Michel Draguet dénonce un "démantèlement des établissements scientifiques fédéraux"

Michel Draguet dénonce un "démantèlement des établissements scientifiques fédéraux"
Michel Draguet dénonce un "démantèlement des établissements scientifiques fédéraux" - © Tous droits réservés

Michel Draguet, directeur des musées royaux des Beaux-Arts, était l'invité de Matin Première ce vendredi, afin d'évoquer plusieurs dossiers chauds de la scène culturelle bruxelloise.

Le débat est vif autour du projet Kanal futur musée d’art contemporain, entièrement financé par la Région bruxelloise, qui va débourser 175 millions. "C’est ce qu’il faut pour rénover le Cinquantenaire, le musée des Beaux-Arts et ses fuites d’eau, et le Conservatoire" qui sont des institutions fédérales. Donc il y a une question qui se pose : pourquoi faire du neuf et laisser le vieux pourrir sur pied ? Simplement parce d’un côté c’est le Fédéral, et de l’autre, la Région et que les politiques ne se parlent plus. Mais les gens qui visitent les musées, n’en ont rien à faire de ces questions-là : ils veulent bénéficier d’une offre culturelle" martèle le directeur.

Prenant l’exemple de la Communauté flamande (Vlaamse Gemeenschap) qui travaille main dans la main avec le Fédéral en soutenant la rénovation du Musée de Tervuren, le directeur critique la région bruxelloise "qui, en quelque sorte, abandonne, renonce au Fédéral."

Amateurisme

"Le monde culturel se réjouit de ce grand projet, mais c’est la manière dont il est mis en œuvre qui est très surprenante" poursuit Michel Draguet.

"Il n’y a pas un cahier des charges." pointe l'historien, qui se demande donc si c’est plutôt un projet à objectif touristique, permettant des rentrées économiques, prenant pour exemple l’annexe du Centre Pompidon à Malaga, en Espagne (" Il n’y a pas de honte à ça "), ou à but socio-culturel, "mais qui n’a pas de rentabilité". "Mais comme on ne connaît rien du contenu, rien des frais de fonctionnement, mais qu’il y a déjà eu un concours d’architecte, et que le chargé de mission dit que le contenu sera vu au jour le jour, ça sent l'amateurisme."

"Tout ceux qui aiment Bruxelles veulent que ce projet réussisse, mais il ne peut pas réussir comme cela. (…) Ce n’est pas comme cela que l’on monte un musée, et je le dis en ayant créé le Musée Magritte, en ayant fait le Musée Fin de Siècle et en devant obéir à des règles drastiques."

Le projet n'est pas piloté culturellement depuis Bruxelles

Yves Goldstein, ex-chef de cabinet Vervoort, sera le futur directeur du Kanal, laissant planer le doute d’un monde politique qui s’immisce sur la scène culturelle.  Sans vouloir faire du bashing d’individu, Michel Draguet reconnaît les compétences d’un ex-chef de cabinet, "le problème, c’est que l’on a parfois le sentiment que d’être chef de cabinet, ça vous permet d’être aussi bien chargé de mission de la création d’un musée, directeur d’une centrale nucléaire. On a un peu l’impression que dès que l’on est passé par là, on devient omniscient. Mon problème, c’est que l’on a fait des tas de recrutement, et il n’y a pas un directeur artistique. Alors je me demande, lorsqu’ils rencontrent le centre Georges Pompidou, quelle langue parlent-ils ? "

"Le projet n’est pas piloté culturellement, intellectuellement par Bruxelles. Et donc, il se met pieds et poings liés à des décisions qui ne sont pas les siennes."

Le "combat" entre Fédéral et Région va même plus loin : le futur musée Kanal ne pourra pas exposer des collections venant d’institutions fédérales, par ordre de l’ancienne secrétaire d’Etat en charge, la N-VA Elke Sleurs. "La seule chose que j’ai envie de dire, c’est stop au gâchis. Mettons-nous autour d’une table, et trouvons une solution intéressante. Ce projet doit être fait professionnellement."

Dissocier une institution de ses collections

En réaction à l'annonce du départ (plus ou moins temporaire) des avions du musée de l'armée, Michel Draguet pointe la mauvaise gestion fédérale de ses institutions scientifiques. "Donc, on va passer au privé, avec une refonte des institutions. Et dans ce schéma-là, on dissocie une institution de ses collections et on les voit partir. C’est un modèle de démantèlement des établissements scientifiques fédéraux. Mais ces établissements sont d’abord un héritage de la Belgique comme nation, et ce sont des outils qui ont une histoire, qui sont des mémoires de la collectivité."

Des avions qui se retrouveront probablement sur le sol flamand. Sachant qu'une pièce qui reste plus de quatre ans en Flandre doit avoir l'aval du gouvernement pour quitter le territoire flamand, les craintes sont multiples.

L'historien conclut en demandant aux politiques de prendre leur responsabilité. "La culture, qui est un outil de développement économique : c’est non délocalisable, c’est durable, c’est quelque sur lequel l’on peut bâtir notre collectivité, donc c’est normal que l’on fasse de la politique avec. Moi ce que je demande c’est qu’on le fasse en étant comptable de l’argent publique, et pas en jouant avec."

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