Mischaël Modrikamen se veut populaire et drague au MR

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Mischaël Modrikamen, le défenseur des petits porteurs dans l'affaire Fortis, s'est lancé en politique en créant le Parti populaire. Au micro de Matin Première, il revient sur les accusations d'extrémisme portées par le MR et sur le programme social du PP.

L'avocat reconverti en politique n'a pas digéré les propos de Richard Miller (MR), l'accusant de flirter avec l'extrême-droite. "Ca en dit long sur l'état du MR. Il y a quelques mois, il y avait une 'fatwa ' du MR à l'égard du PS qui était infréquentable, maintenant c'est une 'fatwa' à l'encontre d'une nouvelle formation de droite". Il se range derrière l'avis d' "experts", comme le directeur du CRISP Vincent De Coorebyter, qui, ayant analysé le programme du Parti populaire, en a tiré la conclusion que le PP belge se positionne comme un parti de la droite décomplexée, à l'instar de l'UMP en France et du Parti populaire espagnol. "Nous n'avons donc aucune leçon à recevoir de ce côté-là", tranche-t-il. Puis il enfonce le clou, invitant à regarder  qui compose la direction du PP, avec Rudy Aernoudt qui avait été accueilli en son temps au MR, ou Chemsi Cheref- Khan, qu'il présente comme "un militant musulman laïc" ou se targuant d'attirer beaucoup de militants MR ou de responsables locaux MR, qui seraient "en train de rejoindre massivement le PP". Mischaël Modrikkamen évoque d'ailleurs un "sondage mené sur internet", selon lequel 40% des nouvelle recrues du Parti populaire avaient voté MR précédemment.

Pour un "Islam des Lumières"

Au rappel d'une carte blanche publiée en 2006, dans laquelle il évoquait "Israël en guerre contre les 'nazislamistes'' " et l'implication des Etats occidentaux dans une guerre contre "les forces du mal", il ne renie pas le propos. Il s'agissait, dit-il, de signifier que "l'Occident avec ses valeurs est engagé dans une lutte qui prendra du temps, contre une série de forces particulièrement néfastes, conservatrices, qui veulent mettre à mal les valeurs de l'Occident". Se disant très "atlantiste", il estime que "nous devons beaucoup aux Américains, qui nous ont nourri pendant la première guerre mondiale et libérés pendant la seconde ; ce sont eux qui ont assuré notre sécurité pendant la guerre froide. Alors je ne dis pas nécessairement qu'il fallait s'engager à leurs côtés, mais en tout cas avoir été hostiles comme on a pu l'être aux côtés de la France, c'était pour moi une erreur fondamentale."

Mischaël Modrikamen avait également écrit que "l'Europe deviendrait une terre d'Islam sans combat". Il aperçoit clairement une montée en puissance de l'Islam, inquiétante "si l'Islam est revendicatif". "Toute la gageure est d'intégrer les musulmans qui viennent, et créer un Islam d'Europe". Il prône, avec son partenaire du PP Chemsi Cheref-Khan, un "Islam des Lumières". Il dénonce par contre les "accommodements raisonnables" actuellement discutés au sein des assises de l'interculturalité.

Sans se situer complètement dans le camp d'une Sarah Palin, trop "Amérique profonde" à son goût, il n'est pas tendre avec Barack Obama, chez qui il aperçoit "beaucoup de candeur, notamment dans le domaine de la politique étrangère ".  Au conservatisme dont on habille déjà le Parti populaire, il préfère le qualificatif de "populaire". "Nous sommes un grand mouvement de droite qui s'assume, un parti du changement. Nous ne sommes pas arc-boutés sur des droits acquis. Nous avons une vision de la société, que nous assumons autour d'une série de valeurs de droite, que sont la justice, la solidarité mais aussi la responsabilité". Il précise à cet égard qu'il "ne peut pas y avoir de solidarité sans l'effort de celui qui en bénéficie pour en sortir".

Et peut-être Mischaël Modrikamen se sent-il pousser des ailes, en observant que "dans les pays qui nous entourent, c'est plutôt la droite qui est aux affaires ou qui va y revenir". Un élan auquel il espère bien faire participer son nouveau parti, en ayant constaté  les "dérives de ce pays" , le "laxisme" par rapport à l'insécurité,  le "naufrage" de l'enseignement ou encore "l'abus" en matière de chômage. Toutes situations qui, selon lui, appellent "une sérieuse remise en ordre autour de valeurs différentes".

Recevoir et donner

Face au 1,4 million de chômeurs annoncés pour 2010, d'après le Bureau du Plan et alors qu'il n'y a manifestement pas assez de travail pour tout le monde, la proposition du PP de limiter l'octroi des allocations de chômage à 36 mois est-elle tenable et ne risque-t-elle pas de créer de la misère? "Le programme du PP est axé avant tout sur le travail", répond l'avocat, qui explique "qu'il n'y a aucun autre pays qui maintient le chômage pour une durée indéterminée; et nous pensons au contraire qu'il faut tout faire pour remettre les gens au travail". "Nous n'avons jamais dit qu'après 36 mois les gens ne toucheraient plus rien. Nous disons simplement que dans un Etat où chacun doit prendre ses responsabilités, vous ne pouvez aps, après qu'on ait tout fait pour remettre quelqu'un dans le circuit du travail, continuer à le faire bénéficier d'allocations sans apporter quelque-chose à la société." Et Mischaël Modrikamen de citer des exemples : "Un travail mi-temps au profit de l'environnement, au profit de l'éducation, dans des écoles, auprès de personnes âgées... ". Il assène : "Vous recevez et vous devez également donner quelque chose en contrepartie. Ca me semble la moindre des choses par rapport à tous les gens qui se lèvent tôt, qui travaillent, qui sont dans leur voiture aujourd'hui que de dire, OK, il y a des cas où effectivement on peut être dans la difficulté et la société doit être solidaire, mais à moment donné, après 36 mois, éventuellement il faudra donner quelque-chose en retour."

Sur l'idée de baisser les impôts de manière généralisée, ce qui devrait coûter très cher aux finances de l'Etat, le patron du Parti populaire précise que leur programme consiste d'abord à baisser l'impôt sur les bas salaires. Il veut porter le seuil de taxation à 12500 euros. Et s'il pose une limite de 29% de taxation, quel que soit la hauteur du revenu, il précise que cela serait dans le cadre d'une globalisation des revenus, mobiliers et immobiliers, ce qu'il estime plus juste.

Thomas Nagant

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