Marie Messiaen (Association Syndicale des Magistrats): "Un gouvernement qui revendique ne pas respecter la loi, c'est du jamais vu"

Elle a remplacé la très médiatique Manuela Cadelli, il y a 3 mois, à la présidence de l’Association syndicale des magistrats. Elle se dit plus discrète, mais partage les mêmes valeurs et les mêmes combats, pour une justice de qualité accessible à tous. Marie Messiaen était l’invitée de Rudy Hermans ce jeudi sur La Première.

L’indépendance de la Justice est menacée, dénonce Marie Messiaen. La présidente de l’Association syndicale des magistrats énonce d’emblée plusieurs exemples qui l’inquiètent : "Cette indépendance est fragilisée par des coups d’éclat, des buzz, comme nous avons eu dans le gouvernement précédent, avec des cas malheureusement célèbres d’un Secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration (Théo Francken, N-VA, ndlr) qui décide de ne pas respecter une décision de justice concernant l’affaire des visas syriens, ou du ministre de l’Intérieur (Jan Jambon, N-VA) qui prend la parole en plein délibéré d’un procès pour donner son avis sur le fait qu’il serait quand même terrible que le prévenu soit acquitté", déplore-t-elle.

Et ce n’est pas tout : "Il y a aussi une intrusion plus insidieuse, qui essaie d’inféoder, de faire de la Justice un département du ministère de la Justice plutôt qu’un troisième pouvoir. Les magistrats, qui sont pourtant prévus par la loi, sont nommés en fonction des disponibilités budgétaires. Et ce n’est pas un engagement à 100% tel qu’il devrait l’être. Il y a aussi plusieurs petites mesures au niveau des bâtiments, de l’informatique ou du personnel, qui font que l’on dépend toujours du bon vouloir du ministère des Finances, du ministère de la Justice, de la régie des bâtiments, alors que l’on devrait être à leur niveau", explique la magistrate.

Sous-financement délibéré

Pour Marie Messiaen, le sous-financement de la justice est intentionnel. "Si ce n’est pas délibéré, c’est une drôle de façon de gouverner un état, ironise-t-elle. À partir du moment où l’on revendique qu’on ne publiera que 90% ou 88% des places, on l’assume et c’est un choix. On peut dire qu’il n’y a pas d’autre façon de faire, mais il faut au moins changer la loi."

En 2016, déjà, le premier président de la Cour de cassation de Belgique, Jean de Codt, parlait d’État-voyou. Et "il a eu raison, revendique Marie Messiaen. Qu’un haut magistrat comme lui, qui a un important sens de la réserve, dise ce genre de chose, j’y souscris sans réserve. Nous, déjà, on attend du prochain gouvernement qu’il respecte la loi. Un gouvernement qui revendique ne pas respecter la loi, c’est du jamais vu et c’est inacceptable. On attend aussi du prochain gouvernement qu’il redonne la pleine indépendance à la Justice", espère-t-elle.

Les prisons, "point noir" de la Belgique

"Le problème pénitentiaire, c’est l’un des points noirs de la Belgique, affirme Marie Messiaen. Tous les criminologues, spécialistes de la prison, et même tous ceux qui ont fréquenté de près ou de loin le système carcéral belge savent que la situation est inacceptable. Sur ce sujet, le précédent gouvernement a fait des investissements importants, avec notamment le projet de maisons de transition, reconnaît la magistrate. Bien sûr, il faut maintenir des prisons. Mais il faut qu’elles soient limitées aux personnes pour lesquelles c’est la seule option, et que ce ne soit surtout pas un endroit où l’on remise des gens pendant quelques années en attendant qu’ils aient purgé leur peine."

La présidente de l’Association Syndicale des Magistrats revendique un véritable accompagnement, non pas pour le bien des détenus ou du personnel carcéral, mais de toute la société. "Quelqu’un qui reste en prison dix ans, vingt ans, trente ans, finit par sortir un jour. Si la personne est isolée et qu’on ne s’est pas occupé d’elle, elle n’est pas meilleure, ni pour elle, ni pour la société, et constitue toujours un danger", explique-t-elle, écorchant au passage le futur projet de "maxi-prison" à Haren, "qui va coûter un budget phénoménal d’un milliard d’euros".

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