Marc Botenga (PTB) : "On est en train de se prosterner devant les entreprises pharmaceutiques"

Un groupe de citoyens européens se lance ce lundi dans une vaste récolte de signatures pour mettre à l’agenda des instances européennes une demande pour que les médicaments et vaccins contre le Covid-19 soient considérés comme "biens publics", non protégés par des droits de propriété intellectuelle aux mains de sociétés pharmaceutiques.

La proposition doit recueillir au moins un million de soutiens, dont un certain minimum dans sept Etats membres, pour être présentée ensuite à la Commission européenne, en tant qu'"initiative citoyenne européenne". Via ce système relativement nouveau, les citoyens ont l’occasion de mettre à l’agenda de l’UE des problématiques qui les interpellent, pour peu que le soutien soit suffisamment large et traverse les frontières nationales.

Invité de Matin Première ce lundi, Marc Botenga, député européen PTB, dénonce le côté "opaque" des contrats conclus par la Commission européenne avec les entreprises pharmaceutiques. Il défend l’importance d'"un vaccin sûr, démocratique et sous contrôle public".

On n’est pas en train de négocier avec des enfants de chœur

"On ne sait même pas le prix, ni les conditions auxquelles sont achetés les vaccins. […] On n’est pas en train de négocier avec des enfants de chœur. Les entreprises pharmaceutiques mettent en avant le profit plutôt que la santé publique et ça, ça m’inquiète", déclare-t-il.

Pourtant Marc Botenga voit d’un bon œil cette association de tous les Etats membres dans l’achat d’un vaccin. "Je pense qu’on n’a pas d’autres choix. Quand on négocie en tant qu’Union européenne, tous les Etats membres ensemble, on pèse lourd. Le problème, c’est qu’ensuite, quand la Commission européenne accepte le prix demandé par entreprises pharmaceutiques, on a un souci."

Il poursuit : "On a déjà payé pour la recherche et le développement, pour l’expansion de la capacité de production, on va payer l’achat à la fin. On va payer trois fois pour le même vaccin, on est en train de se prosterner devant les entreprises pharmaceutiques."

Avoir confiance dans le vaccin et ceux qui le font

Le député européen insiste sur l’importance "d’avoir un vaccin sûr dans lequel les gens ont confiance", mais il voudrait aussi que ce vaccin soit "un bien commun plutôt que de le payer trois fois".

L’arrivée du vaccin contre le Covid-19 se fait dans un contexte tendu, avec un discours anti-vaccin qui reprend de la vigueur. Pour Marc Botenga, seule "une petite partie des gens sont anti-vaccin, par contre beaucoup de gens ont des questions, ils sont méfiants. […] Mais ce n’est pas une défiance contre la science ou la médecine. Je pense que les multinationales pharmaceutiques ont une mauvaise réputation parce qu’elles ont montré dans le passé qu’elles donnaient priorité au profit."

Dans ce contexte, il estime qu’"une façon de créer cette confiance, c’est de retirer ce vaccin des mains des multinationales pharmaceutiques, dire qu’on veut un contrôle sur le prix, sur le contenu, on veut tout savoir. Là ça se fait en cachette et ensuite on dit aux gens de fermer les yeux".


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Et l’élu PTB de plaider pour "une transparence inédite" dans "une situation inédite". "Je pense que la confiance se construit à travers la transparence", souligne-t-il tout en estimant qu’il n’est pas trop tard pour faire pression sur la Commission européenne.

Il évoque l’engagement d’entreprises comme AstraZeneca qui vendront leur remède à prix coûtant. "Mais je pense que ce sont des promesses qui valent pour 2, 3, 6 mois. Donc mi-2021, quand les campagnes de vaccination auront lieu, à ce moment-là ces promesses se terminent. Si les citoyens arrivent à rassembler ces signatures, ça va tomber à pic pour dire à la Commission européenne qu’elle doit prendre en considération les intérêts des citoyens, de la santé publique, et pas les profits privés des multinationales pharmaceutiques."

D’autant qu’il reste une zone d’ombre concernant les effets indésirables du vaccin. "Dans les contrats négociés par la Commission européenne, une partie des dédommagements en cas de vice caché sera portée par les Etats, dénonce Marc Botenga. Ça veut dire que, légalement, l’entreprise pharmaceutique restera responsable, mais que ce seront les Etats membres qui seront obligés de prendre sur eux les dédommagements des personnes lésées. C’est extrêmement inquiétant."

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