Marie-Hélène Ska : "La loi qui encadre les salaires est complètement dépassée"

Les syndicats chrétien et la FGTB annoncent une grève nationale le 29 mars. Pourquoi et avec quelles conséquences ? Marie-Hélène SKA, secrétaire générale de la CSC, était l’invitée de Matin Première. "Dans beaucoup d’entreprises du secteur privé, il y aura des arrêts de travail. En plus de la journée de grève, nous allons distribuer un journal des salaires cette semaine et la semaine prochaine, qui expliquent en quoi il est important de votre salaire. Nous sommes dans une opération de sensibilisation pour expliquer en quoi les enjeux du revenu sont importants".

"Une situation absurde"

En ligne de mire des syndicats, la loi qui encadre les salaires : "Cette loi prévoit que 0,4% d’augmentation des salaires peut être permise sur 2ans. Cela représente 6 euros brut par mois pour celui qui est au salaire minimum. Cela ne permet pas non plus d’ajouter un jour de repos ou congé à celles et ceux qui ne se sont pas arrêtés pendant la crise du Covid. C’est une situation qui est absurde. L’absurdité de la loi, c’est qu’elle impose un carcan à l’ensemble des secteurs, à l’ensemble de l’économie. Elle ne permet pas d’accorder une augmentation comme ça a été les cas avec le secteur non marchand, il a fallu une intervention du gouvernement pour débloquer 600 millions d’euros et augmenter le salaire des soignants. Ce qui est absurde puisque ce gouvernement accorde les 600 millions aux soignants mais en même temps, insiste sur le fait que les 0,4% ne peuvent pas être dépassés. C’est une situation qui est complètement absurde", explique Marie-Hélène Ska.

On est au bout d’une logique qui considère que seuls les salaires doivent être normés dans l’économie

Pour la secrétaire générale de la CSC, cette loi est dépassée :"C’est le signal qu’on est au bout d’une logique qui considère que seuls les salaires doivent être normés dans l’économie. Dans une économie du 21e siècle orientée sur une transition écologique et digitale, s’il y a quelque chose qu’il faut normer, ce sont les investissements, parce qu’il en faut beaucoup plus qu’aujourd’hui. Ce sont aussi les dividendes, les revenus qui échappent à tout contrôle mais certainement pas les salaires".

Certains secteurs n’ont pas souffert de la crise, et les travailleurs de ces secteurs pourraient bénéficier d’une augmentation salariale. C’est le point de vue syndical, qui s’oppose au banc patronal pour qui la marge salariale est minime, vu l’impact économique de la crise sanitaire. "Il ne faut pas caricaturer la situation. Nous sommes confrontés au carcan d’une loi votée par le parlement et qu’il faut modifier. Il n’y a que les sots qui ne changent pas d’avis. Ces dernières semaines, plusieurs économistes ont dit que cette loi était complètement dépassée".

"Faire confiance aux travailleurs"

Marie-Hélène Ska s’est aussi exprimée sur les enjeux du télétravail en cette période de pandémie : "Le passage au télétravail est très difficile pour les travailleurs. Il faut faire confiance aux travailleuses et aux travailleurs. Si l’économie a continué à tourner depuis un an, c’est parce que les travailleurs ont continué à s’investir en dépit des difficultés. Et même beaucoup plus. Les heures de Teams, Zoom, etc s’accumulent, Les pauses n’existent quasiment plus, les heures de travail n’existent plus, on travaille tard le soir et tôt le matin. La pression est donc devenue de plus en plus fortes sur les travailleurs de certains secteurs. Et donc, il va falloir faire confiance aux travailleurs et recréer un cadre favorable au retour au travail".

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