Malades de longue durée: médecins-conseils sous pression "poussés à prendre de mauvaises décisions"

La politique de la ministre de la santé, Maggie De Block, est dans la ligne de mire du patron des mutualités socialistes. Jean-Pascal Labille dénonce la remise au travail des malades de longue durée. Selon lui, les médecins-conseils sont poussés à prendre de mauvaises décisions.

Pour rappel, les malades absents depuis au moins 6 mois devront réintégrer leur entreprise, sauf avis médical contraire. Si le conseiller en prévention-médecin du travail estime qu'un autre travail est possible, l'employeur est tenu d'établir un "plan de réintégration". Si l'employeur ne cherche pas de solution, il sera sanctionné par une amende de 800 euros. Pour l'employé concerné, si la médecine du travail considère qu'il peut reprendre le travail, mais qu'il ne le reprend pas sans motif valable, il sera sanctionné par une baisse de son indemnité de 5 à 10%. 


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Jean-Pascal Labille, patron des mutualités Solidaris et ex-ministre fédéral des Entreprises publiques, soutient ce dispositif, tant que la réintégration se fait sur base volontaire et que la situation du malade le permet. "Mais si c'est pour les obliger à reprendre le travail dans n'importe quelles conditions, ce n'est pas du tout souhaitable. Dans l’ensemble, si ce dispositif prévoit l’obligation de reprendre le travail, c'est voué à l’échec. Et ce n'est certainement pas une politique sociale et humaine respectueuse vis-à-vis des gens."

"Le médecin a proposé de remettre au travail une personne sous chimio"

Et chez Solidaris, on craint surtout les dérives. "C'est toujours possible qu'il y ait un médecin-conseil qui, par un excès de zèle, se dise qu'il va remettre les gens au travail, puisque le système l'y incite ou lui permet, alors que les personnes sont parfois en maladie grave et pas du tout aptes à reprendre le travail."

Il donne un exemple : "J'ai eu un cas de personne qui était en chimiothérapie et le médecin-conseil a proposé sa remise au travail. C'est tout à fait inacceptable. C'est un cas, certainement pas une généralité, mais c'est un cas qui peut être révélateur des politiques en place."

Mais Jean-Pascal Labille maintient qu'il s'agit d'un cas isolé et que "l'immense majorité des médecins-conseils fait son travail correctement et a une approche sociale à l'égard des gens." 

"On essaye de résister"

Dominique Feron, médecin-conseil directeur chez Solidaris coordonne 50 médecins-conseils épuisés. Elle est confrontée à cette réalité. "Depuis le gouvernement De Block, les mesures sont de plus en plus coercitives à l’encontre des personnes, et vont vers une obligation de remise au travail quel que soit leur état de santé."

"La dernière chose qu'on nous a imposé c'est de faire des plans de réintégration. On doit envoyer les personnes chez le médecin du travail pour voir si on peut adapter le poste. Les employeurs voulant des gens 100% actifs ne veulent pas de personnes qui ont encore des souffrances. Ils reçoivent un C4 de force majeure, sans préavis ni indemnités. S'ils ont toujours le taux nécessaire d'incapacité de travail on les garde en mutuelle, mais ils ont perdu le lien avec l'entreprise. C'est une grande souffrance."  

Selon elle, le gouvernement veut les mener à devenir des contrôleurs plus que des accompagnateurs. "On se bat pour ne pas le faire. On essaye de résister, mais ce n'est pas évident car il y a toujours la menace de diminution des frais d'administration des mutuelles. On se retrouve entre le marteau et l'enclume et c'est très compliqué." Et c'est cette pression, selon elle, qui peut justement mener à des dérives. 

Au Cabinet de Maggie De Block, on n'est pas au courant de cette remise au travail forcé. Mais on dément encourager ou forcer les médecins-conseils à remettre des malades de longue durée au travail. 

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