Mathias Dewatripont, économiste : "Ce ne sont pas les mesures qui tuent l’économie, c’est le coronavirus !"

A la veille d’un nouveau comité de concertation très attendu et sous tension, Mathias De Watripont, invité de Thomas Gadisseux dans Matin Première, l’affirme : "une bonne manière d’aider ce n’est pas de rouvrir plus vite les secteurs, mais de les aider financièrement. Car ce ne sont pas les mesures de restriction qui tuent l’économie, c’est bel et bien le virus".

Et l’économiste, membre du GEMS, le groupe d’experts qui conseillent les autorités, mais qui est aussi à la tête de Get Up Walloniace conseil stratégique qui s’attelle à relancer l’économie en Wallonie suite à la crise sanitaire, insiste : "La vaccination fonctionne. Aujourd’hui, il y a moins d’un mort par jour dans les maisons de repos. Mais prudence : encore 40 morts par jour, cela signifie qu’en 15 jours, vous avez le nombre de morts par accidents de la route en un an en Belgique".

Et Mathias Dewatripont le rappelle : "Le Premier ministre l’a dit : les mesures restrictives ne seront pas maintenues un jour de trop". Alors, si l’ancien vice-gouverneur de la Banque nationale a de l’empathie, de la compréhension, par rapport à la détresse, la colère et aussi vis-à-vis la désobéissance envisagée par, notamment, le secteur Horeca, il considère les mesures financières qui sont prises, comme par exemple, diminuer la TVA pour le secteur Horeca, c'est clairement une bonne initiative.

Cela dit, sans demande, pas de possibilité de faire tourner la machine : "Les hôtels à Bruxelles sont ouverts, mais il n’y a pas de demande. Et note-t-il, il ne faudrait pas que demain, un festival comme Tomorrowland soit organisé en Angleterre", parce que la situation sanitaire y serait meilleure qu’en Belgique.


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Prudence... Mais volontarisme : c’est ce qui guide le plan Get Up Wallonia ! : "Il y a toute une série de nouvelles idées dans ce plan. S’il y a des idées qui sont devenues une évidence maintenant, comme la transition numérique, la transition environnementale […] il y a aussi tout un axe gouvernance participative et innovante : simplifier, regrouper, mieux évaluer, mieux suivre, ce sont des choses très importantes".

On n’a pas assez d’emplois privés wallons

Le précédent plan de relance, le Plan Marshall, "comprenait toute une série de bonnes idées, mais aujourd’hui, on insiste sur la nécessité de créer de bons emplois, de remonter le taux d’emploi wallon : on n’a pas assez d’emplois privés wallons, dans les entreprises commerciales mais aussi sociales et coopératives. Je crois qu’on a besoin de tout le monde pour arriver à ça, et c’est aussi une condition pour le maintien de la solidarité nord sud. C’est un des objectifs (pour les futures négociations avec la Flandre, NDLR)".

S’il est important de maintenir l’accent, comme dans le Plan Marshall, sur les filières d’excellence, "on ne va pas résoudre le problème général de l’emploi simplement en se focalisant sur ces secteurs-là : dans toute économie, le secteur des services, les services aux personnes, est une mine d’emplois très importante. Il faut s’assurer qu’on puisse se les payer, et que des travailleurs puissent être suffisamment formés pour qu’ils puissent occuper ces emplois".

Un plan ne suffit pas pour dire que tout ira bien

Mais un plan ne suffit pas pour dire que tout ira bien, et "tout le monde en est conscient : j’ai été frappé par le côté consensuel de tous les intervenants. Cela dit, en Wallonie, et en Europe de manière générale, on se rend compte que les entreprises qui marchent bien ne se développent pas assez vite.

Dès lors, regrouper par exemple toute une série de systèmes d’aides c’est une idée importante. Ceci nécessite des réformes en matière de gouvernance des politiques publiques". Simplifier, éviter le saupoudrage, tabler sur le secteur de la construction…

Insérer des clauses de recrutement de personnes qui n’ont pas d’emplois

Avec une question lancinante : la main-d’œuvre wallonne, on ne l’a pas. Alors, il faut cibler la formation, "des formations très concrètes, et cela peut aller assez vite. Et puis, la question des marchés publics : insérer des clauses de recrutement de personnes qui n’ont pas d’emplois. L’Europe nous demande d’augmenter le taux d’emploi, il y a moyen de structurer les appels d’offres pour s’assurer qu’il y ait vraiment un effet sur l’emploi local.

Ce n’est pas forcément facile à faire, sinon ce serait déjà fait, mais il y a moyen tous ensemble de se retrousser les manches pour aller dans ce sens-là".

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