Matins citoyens: Vous avez la parole face à Paul Magnette (PS)

Matins Citoyens est un rendez-vous où 6 citoyens peuvent interroger directement un ou une élu(e). Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi et tête de liste à l’Europe était ce matin l’invité du débat.

Stéphane Vanden Eede, animateur éducateur permanent à Ottignies-Louvain-la-Neuve voulait parler de fiscalité, en parlant du régime d’allocations d’insertion.

Paul Magnette répond : « Au niveau fédéral, on peut revoir l’ensemble du système d’allocation d’insertion, mais je pense que plus intéressant que de dire qu’on remet en place une formule d’allocation d’insertion, c’est de dire qu’on crée un vrai contrat de travail d’un an pour tout jeune qui n’a pas d’emploi depuis 18 mois, ce qui lui permet non seulement de se constituer des droits sociaux, et donc d’avoir un vrai droit au chômage au cas où il n’aurait pas d’emploi, mais aussi et surtout de se constituer une première expérience professionnelle, parce que pour beaucoup de jeunes, c’est ça l’entrave. Très souvent, on leur demande d’avoir une expérience, et donc c’est un peu le serpent qui se mord la queue et c’est comme ça qu’ils ne trouvent pas d’emploi ».

Jean-Claude Deleuze-Salmon, 66 ans, retraité, ancien ingénieur en télécoms et qui vient de Oteppe voulait évoquer la question de l’énergie avec Paul Magnette. « Vous proposez de sortir des énergies fossiles en 2050, vous proposez de fermer toutes les centrales nucléaires en 2025, entre les deux vous proposez de déployer des centrales au gaz, et en même temps, vous ne voulez pas d’augmentation pour la facture du consommateur et vous voulez réduire les gaz à effet de serre. Je me demande si ces mesures-là sont bien compatibles l’une avec l’autre. »

Paul Magnette explique : « Elles sont parfaitement compatibles si on commence par mettre la priorité sur la réduction de la consommation d’énergie. La meilleure énergie, c’est celle qu’on n’utilise pas. C’est ce qu’on a fait dans les Régions notamment, et donc il faut continuer à amplifier ce mouvement-là. Il faut ensuite faire en sorte de continuer à développer les énergies renouvelables. On n’a pas encore atteint notre objectif de 20%, et donc il faut accélérer les investissements. On a mis en place un vrai suivi très serré au gouvernement wallon pour atteindre l’objectif ; je parle de la Wallonie parce qu’il est évidemment plus compliqué à Bruxelles de développer des énergies renouvelables pour des raisons évidentes. Et ensuite, pour le reste, il faut compenser le solde, ce qu’il manquera quand on aura fermé les centrales nucléaires, par des centrales au gaz ».

Réduction de la TVA à 6%

« La première voie, c’est effectivement de dire quand les prix augmentent de manière excessive — parce que les producteurs disent effectivement que quand telle et telle centrale est à l’arrêt, ils sont obligés d’importer de l’électricité qui vient de France ou d’Allemagne, donc ils font exploser le prix de la facture — le ministre fédéral de l’Économie peut très bien fixer un prix maximum, on l’a fait en 2012-2013. Et le deuxième instrument, c’est effectivement de diminuer la TVA, de ramener la TVA comme elle l’était sous le gouvernement Di Rupo, à 6%, et non plus à 21% comme c’est le cas aujourd’hui, ce qui représente une économie de 15%. »

Sophie Dumoulin, 39 ans, traductrice à Etterbeek souhaite aborder les questions européennes, qui ne sont malheureusement pas assez évoquées en cette triple campagne en Belgique, selon elle, alors que la plupart des décisions prises par les États membres découlent de décisions prises au niveau européen. Question concrète : « Comment comptez-vous parvenir à éviter cette concurrence fiscale à laquelle se livrent les États membres dans un avenir proche — ça fait des années qu’on en parle — sachant que la plupart de ces décisions fiscales sont prises à l’unanimité au Conseil et que certains États membres, comme l’Irlande ou le Luxembourg, n’ont pas trop intérêt à ce que ça change ».

Paul Magnette explique : « C’est beaucoup moins compliqué qu’on ne le pense. D’abord, il faut une transparence totale. C’est l’un des grands problèmes. Les multinationales dissimulent beaucoup de chiffres. On ne sait pas exactement où elles font un bénéfice et on ne sait pas exactement comment elles transfèrent le bénéfice d’un pays vers l’autre pour essayer d’échapper à l’impôt. On sait qu’il y a des grandes sociétés qui ont une activité économique en Belgique, mais qui transfèrent le bénéfice qu’elles ont fait en Belgique vers un pays qui est plus favorable pour réduire leurs taux d’impôtIl faut imposer une assiette et un taux minimum commun partout. Nous, nous proposons minimum 20%. Quand on dit minimum 20%, c’est minimum 20% d’imposition effective. Aujourd’hui, il y a beaucoup de sociétés qui payent 1% ou 2%, voire moins. Donc, 20% minimum d’impôt effectif sur les bénéfices des sociétés partout dans l’Union européenne. Et pour convaincre les pays récalcitrants, c’est très simple, il suffirait que la Commission européenne dise : 'Voilà une proposition, et je la lie à une autre proposition, qui est de dire que les pays qui ne respectent pas celles-ci n’ont plus accès aux subsides européens'. On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière. Il y a des pays qui sont de grands bénéficiaires des subsides européens en matière de politique agricole ou en matière de politique de cohésion et qui, en même temps, font de la concurrence fiscale. Ils gagnent donc sur tous les plans. Et il y a des pays comme les nôtres qui, du coup, perdent sur ce plan-là. Il faut que la Commission européenne soit beaucoup plus ferme de ce point de vue. Vous me posiez la question des alliances, et vous faites bien de la poser, parce que pour nous, on l’a dit très clairement, c’est là une vraie ligne rouge. Vous posiez la question des lignes rouges tout à l’heure, si la prochaine Commission européenne ne s’engage pas à mettre sur la table ces propositions avec un mécanisme vraiment contraignant, nous voterons contre la prochaine Commission européenne. Donc là, c’est un engagement extrêmement fort ».

Alliance « PS-Écolo » aussi au niveau européen?

« Je suis tout à fait prêt à une alliance PS-Écolo au niveau européen, sauf que si on voit les sondages, elle n’est malheureusement pas majoritaire. Il faut plus de 375 sièges pour faire une majorité au Parlement européen, et aujourd’hui il y a 52 verts et il y a 190 et quelques sociaux-démocrates, donc on est encore très loin de la majorité. N’essayons donc pas de faire croire qu’il suffit que les rouges et les verts se mettent d’accord demain pour qu’on bouleverse complètement l’Europe. Mais il faudrait au moins commencer par là. Il faudrait au moins que tous ceux qui sont progressistes, qui disent 'Oui on croit en l’Europe, mais pas l’Europe telle qu’elle fonctionne aujourd’hui et on veut changer radicalement le contenu de ces politiques européennes', commencent par faire alliance et commencent par dire aux autres groupes : 'Voilà pour nous des points qui sont des points sur lesquels on ne transigera pas' . »

 

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