Mise au Point: débat animé avec la N-VA sur le confédéralisme

Le plateau de Mise au Point
Le plateau de Mise au Point - © RTBF

Le Roi est-il allé trop loin en se référant aux années trente lors de son discours de Noël ? La N-VA estime qu'il s'agit d'une insulte à l'égard de la moitié des Flamands et que le Roi a failli à son devoir de neutralité. Albert II a-t-il eu raison ou tort ? Que veut vraiment la N-VA en parlant à présent de confédéralisme et non plus de séparatisme ? On en parlait ce dimanche sur le plateau de Mise au Point.

Comme plusieurs ténors de la N-VA, Eric Defoort a été ulcéré par les propos du Roi. "Maintenant, je comprends le Roi. Il était l'interprète d'un sentiment qui habite la majorité des Francophones en Belgique qui craint la N-VA". Pour le cofondateur de la N-VA, les discours du Roi depuis 2007 traduisent des sentiments qui "n'habitent plus la majorité des Flamands". 
 
"Le Roi n'a pas cité la N-VA", fait remarquer Philippe Moureaux. "La N-VA s'est reconnue. Vous avez cru pouvoir exploiter encore une fois un sentiment anti-belge", répond le sénateur socialiste. La N-VA est-elle populiste ? "La N-VA est un parti hautement démocratique", réagit Eric Defoort. Quand le parti de Bart De Wever s'est offusqué du discours royal, "c'était une occasion pour montrer le gouffre qui nous séparait".
 
"Tous les discours royaux sont politiques"
 
"Il n'y a aucun problème à mettre en avant les dangers du populisme", estime pour sa part Didier Reynders pour qui le Roi est resté dans son rôle: "Tous les discours royaux ont un contenu politique", glisse le vice-premier ministre MR. "Il est donc normal que chacun se positionne par rapport à ce discours politique". Cependant, la référence aux années 30 n'étaient pas utiles selon lui: "Nous faisons tout pour aller à l'encontre". 
 
Eric Van Rompuy aurait, lui, retiré ce passage du discours royal. "Cette référence, c'est du pain béni pour la N-VA", estime le député CD&V. "La tactique de la N-VA, c'est d'être Caliméro". "Dans le contexte actuel d'un climat épouvantable en Flandre, nous sommes dans le pré-séparatisme, (...) c'est une erreur politique !", s'exclame Eric Van Rompuy. 
 
La N-VA, un baromètre ?
 
Avec un tel raisonnement, on ne peut plus critiquer la N-VA sous peine de la renforcer, regrette Phlippe Moureaux. "Finalement, c'est la liberté d'expression qu'on veut mettre en cause". Sur le plateau de la RTBF, le sénateur PS refuse de parler d'erreur politique dans le chef d'Elio Di Rupo: "On en parlera à la Chambre, chacun va y venir avec son venin, le Premier ministre va dire que tout va bien, il va protéger le Roi et on passera à l'ordre du jour et j'espère qu'on parlera de choses intéressantes". 
 
Tant sur le plan juridique que sur le plan politique, il n'y a aucun problème, juge Marc Uyttendaele. Mais pour le constitutionnaliste de l'ULB, ce n'était pas très habile sur le fond: "Je ne peux que lire une attaque visant la N-VA : c'est clair que le danger populiste aujourd'hui en Belgique, il vient de la N-VA". Pour lui, d'ici 2014 où le Roi aura fort à faire, les forces politiques ont tout intérêt à le mettre hors débat jusque là et éviter toute polémique. 
 
"Quand j'entend certains, j'ai l'impression que toute parole du Roi, aussi anodine soit-elle, c'est une occasion de tirer à vue", estime le sénateur cdH Francis Delpérée. "Le Roi n'est pas un personnage sourd, aveugle et muet. C'est sa responsabilité, son droit d'avertir avec l'accord du premier ministre". 
 
"Le problème n'est pas le propos du Roi mais bien celui de la température qui n'est pas bonne en Flandre", juge la députée européenne Ecolo Isabelle Durant. "Aujourd'hui, la N-VA devient le baromètre", regrette-t-elle. "C'est insupportable".
 
Que veut vraiment la N-VA ?
 
En attaquant le Roi, c'est à la Belgique que la N-VA s'attaque, jugeait Guy Verhofstadt. Eric Van Rompuy abonde dans le même sens. Le député CD&V met en garde les francophones: "Soyez prudents de ce que vous dites, De Wever joue toujours le Caliméro". "Il faut être prudent, mais il faut dire les choses", répète une fois encore Isabelle Durant qui craint qu'on devienne "De Wever-ment corrects". Mais pour Eric Van Rompuy, quand Elio Di Rupo vise la N-VA comme l'interview de ce dimanche matin dans le Zondag, il fait un véritable "cadeau" à Bart De Wever. 
 
La N-VA plaide désormais pour le confédéralisme. Mais le premier statut du parti, c'est l'indépendance de la Flandre. La N-VA est-elle hypocrite ? "Pour le moment, on veut atteindre le confédéralisme", explique le cofondateur de la N-VA. "Aujourd'hui, nous sommes bien conscients qu'il n'y a pas une majorité pour obtenir une indépendance de la Flandre". "C'est quoi, pour vous, le confédéralisme", demandent la plupart des invités d'Olivier Maroy à Eric Defoort qui peine à répondre clairement: "On veut arriver à une confédération belge". Le programme ? "On est en train de l'écrire" ... 
 
L'idée de confédéralisme n'est pas nouvelle
 
Didier Reynders rappelle que le CD&V avait déjà mis sur la table la question du confédéralisme. Le vice-premier ministre libéral se demande quelle est la volonté du CD&V, si on se donnera du temps pour mettre en oeuvre les décisions sur la législature ou si ce sera la surenchère continuelle et à demander des réformes. Eric Van Rompuy ne peut, dit-il, pas exclure une nouvelle réforme de l'État plus approfondie, "mais ce ne sera pas le confédéralisme de la N-VA". 
 
"Il faut être lucide, il faut s'attendre à ce genre de discussion", dit Philippe Moureaux. "Mais il ne faut pas être déjà à genoux !", s'exclame-t-il. "Il faut que les francophones mettent une stratégie en place, qu'ils ne refassent pas la bêtise de dire simplement non à tout". "Ce qui me désole chez les partis flamands, c'est de ne pas assumer pleinement ce qu'ils font", déplore le socialiste. "Ce n'est pas la N-VA qui a obtenu la scission de BHV, c'est vous tous !", tonne-t-il. "Peeters, c'est le petit chien de salon de De Wever", glisse-t-il à l'adresse d'Eric Van Rompuy. 
 
Quels pouvoirs pour le Roi ?
 
Faut-il réduire les pouvoirs du Roi ? "On devra un jour en discuter, mais ce n'est pas du tout le moment", estime Philippe Moureaux. "Si on le met sur la table aujourd'hui, c'est la N-VA qui va en profiter encore plus". "Ce n'est pas un gros mot", juge également Isabelle Durant pour qui "la question est moins de savoir s'il faut réduire les pouvoirs du Roi que de réduire l'influence de la N-VA". 
 
"Les pouvoirs du Roi n'ont posé aucun problème pendant le règne d'Albert II", dit Didier Reynders. "Si on avait une monarchie protocolaire, la N-VA monterait aussi au créneau lors des discours royaux", prévient-il. 
 
RTBF
 
Olivier Maroy avait invité ce dimanche :
 
Eric Defoort, cofondateur de la N-VA
Eric Van Rompuy, député flamand CD&V
Didier Reynders, vice-premier ministre MR
Philippe Moureaux, sénateur PS
Francis Delpérée, sénateur cdH
Isabelle Durant, députée européenne Ecolo
Steven Samyn, journaliste De Morgen
Marc Uyttendaele, constitutionnaliste à ULB
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