Concertation sociale? Grève toujours !

Mise au Point: "Nous serions bien plus à l'aise de ne pas faire grève"
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Mise au Point: "Nous serions bien plus à l'aise de ne pas faire grève" - © Tous droits réservés

Ils sont arrivés dans les coulisses de "Mise au Point" sans se saluer. Jacqueline Galant dit même que "Monsieur Goblet l’a niée". Sur le plateau, en direct, la ministre et le syndicaliste ont en tout cas fait la démonstration que la concertation sociale est au point mort. "Nous n’avons d’autres choix que de faire grève", clame-t-on, côté syndical. "Quand on est dans la rue, on ne sait pas discuter", leur répond Jacqueline Galant.

Les grévistes iront-ils jusqu’au finish ? Demain, les crèves tournantes se poursuivent, côté francophone, dans les provinces de Liège et Namur. La SNCB annonce d’ailleurs des perturbations sur l’ensemble du pays. Des actions sont en fait prévues jusqu’à la grève générale du 15 décembre. Et le patron de la FGTB, Marc Goblet lance déjà un avertissement : "Si on doit constater le 16 décembre que la volonté du gouvernement c’est de passer en force, on attendra pas janvier pour de nouvelles actions." Notre débat de "Mise au Point" a mis en évidence qu’il reste encore du chemin pour apaiser le dialogue entre les syndicats et le gouvernement.

Morceaux choisis.

"Ils pensent que la concertation c’est nous recevoir, nous dire 'voilà notre programme' et dans le même temps on fait passer tous les arrêtés dans les comités de gestion", Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB, ne décolère pas et n'a de cesse de dénoncer l'absence de concertation du gouvernement issu de la coalition suédoise.

Face à lui, la ministre fédérale de la mobilité Jacqueline Galant (MR) lui renvoie la balle de la responsabilité de cette non concertation: "Si on veut concerter, il faut être autour de la table. Quand on est dans la rue, on ne peut pas être en train de discuter. (...). Dans l’accord de gouvernement, on trouve 117 fois le mot concertation". "Ce ne sont que des mots", l'interrompt Marc Gobelet. Le ton est donné et il est résolument à la confrontation. Ces deux-là ne seront pas d'accord une seule fois au cours de tout le débat.

Autre représentant syndical autour de la table ce dimanche, Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la CNE (centrale nationale des employés). Pour lui, le mouvement de grogne sociale est organisé par les syndicats mais malgré eux. Les organisations de défense des travailleurs s'en seraient bien passé aussi, selon lui.

"Ces grèves nous les organisons -avec facilité, parce qu’il n’y a jamais eu depuis 30 ans un soutien populaire aussi important à un mouvement de grève- mais nous ne les provoquons pas. Il faut dire où se situent les responsabilités. Nous serions bien plus à l’aise de ne pas faire de grèves, hein! Les grèves coûtent de l’argent à nos affiliés, elles coûtent du travail, elles mettent nos délégués en difficulté, qui se font prendre à partie. Nous préférerions 1000 fois qu’il ne faille pas faire de grève. Si nous n’étions pas face à un gouvernement de destruction sociale et de destruction économique qui écrit 117 fois (mais pourquoi pas 117 000 fois, l’encre n’est pas si chère) le mot concertation mais qui refuse de se concerter", explique ce représentant du syndicat chrétien.

"Après la grève du 6 novembre, nous sommes allés voir le Premier ministre qui a dit ‘oh, j’aimerais tellement qu’on puisse se concerter’. Quand les dirigeants syndicaux lui demandent sur quels dossiers on peut discuter, il a la bouche pleine de dents : 'euh... euh... on ne sait pas, voilà'. Et le soir même, M. De Wever, le vrai patron dit : ‘on ne changera rien’. Ils ont déjà tout décidé".

Les syndicats n'en démordent pas, il ne reste plus rien à négocier. Le MR n'en démord pas, la concertation doit encore avoir lieu et le gouvernement y est ouvert. "M’enfin, il n’y a rien de fixé. La concertation commence seulement, on est installé depuis un mois, laissez-nous le temps au moins de travailler", s'offusque Jacqueline Galant.

"On peut encore discuter de l’index, de l’âge de la pension? Ce n’est pas décidé?", lui répond Felipe Van Keirsbilckdu tac-au-tac.

Tout le débat est contenu dans ces quelques échanges à couteaux tirés. Et chacun campera sur ses positions jusqu'à la fin.

Le service minimum, éternelle pierre d'achoppement entre syndicats et MR

Comme l'a rappelé Jacqueline Galant, "l'accord de gouvernement dit que la SNCB et Infrabel doivent se réunir avec les organisations syndicales pour essayer de proposer l’organisation d’un service minimum". Mais que si rien ne bouge à ce niveau-là, c'est bien au gouvernement que va échoir la décision finale. "Si dans un délai, plus ou moins court ou plus moins long, on n’a pas de réponse, alors le gouvernement prendra l’initiative. (…) Donc nous attendons qu’un modèle nous soit proposé", précise la ministre.

Une nouvelle fois, les responsables syndicaux n'ont pas la même lecture des faits. Tout d'abord, selon Marc Gobelet, le service minimum est déjà une réalité, lorsque les choses se passent dans le cadre de la concertation sociale.

"Le service minimum, cela concerne notamment la sécurité et la protection de l’outil. Et là, les dispositions sont prises dans toutes les entreprises". Mais au-delà de cela, le leader syndical se dit contre le principe d'une loi qui imposerait un service minimum à la SNCB par exemple. "J’ai dit que j’étais contre le fait qu’on prenne une loi pour le service minimum. Cela doit rester dans la concertation, dans les entreprises concernées", a-t-il fait valoir.

De toutes façons, "le service minimum, aujourd’hui à la SNCB, c’est impossible en pratique", affirme le député fédéral Laurent Devin (PS). "La Belgique est un réseau en étoiles, quand il y a un problème à Liège, il y a des répercussions à Gand. Donc pour avoir un service minimum, il faudrait 65% des travailleurs. Aujourd’hui nous devons plutôt faire en sorte qu’il y ait vraiment cette concertation (afin d'éviter les grèves), c’est ce que nous demandons au PS".

Pour rappel, cela fait 25 ans que le MR a mis cette idée d'un service minimum sur la table. "Vous avez déjà été au pouvoir depuis, sans l’avoir fait. Alors on est dans le slogan ?", interpelle Thomas Gadisseux qui animait le débat de ce dimanche.

"On laisse les organisations syndicales négocier avec les entreprises, en concertation. Si cela ne marche pas, au final, c’est le gouvernement (fédéral) qui prendra l’initiative", explique la ministre fédérale.

"C’est crucial pour ‘usager privé et pour l’entreprises. La situation actuelle j’entends ces messieurs, qu’ils n’en veulent pas mais qu’ils n’ont rien d’autre à proposer", a déclaré pour sa part Vincent Reuter, Administrateur délégué de l’Union wallonne des entreprises. Donc pour le moment, il n’y a pas de solution pour l’instant dans la concertation. Et je pense que les organisations syndicales ne remplissent pas leur rôle à ce niveau-là".

Socialistes, syndicats, patrons et libéraux ne semblent donc pas prêts de trouver la même longueur d'onde. Dès lors, la grève nationale du 15 décembre pourrait bien ne pas être la dernière de la mobilisation contre la coalition suédoise.

RTBF

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