers ne constituent pas quelque chose de nouveau, cela existe depuis cinq législatures, et même lorsque les Verts étaient dans la majorité fédérale arc-en-ciel (1999-2003), a-t-il rappelé. A l'époque, la collaboration n'était pas avec le Soudan, "mais avec la Russie dont il faut aussi voir les rapports sur les droits de l'Homme". Cela s'est fait "avec tous les gouvernements et cela se fait avec tous les gouvernements en Europe, aussi avec le Soudan", a-t-il précisé, rappelant qu'il y avait eu fin de l'année dernière une mission Frontex pour le Soudan partant de Hongrie. "On peut estimer que d'un point de vue éthique et moral, cela va trop loin, je peux l'entendre mais cela ne l'était visiblement pas quand il s'agissait de la Russie", a lancé Theo Francken à Kristof Calvo. "Il y a deux choses: le fait qu'ils veulent aller en Grande-Bretagne et le fait que nous ne voulons pas de deuxième 'Calais'. "On nous dit 'faites votre travail mais nous ne voulons pas voir les conséquences".

"On ne veut pas de Calais"

"Evidemment qu'on ne veut pas de Calais, ce serait indigne de notre société mais ce qu'il faut faire c'est informer beaucoup plus activement ces personnes sur les possibilités qu'elles ont, les procédures, de façon honnête et neutre", a réagi Kristof Calvo alors que les Verts accusent les autorités de vouloir décourager les migrants qui tentent de venir se réfugier en Europe. Le problème, a souligné le député écologiste, c'est que le secrétaire d'Etat s'est vanté cette semaine d'avoir voulu faire une "opération unique" en Europe, en collaboration avec le régime soudanais que fuient les réfugiés. "Est-ce que le secrétaire d'Etat est à ce point naïf qu'il pense que ces fonctionnaires vont garder ces informations pour eux, ce que cela signifie pour les familles restées là-bas?"

"Je respecte les droits de l'Homme, je n'ai jamais été condamné pour non respect des droits de l'Homme", a conclu Theo Francken. "Omar el-Béchir, oui", lui a soufflé Kristof Calvo.

Enfin, le chef de groupe Ecolo-Groen s'est une nouvelle fois distancié du photomontage réalisé par Ecolo j dépeignant Theo Francken en gradé de la Wehrmacht. "M. Fortuyn (Pim Fortuyn, homme politique populiste néerlandais, Ndlr) a été assassiné après une campagne de la gauche de plusieurs mois. Je ne vais pas me comparer à M. Fortuyn mais on criminalise ma personne. Ecolo j ne veut pas s'excuser. Pour moi, ils devraient tous aller un mois à Auschwitz et Birkenau", a estimé Theo Francken. En revanche, il a dit ne pas devoir s'excuser pour avoir dit vouloir "nettoyer" le parc Maximilien. "Il s'agissait de nettoyer le problème, pas les migrants", a-t-il répété.

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