Michel Visart: "Je continuerai à accueillir des migrants"

La plupart des bénévoles qui recueillent un migrant pour une ou plusieurs nuits se mettent surtout en accord avec leurs valeurs. Qu’est-ce qui pousse ces citoyens à s'engager? Pour le savoir, nous avons rencontré l'un d'eux: Michel Visart, ancien journaliste de la RTBF. Aujourd'hui très actif au sein de cette plateforme citoyenne, il était présent dimanche soir pour former la chaîne humaine à la gare du Nord, et a décidé d’héberger des migrants.

Leur offrir le gîte est un minimum

" Nous avons été juste avant la grande chaîne pour voir s’il n'y avait pas des migrants à héberger", explique Michel Visart qui en a ramené deux à la maison, un Ethiopien et un Soudanais. " Nous étions de cœur et de conviction avec ceux qui étaient là-bas, et nous avons accueilli. Nous les avons toujours chez nous pour l'instant. "
Le but n’est pas de les accueillir sur le long terme explique Michel Visart : "En général, on les prend pour deux nuits, afin qu'ils aient le temps de se reposer. Ces gens, qui n'ont rien fait contre la loi, sont dans des états souvent terribles. Ils ont des rêves et des envies. Leur offrir le gîte, je crois, est un minimum. Et nous sommes des milliers à le leur offrir un toit. Nous mangeons, nous nous amusons, nous rigolons avec eux. Je pense que ça leur fait beaucoup de bien."

Il y a clairement un État défaillant

Dimanche soir l’expression "La résistance s'organise" a été utilisée par beaucoup. Michel Visart, éprouve aussi ce sentiment: " C’est de la résistance parce le gouvernement dit mener une politique ‘ferme et humaine’. Or, clairement, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Je pense aussi que c'est de l'engagement citoyen dans le plus beau sens du terme qui reprend en charge la politique. C'est la gestion de la cité, parce qu’il y a clairement un État défaillant. Quand on voit toutes ces dizaines de milliers de familles maintenant prêtes à accueillir, c'est extrêmement réconfortant. C'est quelque chose qui doit être entendu parce qu'il y a parfois des horreurs qui se passent. "

L’ennemi est désigné : Francken

Si Michel Visart est en résistance c’est contre un homme politique en particulier. "Soyons très clairs, c’est la politique pratiquée par le gouvernement, et je vise clairement ici le secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration, Theo Francken. On nous dit que c'est une question de vocabulaire. Ce n’est pas vrai. On a la conviction que son but est d'avoir le minimum de migrants. Il présente les migrants comme une charge, qui est assumée par les citoyens jusqu'à maintenant. Et jusqu'à preuve du contraire, à part être illégal dans notre pays, ce que je ne conteste pas, je pense qu'ils ne nous ont posé quasiment aucun problème. "
Cette résistance ne s’oppose-t-elle pas, aussi à une partie de la population. Une partie des Belges qui, visiblement, selon certains sondages en tout cas, approuve la politique menée par le gouvernement fédéral ?  Michel Visart se veut prudent face au risque d'opposer une partie de la population à une autre : " D'abord je pense que beaucoup de monde essaye de s’informer pour comprendre quelle est la situation aujourd'hui. Et je peux le comprendre, parce que l'environnement est incertain pour des tas de raisons. On sait que l'époque des migrations va continuer et va augmenter, et au-delà de ça, c'est une chose qu'il faut expliquer. Nous avons un devoir d'accueil. Qui dit que demain nous ne pourrons pas être dans le cas ? Je crois que c'est fondamental. "

Pas de fachos d'un côté et de bisounours de l'autre
 

Michel Visart refuse de diviser la population entre d’une part les ‘fachos racistes populistes’ et, de l’autre, les ‘bisounours bobo gauchistes’. "On voit que sur Internet parfois ça explose, mais je pense qu'ils sont extrêmement minoritaires. Pour le reste des citoyens que nous sommes, je pense qu'il faut comprendre, expliquer et partager. Et je peux vous dire que ce sont de belles expériences de recevoir ces réfugiés chez nous.
 

Et lorsqu’on lui fait remarquer que le Parlement fédéral doit débattre mardi d'une loi qui permettrait aux autorités de perquisitionner chez les citoyens qui hébergent des migrants, Michel Visart répond en deux temps : "Nous ne serons pas, nous citoyens, attaqués par rapport à ça, mais il est clair que je n'ai aucune envie de voir arriver la police chez nous comme nulle part ailleurs pour ce genre de chose-là. Par contre, je trouve la situation absolument scandaleuse. Il y a eu quelques petites bagarres l'autre jour sur un parking d'autoroute, mais globalement ces gens-là ne sont pas ici par plaisir. Ils nous ont raconté leur parcours et c'est dramatique. Ils ont tous envie -et on peut en discuter- d'aller en Angleterre. Ils n'ont rien fait d'autres. Ils n'ont pas de papiers, ils sont illégaux, mais est-ce une raison pour les traquer jusque-là ? Je pense qu’à ce moment-là la Belgique sera défaillante en termes de démocratie et d'humanité."
Et même si la loi est votée, Michel Visart assure qu’il continuera à accueillir des migrants chez lui.

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