Maladie de longue durée: un imposant budget, qui flirte avec celui du chômage

Maladie de longue durée: un budget qui approche celui du chômage
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Maladie de longue durée: un budget qui approche celui du chômage - © Tous droits réservés

Selon les chiffres de l’Inami, le nombre de malades de longue durée a crû, en dix ans, de 64%, pour culminer au chiffre record de 370 400 travailleurs absents depuis plus d’un an. Une situation qui n’est pas neuve, mais qui pèse désormais lourdement sur le budget de l’Etat: 5 milliards d’euros. Pas loin des 6,24 milliards d’euros que coûte le chômage.

Cette explosion du nombre d’invalidités pour incapacité de travail ne date pas de 2015. L’augmentation s’est fait particulièrement sentir en 2014.  Au cours de cette année, le nombre d’invalides a augmenté de 22 165 unités par rapport à 2013. Une différence de 7,40%, elle aussi exceptionnelle puisque l’augmentation des années antérieures se limitait à un peu plus de 5%.

Si la tendance remonte à 1995, les chiffres de l’Institut National d’Assurance Maladie-invalidité révèlent une accélération inquiétante. De 5% de croissance annuelle, le taux est passé, en une année (2015), à 8%. La tendance est principalement attribuable aux salariés qui représentent 357 000 cas, pour 23 500 indépendants (voir tableau).

En cause: l'âge de pension des femmes, le vieillissement, la dépression et la vie personnelle

Selon l’Inami, la cause première du phénomène doit être recherchée dans les pathologies d’ordre psychique, comme la dépression et le burn-out, mais aussi dans les  maladies musculos-squelettiques. "L’augmentation des troubles psychosociaux n’est pas sous contrôle" pouvait-on lire dans une étude réalisée par SD works, société de services aux entreprises.

Sans oublier l’allongement de carrière. Car c’est dans le groupe des 50–60 ans que l’on répertorie le plus grand nombre d’absences pour maladie. Un indicateur du rôle du vieillissement est apparu lorsque l’âge à la pension des femmes est passé de 60 à 65 ans. Les statistiques ont immédiatement révélé une forte augmentation du nombre de femmes titulaires d’indemnités.

Le taux de participation des femmes sur le marché du travail a eu un impact à d’autres niveaux:  "On constate, lit-on dans une étude Inami de 2015,  qu’il y a davantage de risques pour la population de femmes de tomber en incapacité de travail. Cette constatation a été confirmée par une étude réalisée par le SPF Sécurité sociale."

Si la culture générale d’entreprise est déterminante dans la reprise de l’emploi, une étude réalisée par SD Works (Out of office, Ziekteverzuim in België 2012) conclut que la situation familiale joue également un rôle prédominant : " Des emplois complexes combinés à l’éducation des enfants et à d’autres problèmes qui relèvent de la vie privée mettent une (trop) grande pression sur les ménages à deux revenus."

De nouvelles mesures pour cet été

La réaction du gouvernement à cette situation coûteuse ne s’est pas fait attendre. L’accord gouvernemental prévoit des mesures pour réintégrer les malades de longue durée, et des sanctions en cas de fraude. En Belgique, c’est Maggie De Block (Open vld) qui est en charge des allocations d’invalidité. Elle travaille sur un projet qui devrait voir le jour en été.

La première modification est que la réinsertion ne devrait plus porter  uniquement sur la capacité de reprendre son poste antérieur, mais aussi sur la volonté de réaliser un travail adapté. Ce que suggérait d’ailleurs un rapport de l’inami à propos de salariés soumis à du travail lourd. Ceux-là pourraient réintégrer leur entreprise moyennant une adaptation de leur fonction.

Le modèle norvégien

Si les spécialistes du droit social font souvent référence au "modèle rhénan", Maggie De Block dit vouloir s’inspirer, pour la maladie de longue durée, du "modèle norvégien."

Pour inverser la tendance, la ministre de la Santé publique veut renforcer le trajet de réintégration "grâce à une meilleure connaissance des facteurs qui influencent les chances de réussite de la réintégration." Plus concrètement, il s’agit d’examiner comment  les personnes absentes du travail depuis plusieurs mois considèrent leur retour au boulot. Selon le cabinet de la ministre De Block, "la manière dont un travailleur évalue ses chances de retour au travail, est un bon indicateur pour décider si un trajet de réintégration a de bonnes chances de réussir."

Pour obtenir ces informations, les employés en incapacité vont recevoir deux questionnaires. Le premier leur parviendra après 1 mois de maladie afin de déterminer les facteurs qui entravent la réintégration et ceux qui la favorisent. Le médecin-conseil devra alors évaluer l'opportunité d'un trajet de réintégration. Cela ne concernera pas les personnes malades en phase terminale.

Le second questionnaire sera envoyé après 6 mois de maladie. La personne concernée sera alors invitée pour un entretien personnel avec un collaborateur de sa mutualité. Cette fois, l’objectif sera d’examiner "entre quatre yeux" quels facteurs entravent la réintégration du travailleur.                 

Des sanctions si nécessaires   

En cas de refus, les sanctions ne sont pas (encore) prévues, mais la ministre De Block pourrait sévir. Si les objectifs budgétaires ne sont pas atteints, ces sanctions concerneront les travailleurs, mais aussi les employeurs. La période durant laquelle l’entreprise doit rémunérer un travailleur malade pourrait alors excéder un mois, qui est la norme actuelle. Mais impossible d’en obtenir plus de la ministre: " le gouvernement développe ces principes dans une proposition, qui sera soumise aux partenaires sociaux cet été."

Le syndrome norvégien

Si la Norvège est aujourd’hui devenue un modèle, c’est parce qu’elle fut, longtemps, un contre-exemple. Les données de l’OCDE, montrent que la Norvège a connu un phénomène comparable au nôtre dès 2004.

Il y a plus de dix ans, le taux d’emploi norvégien était élevé, mais les absences pour cause de maladie l’étaient tout autant. Ce phénomène touchait toutes les classes d’âge, et surtout, comme chez nous, les plus de 55 ans. Avec pour conséquence de voir les congés de maladie se transformer en invalidité permanente. Cette croissance de l’invalidité allait de pair avec une faible réadaptation professionnelle et une baisse des programmes de retraite anticipée. Un schéma qui rappelle celui de la Belgique.

La tendance était encore forte en 2013, lorsque le temps de travail annuel perdu par un salarié pour cause de maladie était supérieur à 4,5 semaines, contre un peu plus de 2 semaines pour la moyenne européenne. Il y a 3 ans, la Norvège n'était pas un exemple.

C’est alors que les autorités norvégiennes ont introduit un programme pilote visant à évaluer la capacité de travail en vue du retour à l’emploi. Avec des contrôles indépendants sur les évaluations faites par les médecins. Une autre mesure consistait à reporter une plus grande part des coûts sur les employeurs. Maggie De Block ne veut pas autre chose. Mais sans révéler de détails avant de rencontrer les partenaires sociaux. Sans doute cet été. Car le temps presse.

Plus qu’un phénomène sociologique, l’explosion des absences pour maladie de longue durée est un enjeu budgétaire: 5 milliards d’euros en 2015. Par comparaison, le coût des allocations de chômage se monte à 6,24 milliards d’euros (plus 850 millions si l’on y ajoute les prépensions). Si la courbe de ces dernières années se confirme en 2016,  le coût des maladies de longue durée deviendra une très lourde charge.  

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