Manuela Cadelli: "On combat le racisme par le débat, l'éducation et la répartition équitable des richesses"

La présidente de l'association syndicale des magistrats (ASM), Manuela Cadelli, n'a pas l'habitude de ranger sa langue dans une poche. La magistrate l'a encore montré ce jeudi, en évoquant à nouveau l'austérité dont la justice est frappée et dont l'écroulement d'un plafond au Palais de Justice de Bruxelles est l'illustration: "Dans tous les secteurs, le comité P, les experts, le disent : nous manquons de tout. Le premier magistrat de Belgique l'a dit: nous sommes à l'os. (...) L'austérité est un choix politique. (...)  L'austérité imprime un sens à la politique criminelle. (...) On ne fait rien pour qu'il y ait une politique criminelle en matière de délinquance économique et financière qui soit efficace." Rejetant les accusations de partialité politique ("tout est politique, quand on parle du collectif. Est-ce partisan ? Jamais"), la présidente de l'ASM s'est montrée beaucoup plus mesurée à propos de l'affaire de racisme qui secoue la RTBF depuis mercredi soir et les insultes subies par Céline Djunga. Selon Manuela Cadelli, " Dans ce type de dossiers, il y a 2 types de difficultés. L'une est urticante: la difficulté de faire la preuve (...) L'autre difficulté est plus fondamentale et presque de philosophie politique: nous avons en face la question de la liberté d'expression. Les fondements de notre démocratie relèvent de la priorité qui est donnée au débat public. On combat d'abord le racisme par le débat, par l'éducation, par la répartition équitable des richesses."

"Où est-ce qu'on s'arrête ?"

La présidente de l'association syndicale des magistrats pointe ce qu'elle appelle "un langage totalement décomplexé de certains politiques" pour expliquer une certaine libération de la parole raciste. "[Certains politiques] exploitent et creusent le sillon du populisme".

Reste, tout de même, l'idée que renforcer la loi ne permettra pas d'empêcher les propos racistes. Et qu'il y a un équilibrer à préserver : "L'arbitrage doit être maintenu avec la question de la liberté d'expression. Sinon, on en arrive à devoir interdire certains mots. Un homme politique [Georges-Louis Bouchez] un peu en vue disait 'il faut punir le mot nazi'. C'est la pente glissante, c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres. Où est-ce qu'on arrête ? C'est un défi pour nos démocraties." 

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