Marcel Sel: un accord avec les nationalistes n'est pas possible

Marcel Sel
Marcel Sel - © RTBF

Marcel Sel est un personnage très connu de la blogosphère belge. Auteur de "Walen buiten, révélations sur la Flandre flamingante" mais aussi blogueur à la plume acérée, ce publicitaire bilingue était l'invité de Matin Première, ce jeudi.

Marcel Sel pourfend la nationalisme à longueur de notes sur son blog. Depuis de longues semaines et de longs mois, il professe l'extrême difficulté d'obtenir un accord avec la N-VA. "La seule chose qu'on puisse sérieusement négocier avec Bart De Wever, c'est les modalités de scission du pays" écrivait notre invité le 13 juin dernier. 270 jours plus tard, "je fais le constat qu'on a un parti nationaliste qui veut l'indépendance de la Flandre. On ne peut pas négocier la poursuite d'un pays avec des gens qui veulent la séparation" explique Marcel Sel, qui s'est réjouit des propos du même acabit tenus, sur nos antennes, par Guy Verhofstadt ce week-end. 
Pour notre invité, on ne peut pas dire qu'il n'y ait pas d'accord possible. "Un accord est possible si on cède ce qu'ils [les nationalistes flamands] demandent de céder. Mais alors, on cède des droits que le Traité de Lisbonne interdit de céder. Si on veut respecter ce Traité, on ne peut pas aller dans le sens des accords demandés par la N-VA" insiste le chroniqueur pour qui l'Europe ne laissera jamais passer pareilles lois. "Que dit le Traité de Lisbonne ? Tous les citoyens ont les même droits. La nationaliste dit, lui, que si on correspond à une certaine identité - qui est ici flamande - on a des droits un peu différents. La nationalisme n'est pas diluable dans la démocratie au sens européen du terme." Pour Marcel Sel, la N-VA et Bart De Wever ne sont pas des démocrates.

"Graal", CD&V et séparation
Le N-VA a un "Graal" : "Cette Flandre autonome avec sa propre sécu, une sécu différente entre Bruxellois francophones et néerlandophones, ce que j'appelle 'l’apartheid social'. Cet élément, par exemple, ne passera jamais au niveau européen. Jamais l'Union européenne ne va accepter ça." 
Si on regarde la situation flamande avec un peu plus d'hauteur, notre invité estime que le problème se situe plus du côté du CD&V que de la N-VA. "Pour Philippe Muyters, membre de la N-VA, ce week-end, le chiffre clé n'est pas celui sans gouvernement, mais plutôt celui de la non-application des résolutions du parlement flamand de 1999, soit 3856 jours. Ces résolutions définissent l'autonomie de la Flandre et donc le confédéralisme : deux Etats séparés qui ont encore quelque chose en commun. (...) En 2007, le CD&V a décidé qu'il devait obtenir ces résolutions. Mais, en fait, ils [les Flamands] ont décidé du futur de la Belgique sans consulter les Wallons et Bruxellois. Alors, ils refusent de négocier en présentant ces résolutions 'avec une petite cuillère de sucre' pour que les francophones digèrent mieux, comme le disait Bart De Wever. Mais on parle ici de l'avenir de quatre millions et demi de Bruxellois et de Wallons.
Pour notre invité, les deux partis "ont chacun leurs logiques. Quand la N-VA a commencé à peut-être accepter une région bruxelloise plus autonome, le CD&V a renâclé. Les démocrates-flamands ont une logique plus unitaire, mais ils veulent séparer les deux communautés, alors que la N-VA est plus indépendantiste et pourrait dire 'on laisse tomber Bruxelles'". 
Marcel Sel renchérit : "Il semblerait que ce soit Herman Van Rompuy qui a été le premier à dire tant qu'on a pas notre réforme de l'Etat, basée sur les résolutions de 1999, on ne forme pas de gouvernement. Si on n'a, à ce point, plus du tout les mêmes valeurs - pour moi, on maintient un Etat sur des valeurs, pas sur des identités - à ce moment, il faut commencer à penser à une séparation. Et c'est aux Européens à s'occuper de ça.
Pragmatique ou provocateur (selon les points de vue), Marcel Sel estime que "si on regarde la situation aujourd'hui, il faut commencer à mettre en place une commission composée  d'Européens qui s'occuperaient du démembrement du pays. Ça, c'est aujourd'hui. Mais ca peut changer.

Nationalisme et extrême-droite
Sur son blog, notre invité a l'habitude de gratter, d'exposer les ambiguïtés, les compromissions de nationalistes avec l'extrême-droite. Pour Marcel Sel, "on ne peut pas discuter avec des nationalistes tant qu'ils gardent des liens avec des mouvements extrémistes. A la fête du chant flamand, on voyait aussi bien les néonazis du NSV, que le Vlaams Belang, que la N-VA. Et tous ces gens regardent la même chose, chantent la même chose ensemble. Ce n'est pas possible, on ne peut pas l'accepter.
Si le chroniqueur ne veut pas disqualifier le mouvement flamand historique, celui du XIXe siècle, du début du XXe avec cette volonté d'émancipation culturelle et sociale, la récupération du mouvement flamand par l'extrême-droite, dans les années 30, entache le nationalisme du nord du pays : "Lorsqu'en 2004, 3000 personnes se réunissent pour rendre hommage à Staf De Clerck, l'équivalent de Rex, de Degrelle, de Pétain. A partir du moment où on autorise ce genre de choses - De Clerck était un vrai antisémite qui disait qu'exclure les juifs de Flandre était une question de santé publique - sans que personne réagisse, on assiste à une récupération du mouvement flamand par l'extrême droite. Tant que le N-VA ne se séparera pas de cet héritage, on ne va pas pouvoir négocier de façon intéressante avec la N-VA."

Selon Marcel Sel, on n'arrivera pas un accord acceptable dans la négociation institutionnelle qui est en cours. "Si on va dans le sens de la N-VA et du CD&V, on va vers une usine à gaz encore plus ingérable qu’aujourd’hui."

HM

Retrouvez l'interview en intégralité de Marcel Sel par Bertrand Henne ci-contre.


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