Matin Première: l'ambassadeur de Tunisie en Belgique

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Arnaud Ruyssen reçoit ce matin l'ambassadeur de Tunisie à Bruxelles, Abdessalem Hetira. Ils évoqueront la situation de plus en plus inquiétante en Tunisie suite au soulèvement populaire.

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INVITE : Abdessalem Hetira Ambassadeur Tunisie à Bruxelles JOURNALISTE : Arnaud Ruyssen Georges Lauwerijs : - Une capitale sous couvre-feu, des policiers qui tirent sur des manifestants, des opposants emprisonnés, la Tunisie en quelques jours, a radicalement changé de visage. Arnaud Ruyssen, on en parle ce matin avec l'ambassadeur de Tunisie en Belgique. AR : - Oui, Abdessalem Hetira, bonjour. AH : - Alors la situation reste très, très, très tendue en Tunisie, les mesures annoncées hier, n'ont pas calmé la colère de la population, Mehdi Khelfat le disait il y a quelques instants. Est-ce que le régime de votre Président, le Président Ben Ali, est en train de vaciller ? AH : - Non, comme vous l'avez dit, la Tunisie a changé radicalement de visage. AR : - Dans quel sens ? AH : - De visage, vous venez de le dire et effectivement, c'est là, la question. La Tunisie, c'est pas ces émeutes, c'est une situation tout à fait exceptionnelle. La Tunisie, je trouve, c'est un pays qui a énormément investi dans l'homme comme moyen de, parce que nous n'avons pas de ressources naturelles mais aussi comme fin de développement. Nous avons investi énormément dans l'éducation. Nous avons un nombre d'étudiants et de diplômés qui dépasse les pays qui ont des populations qui sont, qui ont parfois dix fois la population tunisienne. Effectivement, pour nous, l'éducation, c'est un bien en soi, même si ça pose le défi de l'emploi. La crise est passée par là, la crise est passée par là et elle est passée aussi par l'Europe pour nous. Nous sommes un pays qui, dans l'économie, est ancré à l'économie européenne. Et nous aujourd'hui, nous avons ce problème, il est passager. AR : - Il est passager mais en même temps, en même temps, Monsieur l'Ambassadeur, quand on entend que des personnes en soient venues à s'immoler par le feu pour montrer dans quelle détresse, elles se trouvaient, c'est le point de départ de tout ce qui s'est passé ici, c'est un jeune qui ne trouvait pas d'emploi et acculé à une série d'impasses, il s'est immolé par le feu. Ca, on ne le voit pas dans d'autres pays, pourtant aussi frappés par la crise ? AH : - Ecoutez, ça peut arriver n'importe où ; ça arrive tous les jours, des suicides, s'immoler, c'est spectaculaire, c'est vraiment dommage et je peux vous dire que notre attention s'est arrêtée sur la situation du défunt Aboua Zizi, AR : - Il n'était pas le seul, il y a eu d'autres cas. AH : - Et moi-même, moi-même, au moment où il était à l'hôpital, j'ai pris contact et j'ai signalé l'existence d'un hôpital de renommée mondiale ici qui est l'hôpital de Neder-over-Hembeek, de Bruxelles, ici, de Laeken, AR : - Pour les grands brûlés. AH : - Aux autorités et on a envisagé de l'emmener aussitôt que sa situation serait stabilisée, malheureusement, AR : - Il est décédé. AH : - Il est décédé, donc s'immoler, bon, c'est une manière de s'exprimer qui est tragique, qui est tragique, qui est spectaculaire, toute mort, que ce soit par l'immolation ou par d'une autre manière, est à regretter, elle est déplorable. Et c'est pour cela que la situation est critique aujourd'hui. AR : - Mais si toute mort est à regretter, comment expliquer alors que ces manifestations parfois violentes, ça, c'est vrai, les manifestants ont montré leur colère parfois de manière très violente, ont été à ce point réprimés dans le sang. On parle d'une vingtaine de morts selon les autorités ; les opposants disent qu'il y en a eu beaucoup plus, la police a tiré à balles réelles contre les manifestants, comment est-ce que vous justifiez ça ? AH : - Je justifie ça, c'est qu'il y avait une situation ; au départ, les forces de l'ordre, ils ont eu des instructions claires, la retenue, observer la retenue. A un certain moment, peut-être par manque d'expérience, peut-être aussi la violence des attaques de ces jeunes cagoulés et donc vous avez vu l'ampleur des dégâts, ils ont brûlé tout, ils se sont attaqués aussi aux forces de l'ordre. Et c'est une situation donc de défense légitime. AR : - Mais c'est pas la spirale de la violence à partir du moment où la réaction est violente, où on essaie de maintenir le couvercle sur la casserole de l'opposition, eh bien au moment où ça sort, ça sort de manière violente ? AH : - Non, écoutez, la Tunisie, elle est plurielle, vous allez en Tunisie, moi, je peux vous faire des exposés longs, on a stigmatisé la Tunisie. La Tunisie, il y a des partis politiques d'opposition, il y a des ONG, il y a des Tunisiens qui viennent tous les jours ici à Bruxelles pour dire des choses sur la situation en Tunisie. Ils rentrent sans être inquiétés en Tunisie, arrêtons de parler de la Tunisie, comme si c'était une société fermée, non, c'est une société ouverte, où les gens disent ce qu'ils pensent, c'est des choses qui s'écrivent dans les journaux des partis politiques, du syndicat. Vous savez, nous avons le plus ancien syndicat en Afrique et dans le monde arabe.Nous avons la Ligue Tunisienne qui est la plus ancienne et vous avez énormément d'ONG qui agissent. Mais je ne sais pas pourquoi, il y a une sorte de stigmatisation de la Tunisie, qui vous donne une idée fausse de mon pays. AR : - Mais alors justement, vous allez pouvoir peut-être nous rassurer alors puisque beaucoup annoncent ce matin dans la presse, que le leader du Parti Communiste des Ouvriers, Ama Amami aurait été arrêté sans ménagement hier, son épouse elle-même le raconte, on va l'entendre dans le Journal de 8:00 heures. Est-ce que vous confirmez cette arrestation hier ? AH : - Mais moi, je ne peux pas confirmer la vérité, je l'apprends là avec vous maintenant, Monsieur, donc, c'est quelque chose, que s'il est arrivé, c'est qu'il doit y avoir des raisons. Je peux vous assurer aujourd'hui que l'heure est à l'apaisement. Vous avez vu les mesures que le Gouvernement a prises hier, AR : - Mais justement, est-ce que ces mesures ne confirment pas implicitement qu'il y avait un problème ? Quand on limoge un Ministre de l'Intérieur, c'est qu'à priori, la situation notamment les manifestations, n'a pas été gérée tout à fait correctement ? AH : - On change un Ministre de l'Intérieur à un certain moment parce qu'il a pu faire tout ce qu'il a pu dans ses meilleures capacités et qu'on voit que peut-être maintenant comme je vous ai dit, maintenant, l'heure est au moment disons où il faut utiliser tous les moyens pour apaiser les esprits et je peux aussi vous dire que le nouveau Ministre de l'Intérieur, c'est un monsieur qui, un monsieur de dialogue, un universitaire, il a été Ministre de l'Education, il a été notre Ambassadeur à Rome et donc ça va dans le même, disons, sens que ces mesures qui sont prises avec l'institution de Commission d'enquête sur, on sait bien, les déplacements qui auraient été là au moment de ces événements, mais aussi, AR : - Et aux débordements ? AH : - Mais aussi une Commission pour, d'enquête, sur les allégations, tout ce qui a été donc avancé par les manifestants eux-mêmes sur des cas de corruption et de gestion donc, AR : - De mauvaise gestion et de corruption ; justement, venons-en à ça parce que l'Ambassadeur des Etats Unis lui-même, ça a été révélé par un de ces fameux câbles diplomatiques diffusé par Twitter, parlait d'une quasi mafia autour du régime tunisien notamment pointant des familles proches du pouvoir, y compris la belle-famille si je ne m'abuse, du Président Ben Ali, qui profiteraient, qui auraient profité largement de pans d'économie de l'Etat tunisien. Qu'est-ce que vous répondez à cela ? AH : - Ecoutez, là aussi, les Ambassadeurs des Etats Unis, là, on connaît la manière dont ils opèrent, c'est leur manière, c'est leur façon de faire, je n'ai pas à m'immiscer là-dedans, AR : - Ils ne comprennent rien à la situation tunisienne, c'est ça que vous dites ? AH : - Moi, je pense que là, c'est des gens qui ont repris des rumeurs, je suis désolé. On sait que généralement, ils accordent plus d'importance à ce qu'ils peuvent écouter autour d'un verre de champagne et avec la société civile, que ce qui se dit dans les milieux de l'opposition constitués en Tunisie ou les milieux officiels. AR : - Mais l'opposition constituée est assez faible en Tunisie ? AH : - Pardon ? AR : - Elle est assez faible, l'opposition constituée en Tunisie, quand on voit aussi par exemple, qu'aux élections présidentielles, le Président fait un score énorme, qu'on ne voit dans aucun pays démocratique par exemple, ici, même des Présidents très populaires n'obtiennent pas plus de 80% comme cela des votes des Tunisiens ? AH : - Ecoutez, la Tunisie, vous savez, Ben Ali était là en 1987 et il a sauvé le pays parce que là, le pays était dans une crise très profonde. Le Président Ben Ali a fait énormément, c'est ça que vous ne voulez pas reconnaître. On a une législation sur le plan de la durée des mandats, qui est comparable à des pays européens, en l'occurrence l'Allemagne. Monsieur Kohl était là pendant 18 ans au pouvoir et il aurait pu rester plus longtemps. Pourquoi est-ce que vous focalisez, c'est les résultats, les problèmes, chez nous, c'est que vous ne parlez de la Tunisie qu'en des termes dramatiques que pour stigmatiser, je suis désolé. AR : - Mais on entend votre position ce matin, on entend votre réaction et vous pouvez, vous avez tout à fait le droit de réagir. AH : - L'opposition, donc l'opposition, l'opposition, c'est Ben Ali qui a lui ouvert la voie, de se développer, et c'est pour cela qu'aujourd'hui, on a 8 partis politiques qui participent mais c'est un processus, il n'y a pas de recette comme un café instantané, si vous l'avez, donnez-là à nous et nous allons l'utiliser. AR : - Un dernier petit mot en vingt secondes, comment est-ce que vous expliquez que dans le classement de Reporters sans Frontières, la Tunisie, classement sur la liberté de la presse, soit seulement 164 ème sur 178 pays ? AH : - Ecoutez, ça, c'est encore une fois un traitement qui vient de la perception qu'ont Monsieur Ménard et compagnie de la Tunisie, je ne sais pas ce qu'il a d'ailleurs contre la Tunisie, Monsieur Ménard, AR : - Ce n'est plus lui, d'ailleurs, il est Reporter sans Frontières. AH : - Oui, oui, mais vous savez, c'est des gens qui font leur jugement et je suis désolé, ce n'est pas une référence. GL : - Abdessalem Hetira, l'Ambassadeur de Tunisie, était notre invité ce matin au : 070 / 22 37 37 pour vos questions et commentaires sur la Tunisie. On y reviendra avec d'autres invités encore à 8:35 heures.

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