Marge salariale de 0,4%: la tension monte au sein du gouvernement fédéral

Les négociations entre patrons et syndicats sur l’accord interprofessionnel 2021-2022 sont dans l’impasse. Mardi, après la FGTB, la CSC a estimé qu’un accord n’était plus possible. La marge salariale, calculée à 0,4% par le Conseil central de l’Économie, est rejetée depuis le début par les syndicats qui l’estiment insuffisante et considèrent que des hausses de salaires plus substantielles sont possibles dans certains secteurs.

Les partenaires sociaux avaient jusqu’au 1er mai pour trouver un accord. Ensuite, c’est le gouvernement qui devra prendre la main. Ce dossier qui risque d’arriver sur la table de l’équipe d’Alexander De Croo met déjà le feu aux poudres. Entre socialistes et libéraux, les petites phrases lâchées ci et là montrent déjà des points de vue divergents par rapport à ce chiffre de 0,4%.

Augmentations de salaires Vs dividendes

Depuis mercredi, des échanges de tweet et de réactions se sont multipliés à gauche et à droite de l’échiquier politique au sein des partis qui composent le gouvernement fédéral. Mercredi matin, le président de l’Open VLD, Egbert Lachaert, s’est exprimé dans une interview au Standaard sur ce blocage et publié son commentaire sur Twitter. Pour lui, "les syndicats doivent définir des attentes réalistes".

Une petite phrase qui a fait réagir le ministre fédéral de l’Economie et du Travail, Pierre-Yves Dermagne. "Cher Egbert, nous devons être cohérents. Sans marge pour une prime corona sérieuse et en l’absence de discussions sur le salaire minimum, il n’y aura pas non plus de marge pour les dividendes et les salaires des patrons", a rétorqué le ministre Dermagne via Twitter.

Les commentaires et réactions ont continué. En écho à la petite phrase d’Egbert Lachaert, président de l’Open Vld, la députée socialiste flamande, Melissa Depraetere (Vooruit) y est aussi allée de son petit commentaire, dans une interview publiée par le Standaard ce jeudi : "Si les salaires ne peuvent augmenter de plus de 0,4%, nous mettrons sur la table le blocage des paiements des dividendes".

A la VRT, le président des socialistes flamands, Conner Rousseau (Vooruit) a aussi réagi. "Je ne parviens pas à expliquer à Débora, la caissière du supermarché de Nieuwport que son secteur fait des profits, que les actionnaires perçoivent des dividendes mais que pour elle, il n’y a pas de prime salariale. Ce n’est pas jute. J’espère qu’il pourra encore y avoir un accord. Mais soyons clairs, si pour ces gens il n’y a pas d’augmentations des salaires, alors nous disons qu’aucun dividende ne peut être versé", a déclaré le président de Vooruit.

Au MR, le Président Georges-Louis Bouchez a aussi réagi. "Lier l’un à l’autre et un non-sens économique. Je comprends que ça puisse plaire au public, mais à un moment donné, il faut voir comment fonctionne l’économie. Nous avons besoin d’attirer des investisseurs. Ce n’est pas en faisant peur aux investisseurs qu’on va préserver les emplois", a-t-il déclaré.

Sur Twitter, Georges-Louis Bouchez s’est aussi demandé s’il existait une loi pour réguler les dividendes. Georges-Louis Bouchez a aussi appelé au respect de l’accord de gouvernement. "L’accord du #begov est très clair : la loi de 1996 s’applique. Une norme salariale de 0,4 afin de préserver la compétitivité mais surtout les emplois ! Ce n’est pas le moment de faire la course avec les populistes qui nous conduisent dans le mur. Du sang froid !", a-t-il publié.

Dans la loi de 1996, sur la compétitivité, la modération des dividendes est envisagée

Si, comme on le suggère du côté socialiste, la limitation des dividendes aux actionnaires devait être envisagée, cela pourrait se faire en fonction de la Loi du 26 juillet 1996, relative à la promotion de l’emploi et à la sauvegarde préventive de la compétitivité. Dans son article 14 § 1 figurent des dispositions relatives aux dividendes et aux rémunérations des patrons. "Le Roi peut, après avis du Conseil supérieur de l’emploi, prendre, par arrêté délibéré en Conseil des Ministres, des mesures de modération équivalente des revenus des indépendants en faveur des investissements dans leur entreprise et de l’emploi, ainsi que des mesures de modération équivalente des revenus des professions libérales, des dividendes, des tantièmes, des allocations sociales, des loyers, et des autres revenus", stipule cette loi.

Le dossier au menu des questions orales à la Chambre ce jeudi

Ce jeudi après-midi, à la Chambre, lors de la traditionnelle séance de questions orales, l’échec des négociations de l’Accord interprofessionnel et ces divergences de vues autour des 0,4% d’augmentations salariales et des dividendes sont au programme. Onze députés ont demandé à interpeller le Premier ministre et le ministre de l’Economie et de l’Emploi sur le sujet.

"Quelle solution voyez-vous pour sortir de cette impasse", a demandé au Premier ministre, la députée Ecolo/Groen Evita Willaert.

Pour le PTB, Raoul Hedebouw est revenu sur la loi de 1996 sur la compétitivité et sur son article 14 qui concerne les dividendes. "C’est une excellente proposition. Depuis que cet article 14 existe, depuis 25 ans, pour la première fois, il est invoqué", a souligné le député PTB qui invite aussi la majorité à accepter de modifier la loi de 1996.

Pour le PS, Ahmed Laouej s’est interrogé sur la question des dividendes. "Puisque certains nous lancent des messages en disant qu’il faut appliquer la loi, appliquons la loi. Vous ne voulez pas d’augmentations des salaires, nous ne voulons pas non plus de bonus et de dividendes", a-t-il lancé.

"Nous devons tout faire pour tenter de trouver un accord. Qu’allez-vous faire", a demandé la députée Open Vld Tania De Jonge.

Dans l’opposition, au cdH, Catherine Fonck a interpellé le Premier ministre sur les petites phrases qui ont circulé dans les médias et les réseaux sociaux. "C’est plus facile de mettre de l’huile sur le feu que de l’huile dans les rouages" a estimé Catherine Fonck. "Le job du gouvernement, ce n’est pas de faire des déclarations musclées", "même autour du Premier mai", a-t-elle ajouté.

Alexander De Croo : "Faire preuve de volonté et de créativité"

Dans sa réponse, le Premier ministre, Alexander De Croo, a estimé que "si l’on veut trouver des solutions", "ce sera en travaillant ensemble et pas en s’opposant". Il attend des partenaires, qui ont encore jusqu’au premier mai, "qu’ils parviennent à se dépasser et à dégager des solutions".

Le Premier ministre a rappelé ce qu’on a déjà dit du côté du gouvernement : trouver un équilibre entre pouvoir d’achat et compétitivité, faire en sorte que l’évolution salariale soit comparable aux pays voisins, "trouver des solutions pour les collaborateurs d’entreprise qui, malgré la crise ou grâce à la crise, se portent très bien",

"Nous allons agir avec le ministre de l’Economie et de l’Emploi pour sortir les négociations de l’impasse où elles se trouvent", a déclaré Alexander De Croo qui appelle à "faire preuve de bonne volonté et de créativité".

Pour Pierre-Yves Dermagne, le ministre de l’Economie et de l’Emploi, "le contexte était et reste complexe". Devant le blocage des discussions entre patrons et syndicats, "nous multiplions les contacts pour tenter que les partenaires sociaux parviennent à un accord", a déclaré le ministre. Il a estimé que la note qui a été présentée aux partenaires sociaux est équilibrée. Il a dès lors appelé à un accord qui "doit être équilibré dans la répartition des gains et la répartition des efforts".

Il faudra voir si cet accord pourra être conclu par les partenaires sociaux d’ici le 1er mai ou si le gouvernement devra se saisir du dossier.

 

 

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