Migrants et Coronavirus en Belgique : "La crise sanitaire a taclé d'autres actions au second plan"

Les migrants appliquent au mieux le mesures sanitaires, assurent les organisations qui leur viennent en aide
Les migrants appliquent au mieux le mesures sanitaires, assurent les organisations qui leur viennent en aide - © HATIM KAGHAT - BELGA

Le 27 septembre, la Grèce a connu son premier décès de migrant dû au Coronavirus, dans un camp dédié à ces personnes qui transitent chaque année par millier par cette "porte de l’Europe". Une actualité qui rappelle que la Belgique est aussi traversée par de nombreuses personnes cherchant refuge loin de leur pays. Comme nous, ils s’adaptent à la crise sanitaire inédite que nous traversons. Si certains demandent l’asile, notre pays est une étape sur la route de nombre d’entre eux. Alors comment ces résidents temporaires, ou non, vivent-ils dans une Belgique métamorphosée par l’épidémie mondiale de Covid-19 ?

À cette question, les organisations qui œuvrent aux côtés des migrants et demandeurs d’asile s’accordent à dire qu’ils envisagent la crise "comme les Belges". "J’ai le sentiment qu’ils sont tout aussi stressés et angoissés par la situation que nous", témoigne Marie Polard, qui travaille au département Accueil des demandeurs d’asile de la Croix Rouge de Belgique. L’organisation coordonne plusieurs centres d’accueil de ces personnes en Belgique. Au total plus de 6000 personnes peuvent être hébergées dans leurs infrastructures disséminées partout sur le territoire belge.

"Eux non plus n’ont pas envie d’avoir le virus et de le partager", poursuit la jeune femme. Elle évoque toutefois quelques cas particuliers, "comme parmi les Belges", sourit-elle avant de préciser : "Ce sont surtout les jeunes qui sont difficiles à convaincre car asymptomatiques, même s’ils contractent le virus." Ceux-là sont plus réticents à respecter les mesures imposées par nos dirigeants.

Les mêmes règles pour tout le monde

Pour autant que dans les centres d’asile gérés par la Croix Rouge, tout a été adapté pour répondre aux exigences générées par la crise. "On limite la présence de groupes dans les restaurants en distribuant des barquettes dans les chambres, on a dessiné des marquages au sol, on a installé du gel hydroalcoolique à de nombreux endroits, détaille Marie Pollard. En cas de test positif, nous avons libéré des locaux pour pouvoir isoler des personnes."

On identifie les personnes à risque et on les isole s’il le faut

Pourtant, appliquer les mesures sanitaires avec autant de rigueur n’est pas envisageable pour tout le monde. Certains migrants ne souhaitent pas demander l’asile à la Belgique et sont parfois contraints à dormir dans la rue. L’exemple du Parc Maximilien, où se rassemblent un grand nombre de ceux qui traversent le pays en est une illustration. Pour ceux-là, la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés se mobilise depuis septembre 2015. D’abord pour leur offrir un toit, une douche, un repas ou juste un peu de chaleur. Mais aussi pour les aider à ne contracter aucune maladie et donc à ne pas être un risque pour les Belges.

Depuis le premier jour du confinement la Plateforme s’est mobilisée pour que les personnes de passage par notre pays puissent elles aussi être isolées et en sécurité. "Ils sont déjà bien au courant de ce qu’il se passe et sont très intéressés de savoir quelle est la situation dans leur pays d’origine ou dans les pays qu’ils envisagent de traverser", raconte Mehdi Kassou, porte-parole de l’association. Car même si l’association participe à l’hébergement de nombre d’entre eux, il estime encore que 150 à 200 personnes restent "en errance dans les rues de Bruxelles".


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Une connaissance de la situation sanitaire qui fait évoluer les demandes des personnes qui s’adressent aux équipes de la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés : "Alors que nous distribuons essentiellement des vêtements dans le Hub Humanitaire que nous coordonnons, on nous demande de plus en plus de masques et de gel hydroalcoolique", ajoute le porte-parole.

Dans les centres gérés par la Croix-Rouge, les résidents ont été impliqués directement dans la confection des masques. "Durant le confinement, tous les demandeurs d’asile de nos centres ont reçu un masque en tissu. Nous avons une chaîne de production, toujours en activité, dans notre centre de Tournai. Les demandeurs d’asile confectionnent eux-mêmes les masques, ils participent", se réjouit Marie Polard.

Les risques de foyers

Toutes ces procédures ne garantissent pourtant pas d’échapper au Coronavirus. Au centre d’accueil de la Croix-Rouge de Manhay, plusieurs résidents ont été testés positifs le 13 août 2020. Résultat : le centre a été confiné pendant six semaines. Les mesures restrictives pour les demandeurs d’asile hébergés dans cette infrastructure ont été levées la semaine dernière.

"On a fonctionné exactement comme le premier confinement vécu par tous les Belges, explique celle qui collabore à l’Accueil des demandeurs d’asile de l’association. On procédait à une batterie de tests de façon régulière, on en a fait quatre à cinq en tout. Si la situation n’était pas favorable, on maintenait le confinement en relation avec toutes les autorités compétentes et avec la commune." En bref, la durée de ce "lockdown bis" n’a jamais été définie et les demandeurs d’asile sont restés sans savoir quand ils pourraient sortir hors de l’enceinte du centre, tout comme la population belge lorsque le confinement a été décrété.

L’annonce du confinement a été bien accueillie

"Nous sommes dans un secteur où on doit beaucoup travailler dans l’urgence, explique celle qui collabore à l’Accueil des demandeurs d’asile de l’association. Le mot d’ordre de la Croix Rouge c’est de savoir rebondir. Mais quand on doit se concentrer à gérer une épidémie, c’est toujours coûteux en énergie. La crise du Coronavirus a taclé d’autres actions au second plan." C’est le cas pour les actions de sensibilisation, de rencontre entre demandeurs d’asile et population communales, … Toutes ces actions sont gelées, le temps que le contexte sanitaire permette à nouveau à la Croix-Rouge de s’activer sur ces terrains "très importants pour elle".

À Manhay, ce sont 140 jeunes qui sont hébergés mais les plus gros centres contiennent jusqu'à 600 personnes dont des familles.

Distanciation en toutes circonstances

Si les centres pour demandeurs d’asile gérés par la Croix Rouge de Belgique peuvent être un foyer propice à la diffusion du virus, les personnes qui vivent à l’extérieur sont encore plus à risque.

C’est justement les groupements et les mélanges de "bulles" que la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés tente d’éviter. "On a tous les jours entre 180 et 250 personnes qui gravitent à un seul endroit, c’est plus difficile de faire maintenir les distances de sécurité même si on essaye toujours de faire passer le message et ça fonctionne pour le moment", se réjouit Mehdi Kassou. Lorsque de nouvelles personnes arrivent, il y a très souvent des migrants "ambassadeurs", qui sont là depuis longtemps et connaissent la situation pour leur expliquer quoi faire dans leur langue."

On a traduit les mesures à appliquer dans toutes les langues pour qu’elles soient comprises par tous.

C’est à proximité du Quai de Péniche que les distributions de repas sont généralement organisées, à l’abri de la pluie. "La file faisait 80 mètres il y a 6 mois. Aujourd’hui, elle en peut aller jusque 300", ajoute-t-il. Distances de sécurité oblige, les migrants en transit dont le ventre crie famine sont aujourd’hui plus visibles alors que des bénévoles leur distribuent de quoi avoir le ventre plein.

"On essaye de sensibiliser les gens qui vivent à l'extérieur à rester en groupe restreint, d’éviter de se mélanger", conclut celui qui n’hésite pas à défendre les personnes en situation de transit par la Belgique. Car si toutes ces personnes qui attendent dans notre pays pour franchir une nouvelle frontière ou obtenir le droit d’asile sont considérées comme "à risques" en raison de leurs conditions de vie précaire, elles peuvent aussi être un risque pour les Belges si elles contractent le virus.

Pour quelles raisons toutes ces personnes sont-elles particulièrement sensibles à l’épidémie ? "Car ils sont face à l’inconnu, ça fait peur et ça s’ajoute à la situation qu’ils vivent qui est déjà très compliquée", répond Mehdi Kassou. Un inconnu qui ne semble pas s’éloigner alors que les règles liées au Covid-19 continuent de fluctuer en Belgique. De passage, les migrants vivent une situation similaire aux Belges "avec crainte et prudence", rappellent ceux qui œuvrent à leurs côtés. Une nouvelle piqûre qui rappelle que nous sommes tous dans le même bateau.

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