Michel Daerden: les deux visages de papa, homme de chiffres et politique truculent

Michel Daerden lors d'un discours à Ans
Michel Daerden lors d'un discours à Ans - © CZVNIO BELGA

L'ancien ministre socialiste Michel Daerden, placé en coma artificiel dans le sud de la France suite à un double malaise cardiaque, est décédé ce dimanche. Il a eu une longue carrière de réviseur d'entreprise et d'homme politique, deux activités dont la proximité lui valurent des critiques. Sa truculence et son caractère de bon vivant ont façonné un personnage familièrement surnommé "papa" qui a déclenché une "daerdenmania".

Homme politique socialiste, licencié en sciences commerciales et réviseur d'entreprises, Michel Daerden est né le 16 novembre 1949 à Baudour dans l'entité de Saint-Ghislain dans le Hainaut mais a fait sa carrière professionnelle et politique en région liégeoise, à Ans puis à Saint-Nicolas, ainsi qu'au gouvernement wallon, à la Communauté française et au fédéral où il a occupé de nombreux postes ministériels avec une prédilection pour le Budget et les Finances.

Ce n'est pas première fois que l'ancien ministre connaît des problèmes de santé. Il avait été admis au CHU de Liège au mois d'avril, en raison d'une insuffisance respiratoire. Et plus tôt encore, au mois d'août 2011, il avait séjourné dans un service de cardiologie.

Enfant terrible du PS liégeois

Souvent présenté comme l'"enfant terrible" du Parti socialiste, et du PS Liégeois en particulier, Michel Daerden venait d'être désigné patron de W FIN, une structure satellite du groupe Tecteo. Il s'apprêtait aussi à se lancer dans une nouvelle campagne électorale à Saint-Nicolas, commune voisine de Ans dont il avait été bourgmestre entre 1993 et 2011.

Michel Daerden a connu tous les niveaux de pouvoir: le fédéral successivement à la Politique scientifique, puis au Transports dans les années Dehaene. Et aux Pensions entre 2009 et 2011.

Mais Michel Daerden a surtout été le grand argentier dans les gouvernements wallon et de la Communauté Française, pendant près de 10 ans, entre 2000 et 2009. Une science des chiffres notamment cultivée dans son parcours professionnel de réviseur d'entreprise, à laquelle il a dû renoncer en 1994, mais qui lui valurent longtemps la critique sur un possible conflit d'intérêt.

Mais Michel Daerden, c'était aussi un monument médiatique, le champion de la politique de proximité qui n'aimait rien tant que se faire appeler "papa". Pointé du doigt lorsqu'il apparaissait comme chef de clan dans les tensions au sein de la fédération liégeoise de Parti Socialiste, mais aussi respecté dans les années 90 lorsqu'il y endossa le rôle de pacificateur. Respecté aussi pas ses scores électoraux-records, comme ces 72 194 lorsqu'il poussait la liste PS à Liège au législatives de juin 2010.

Papa fait le buzz

Michel Daerden ne cachait pas son goût pour la dive bouteille (comme on le voit sur sa dernière carte de voeux, ci-contre). Souvent aperçu le verre à la main, mais aussi l'écharpe du Standard autour du cou, l'ancien ministre des Pensions a longtemps rêvé d'être chanteur. Si ses performances vocales ne laisseront pas un souvenir impérissable, Michel Daerden est devenu une star. Et pas seulement en politique.

Ses passages télévisés provoquent le buzz sur internet. L'homme est populaire. Il fait rire ou il agace. Comme en 2010, lors de sa sortie à la fin de la présidence belge de l'Union européenne lorsqu'il déclare: "Nous avons déposé à peu près en même temps, le Commissaire et moi-même un Livre vert sur les pensions. Lui, au niveau européen, moi, au niveau belge. Mais pour le moment, je suis impuissanté!"

Son personnage de papa exprimait à merveille la proximité qu'il avait avec ses électeurs, particulièrement à Ans. Michel Daerden en jouait: déguisé en empereur romain en couverture d'un magazine, se dandinant aux côtés des disc jokeys de la RTBF DJ Experience, invité des plus grands talk shows en France ou son portrait décliné sur des t-shirts, Michel Daerden savait profiter de l'onde de sympathie qu'il suscitait. Faiseur de voix, il s'est félicité de faire mieux à Liège que la tête liste PS Alain Mathot ("Alain a voulu jouer, il a perdu ce soir!")

Génie fiscal pour les uns, opaque pour les autres, les compétences propres de Michel Daerden ont été supplantées par son profil ultra-médiatique.

Le destin de Michel Daerden est devenu ces dernières années indissociable de celui de son fils, Frédéric Daerden, bourgmestre d'Herstal et député wallon puis européen PS, mais surtout réviseur d'entreprise spécialisé dans l'audit de sociétés publiques comme son père.

Actionnaire principal (99% des parts via diverses sociétés) du cabinet de révisorat Daerden, Cammarata et Co, créé par son père, il a repris ses gros clients, les intercommunales liégeoises et d'autres sociétés publiques, non sans soulever les mêmes questions d'incompatibilité entre les fonctions commerciales et politiques.

Michel Daerden a aussi deux filles, Aurore Daerden, DJ et styliste, et Elena Daerden, étudiante.

JFH avec D. Wathelet et P. Magos

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