Mehdi Kassou: "Il n'y a pas d'augmentation exponentielle du nombre de réfugiés"

L’invité de Matin Première, Mehdi Kassou, porte-parole de la plateforme citoyenne pour l'accueil des réfugiés, fait le point sur la situation des réfugiés alors que le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon (N-VA), a annoncé de nouvelles opérations d'arrestations de migrants.

Ce centre accueille en permanence des réfugiés. Les bénévoles ont professionnalisé les services en organisant trois équipes de permanence. Cette nuit, 117 personnes ont été hébergées dans le centre. Des familles ont également accueilli 183 personnes depuis le parc Maximilien et les familles se sont organisées entre elles pour en héberger 96.

La plateforme citoyenne pour l'accueil des réfugiés est opérationnelle depuis 2015. Le pôle a été relancé en juillet dans ce bâtiment mis à la disposition par la Ville de Bruxelles. Ils se sont d’abord concentrés sur l’accueil des femmes, des mineurs, des personnes âgées et blessées. Au mois d’août, ils ont ouvert à la population autour de la gare du Nord.

Comment ce mouvement citoyen a-t-il pu être mis en place ? "Via Facebook, c’est grâce aux réseaux sociaux que la magie s’opère. On crée des groupes et on les alimente. Il existe par exemple un groupe de 4000 personnes qui attendent de recevoir des missions de manière ponctuelle", explique Mehdi Kassou.

"On est très loin d'une situation comparable à Calais"

Le Parlement fédéral s’apprête à débattre d’une loi visant à autoriser la perquisition chez les citoyens qui hébergent ces migrants. "C’est pour faire peur et essayer de casser cet élan de solidarité. Ce projet de loi ne vise qu’à criminaliser un peu plus les personnes en situation irrégulière."

Or, selon le porte-parole, la mobilisation s'intensifie depuis l’annonce d'opérations policières dans les prochains jours. "On craint que les arrestations aient lieu lors de la distribution de nourriture. C’est le moment où ils sont les plus vulnérables. On risque de nous rendre coupables, que les rafles soient exécutées", s'inquiète Mehdi Kassou.

Selon le gouvernement fédéral, le but de ces opérations est d’éviter un Calais. Pour le porte-parole, il s'agit surtout d'une bataille de communication : "Alors qu’il y avait entre 10.000 et 15.000 personnes à Calais, même avec le pic du mois d’août avec 760, on en reste très loin. C’est une volonté politique de satisfaire un certain électorat."

Mehdi Kassou confirme qu’il y a 500 personnes aux alentours de la gare du Nord de Bruxelles. Par contre, il dément l'augmentation "exponentielle" du nombre de migrants depuis l'annonce de la suspension des rapatriements de Soudanais, comme l'a affirmé le ministre de l'Intérieur N-VA. 

"Pour le mois de novembre, on comptait 320 personnes. Le seul pic que l’on a remarqué s’est opéré entre le 25 novembre et le 10 décembre, bien avant l’interruption des expulsions. C’est surtout à cause du froid. Le froid fait en sorte que les gens arrêtent de se déplacer."

"La Belgique n'a pas rempli sa part du contrat"

Mehdi Kassou confirme que la majorité des personnes veulent aller en Angleterre, "mais dans 90 % des cas, c’est par défaut", nuance-t-il. "Ceux qui veulent qui veulent absolument aller en Angleterre sont ceux qui veulent rejoindre leur famille. Pour les autres, c’est toujours une discussion ouverte qui reste soumise à la convention de Dublin (ndlr: cette convention prévoit que les migrants doivent effectuer leur demande d'asile dans le premier pays d'arrivée de l'UE)."

Selon lui, il y a un accord de relocalisation au niveau européen et "la Belgique n’a pas rempli sa part du contrat : elle aurait du absorber 4000, aujourd’hui, on en est à 900 personnes." Il estime qu'il existe aussi des alternatives : la Belgique pourrait appliquer la clause de souveraineté qui permet de reconnaître le droit aux personnes présentes sur son territoire depuis un certain temps de demander l’asile. "Ça permettrait à ces 400-500 personnes de demander l’asile et de suivre la procédure. Il ne s’agit pas cependant d’une régularisation collective. Si leur demande est refusée, ils peuvent se voir proposer un retour volontaire", conclut-il.

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