Matin Première: régionales en France, un test pour N. Sarkozy?

RTBF
RTBF - © RTBF

Ce lundi, Bertrand Henne reçoit Jean-Daniel Lévy, directeur de CSA-Opinions. Il évoquera les résultats des élections régionales française et les motivations de votes au premier tour qui s'est déroulé ce week-end. Posez vos questions au 070/22.37/37 ou sur cette page.

CHOIX MUSICAL : Thelonious Monk and John Coltrane - morceau Nutty,

 La gauche en tête au premier tour des élections régionales en France.

A retenir aussi surtout ce matin, le taux d'abstention record, plus d'un Français sur deux, ne s'est pas rendu aux urnes, nous en parlons avec l'invité dans un instant.

BH               - Oui, c'est Jean-Daniel Levy, le Directeur de CSA-Opinions,

bonjour, Jean-Daniel Levy.

 JDL              - Bonjour.

 BH               - Alors Thelonious Monk and John Coltrane avec ce morceau ; John Coltraine qui revenait d'une cure de désintoxication quand il enregistrait cet album et qui a relancé sa carrière grâce à ça. Alors, on va essayer de faire une petite métaphore, est-ce qu'au vu des résultats d'aujourd'hui, on peut dire que le PS français est sorti des intox et qu'il est en place pour une reconquête du pouvoir ?

 JDL              - En tout cas, il est des situations qui sont des situations plus compliquées pour lui pour reprendre le pouvoir et effectivement, c'est un Parti Socialiste revigoré, qui s'est présenté devant les Français. Rappelons-nous quand même qu'il y a encore quelques mois, le Parti Socialiste n'avait pas une parole unique et qu'il y avait non seulement Martine Aubry qui était leader du Parti Socialiste mais également un certain nombre de personnes qui avaient pour partie en tête, la prochaine présidentielle, qui se permettaient de temps à autre, d'émettre des avis qui étaient des avis singuliers, personnels. Et que la critique qui a été émise par les Français ou par les sympathisants socialistes et nous n'avons pas une parole unique mais nous avons différentes prises de parole qui ne reflètent pas l'intérêt général mais l'intérêt de chacun de ces leaders. La force du Parti Socialiste tel qu'il s'est présenté hier aux électeurs et la force de Martine Aubry est d'avoir su donner l'impression que le Parti Socialiste non seulement était uni mais également proposer une politique dans le cadre des Régions.

 BH               - Alors vous dites, donner l'impression qu'il était uni, parce qu'en réalité, il ne l'est pas ? Vous pensez toujours que ces divergences restent tapies dans l'ombre ?

 JDL              - Il ne l'est pas complètement, ça serait faire un .. un certain nombre de responsables socialistes de penser qu'aucun d'entre eux ne pense à la prochaine élection présidentielle. On a vu notamment d'ailleurs notamment lorsqu'il y a eu entre guillemets, l'affaire Georges Frêche, Georges Frêche étant un ancien responsable du Parti Socialiste dans une Région française, à savoir le Languedoc-Roussillon, qui a émis un certain nombre de prises de parole, qui ont été jugées comme limites ou immorales, qui n'a pas été soutenu par la totalité du Parti Socialiste mais quoi qu'il en soit, derrière cela, d'autres responsables ont pris parole en soutenant Georges Frêche. Et on sait bien, indépendamment d'une prise de parole qui se retrouve derrière Martine Aubry, il y a et, des sympathisants de Laurent Fabius et, des sympathisants de Dominique

Strauss-Kahn et des sympathisants par exemple de l'ancien Premier secrétaire, à savoir Monsieur Hollande, ont en tête, la prochaine échéance qu'est l'échéance présidentielle.

 BH                         - Oui, alors, on va parler d'un autre fait majeur de cette campagne, c'est l'abstention, 53% d'abstention, c'est évidemment énorme. A ce point que certains parlent d'une claque pour la démocratie française ; c'est Laurent Vauquiez, Secrétaire d'Etat à l'Emploi, qui le disait hier soir?

 JDL              - Alors il y a de la part de Laurent Vauquiez qui est Ministre et Secrétaire d'Etat, comme de la part aujourd'hui d'un certain nombre de responsables de l'UMP, la volonté de minimiser une partie de la portée du scrutin, en indiquant que non seulement, il s'agit d'un scrutin régional et pas d'un scrutin national, mais également qu'au regard du taux d'abstention, les résultats n'apparaissent pas comme étant anti-..

ou en tout cas anti-symptomatiques d'une critique aujourd'hui à l'égard de l'élection. Alors ils ont pour partie raison et pour partie tort. Ils ont pour partie raison où effectivement les Français ont voté et au regard des enjeux nationaux et au regard des enjeux régionaux. Ils ont pour partie raison également parce que le fait qu'il y ait une abstention, ça ne montre pas la volonté éperdue des Français de sanctionner le Gouvernement ou d'apporter leur soutien à l'égard du Parti Socialiste, mais pour autant, lorsqu'on interroge les électeurs qui ont décidé de rester chez eux, on constate deux choses. La première chose, c'est qu'il y a une structuration de cet abstentionnisme qui est différent de celui auquel on peut assister habituellement. Pour faire vite, il y a une partie de la droite, une partie des personnes âgées, une partie des catégories supérieures, qui traditionnellement, vont voter et qui ont déclaré, nous ne sommes pas allés voter parce que nous avons souhaité exprimer un certain nombre de désaccords à l'égard du Président de la République. Et le deuxième aspect, c'est que cette manière de s'exprimer en France, ne constitue pas une désaffection mais au contraire une certaine forme d'expression. Les électeurs savaient très bien qu'il s'agirait d'un commentaire fort dans les médias et dans ce contexte-là, il ne s'agit pas forcément d'une désaffection à l'égard du politique mais véritablement d'une expression critique.

BH                         - Oui, c'est ça, donc ça veut que l'abstention est en soi un message politique, ça veut dire, un message politique contre qui ? Est-ce que c'est plutôt un message politique contre l'UMP parce qu'on a beaucoup parlé de ces élections comme un test, comme un peu des mid- terms aux Etats Unis pour le Président en place, donc pour Nicolas Sarkozy ou est-ce que c'est un message général, un petit peu de, les élections ne changent plus notre vie, on n'a plus envie d'aller voter à l'égard de la classe politique ?

 JDL              - Ce deuxième raisonnement, on pourrait y souscrire si jamais, il y avait une désaffection manifeste et durable des électeurs à l'égard de toutes les élections et ça n'est pas le cas. Si vous prenez la dernière élection présidentielle, on a vu un sursaut important de mobilisation, 83% pour mémoire, des Français, se sont déplacés pour aller voter et lorsqu'ils ont ce sentiment qu'il y a un véritable enjeu, lorsqu'ils ont le sentiment que leur vote va permettre de pouvoir changer soit leur vie personnelle, soit éventuellement la vie de l'ensemble de la société française, les Français sont prêts à se déplacer pour aller voter. Alors on se rappelle également qu'il y a eu débat en France, le Traité constitutionnel européen qui a amené près de 70% des électeurs à se déplacer pour aller voter parce qu'il semblait qu'il y avait de véritables conséquences à leurs yeux, de leur comportement électoral. Là, une double difficulté posée par les électeurs. Première difficulté, on ne sait pas très bien ce qui relève à proprement parler des Régions et dans ce contexte-là, voter pour des élections régionales avec un scrutin qui à certains égards, apparaissait comme étant un scrutin à une consonance nationale, suscite une moindre mobilisation de la part des électeurs. Et puis le deuxième aspect, et il y a une critique forte à l'égard de l'Exécutif, il n'y en a même temps, pas d'engouement fort à l'égard du Parti Socialiste en France.  Et donc cette désaffection est généralisée et dans l'absence d'enjeu, dans une campagne qui a été perçue comme étant une campagne un peu au rabais, qui n'a pas forcément montré de véritables confrontations politiques entre la gauche et la droite, ces électeurs ont souhaité s'abstenir.

 BH                         - Alors il y a pas mal de choses intéressantes notamment dans le vote de gauche, c'est le LPA d'Olivier Besancenot qui avait quand même fait de beaux scores aux dernières élections présidentielles, qui est particulièrement faible ici, alors que le Front de gauche de Jean-Luc Mélanchon, passe les 5% et qu'Europe Ecologie fait 13%. Alors Europe Ecologie, un parti écologiste qui avait déjà fait pas mal, un très beau score aux élections européennes, est-ce qu'on est en train de voir s'installer en France, ce qu'on connaît bien en Belgique, une Ecologie politique structurée, qui un vivier électoral fort ? Est-ce que vous pensez que c'est en train de s'installer en France ?

 JDL              - En tout cas, tout ceci commence effectivement à prendre forme, on a vu par le passé, déjà, des mouvements écologiques réaliser de bons scores électoraux, on s'en rappelle, c'était notamment début des années 90. La singularité du moment, c'est que les électeurs écologistes votent pour cette formation politique, alors même que le Parti Socialiste réalise de bons scores. Jusqu'à présent, il y avait, soit une montée des Ecologistes, soit une montée du Parti Socialiste. Et là, il y a, et, un score en faveur du Parti Socialiste qui apparaît comme étant relativement important et un score en faveur des Ecologistes, qui apparaît également relativement fort. Si on regarde de manière un peu plus détaillée, le comportement et les motivations de ces électeurs, nous sommes effectivement face à, si ce n'est à en engouement, en tout cas, face à une construction politique qui apparaît comme étant réelle et ces électeurs qui ont voté en faveur des listes Europe Ecologie, ont voté en faveur d'un projet politique, ce qui est déployé par les Ecologistes aujourd'hui et qui ne comprennent que la dimension écologique mais qui associent derrière les aspects écologiques et environnements, des considérants économiques et des conséquences sociales, trouvent qu'il y a un modèle pour parti politique et de société qui les intéresse.

 BH                         - Mais par contre, un parti qui a des difficultés énormes à mobiliser, c'est le Modem de François Bayrou, qui n'arrive pas visiblement à trouver sa place, j'ai oublié le score, c'est 2 et demi, je

crois, 2,6, ni ici, ni aux européennes, est-ce qu'il a encore vraiment un avenir sur la scène politique française, François Bayrou ?

 JDL              - Il y a une différence entre la perception de François Bayrou et la perception du Modem en France. La perception de François Bayrou, qui vous le savez, s'est inscrit dans le cadre de la précédente élection présidentielle, qui également développe un discours qui est un discours un peu particulier, critique à l'égard de Nicolas Sarkozy, pas forcément sur le fond en général mais plus sur la posture, recueille encore aujourd'hui un petit assentiment de la part d'une part de la population française. Et parallèlement à cela, il y a un Modem aujourd'hui qui est en désuétude et qui correspond et qui comprend, pardon, une véritable incompréhension à l'égard des Français. Pour faire vite, les campagnes telles qu'elles sont menées jusqu'à présent, par le Modem, dernières élections européennes et élections régionales aujourd'hui, ne sont pas aux yeux des personnes qui avaient potentiellement de pouvoir voter en faveur du Modem, développer un discours qui était un discours suffisamment positif. Et si vous prenez les différentes exemples que vous avez mobilisés, à savoir, le Modem et également pour partie, le NPA même si ce ne sont pas du tout les mêmes électorats, ce sont des discours qui ont été des discours plutôt critiques et ce que voulaient les Français, ce n'était pas forcément un discours de la déconstruction mais au contraire, de la construction, de la capacité à pouvoir développer une certaine forme de modèle interactif ou en tout cas de perspectives qui apparaissaient comme étant relativement jouées. Le Parti Socialiste, Europe Ecologie, le Front de gauche qui est une résurgence autour du Parti Communiste ont développé des discours qui étaient des discours de construction, de participation à l'Exécutif, le Modem, le NPA d'Olivier Besancenot, ont développé des discours qui apparaissaient comme étant critiques, voire trop critiques.

 BH                         - Alors une dernière question, une dernière observation, c'est le Front National qui est à 11%, alors c'est moins qu'aux dernières régionales mais c'est beaucoup mieux qu'aux européennes ? Ce qui fait que ceux qui croyaient le Front National en train de mourir, en phase finale, se sont plutôt trompés, non ?

 JDL              - Effectivement, il y a d'une manière plus globale, on pourrait considérer une sorte de double échec de la stratégie de l'UMP. Rappelons-nous que l'UMP qui avait fait l'union dès le premier tour avec notamment le Nouveau Centre, espérait pouvoir créer un choc électoral en ayant une différence entre le score de la liste, arrive en tête, à savoir l'UMP et la deuxième liste, Parti Socialiste, suffisamment fort pour limiter les reports de voix au second tour et ce n'est pas ce qu'on voit et ce que l'on imagine à travers les résultats du premier tour. Et dans un deuxième temps, il y avait également une anticipation d'un très faible score du Front National avec des reports ou en tout cas un maintien de l'électorat qui avait voté dès le premier tour en faveur de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle. Donc aussi bien sur le choc perçu entre l'écart Force Politique UMP, Force Politique PS, ceci n'est pas atteint et une Front National qui était attendu comme étant relativement faible, de la part d'un certain nombre de stratèges de l'UMP, ceci non plus n'est pas complètement atteint. Rappelons-nous malgré tout que ce score du Front National ne préjuge pas des autres scores, que le Front National réalise toujours de bons scores dans deux types de scrutin, l'élection présidentielle d'un côté et les élections régionales de l'autre.

 BH                         - Merci Jean-Daniel Levy. On vous retrouve tout à l'heure à 8:40 heures pour les questions et commentaires des auditeurs.

 - Et pour poser vos questions et nous faire part de vos commentaires : 070/22 37 37 ou www.matinpremière.be

 

 

 

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK