Mais pourquoi est-ce à ce point compliqué de choisir un ou une commissaire européen ?

Mais pourquoi est-ce à ce point compliqué de choisir un ou une commissaire européen ?
Mais pourquoi est-ce à ce point compliqué de choisir un ou une commissaire européen ? - © Tous droits réservés

C’est le feuilleton politique de la fin août. Tout se joue en toute discrétion, au gré de réunions confidentielles ou par téléphone. La Belgique doit se choisir une personnalité politique pour la représenter au sein de la future Commission européenne qui sera dirigée par l’Allemande Ursula Von Der Leyden.

Attendu que la Grande-Bretagne n’enverra pas de commissaire, en raison du Brexit programmé le 31 octobre, veille de l’entrée en fonction de la nouvelle Commission, Ursula Von Der Leyden souhaitait recevoir deux noms par pays - soit 52 noms - 26 hommes et 26 femmes pour choisir sa future équipe, que l’Allemande souhaite paritaire sur le plan du genre. A l’heure actuelle, 21 pays ont désigné leur futur commissaire : il y a 11 hommes et 10 femmes. Le Portugal et la Roumanie ont mis sur la table deux noms, un homme et une femme. Reste donc trois pays, l’Italie, la France et la Belgique. La parité reste donc, pour le moment, envisageable, mais si cela risque d’être compliqué.

Stratego fédéral

Malgré les demandes d’Ecolo ou de Marie Arena de voir la Chambre des représentants s’emparer du sujet, c’est bel et bien les présidents de partis qui décideront du nom de la personnalité belge membre de la future commission. L’hypothèse de voir l’actuelle commissaire Marianne Thyssen prolonger son mandat a été évacuée par l’eurodéputé CD & V et ancien vice-Premier ministre Kris Peeters, lundi dernier. Et à la question de savoir si lui, Kris Peeters, était intéressé par le poste, le chrétien-démocrate a botté en touche. Car c’est un sacré jeu de Stratego qui se joue au fédéral sur cette question du commissaire européen. Habituellement, la désignation du commissaire belge fait partie de la grande négociation des postes entre les partis de la future majorité au niveau fédéral. Mais cette année, c’est le brouillard le plus total à ce niveau de pouvoir. Néanmoins, il nous revient à plusieurs sources que sont concernés par cette discussion, outre les trois partis au gouvernement (MR, CD & V, Open VLD), la N-VA et le PS. Ce qui explique les difficultés actuelles.

Consensus autour de Didier Reynders, mais…

Un certain bon sens pourrait commander qu’un francophone devienne comme commissaire. Si Marie Arena, ce jeudi sur La Première, évoquait la règle suivante : deux mandats flamands puis deux mandats francophones, en fait, il n’y pas vraiment de règle. Nous avons eu, au total, dix commissaires européens, cinq francophones, cinq néerlandophones. Il y a eu d’abord alternance, puis deux francophones ont suivi deux Flamands. Et après deux législatures où des Flamands ont représenté la Belgique à la Commission, il est attendu qu’un Bruxellois ou qu’une Wallonne récupère le poste. Et parmi les personnalités de premier plan francophone à même de l'obtenir, c'est le nom de Didier Reynders qui revient le plus. D’autant plus qu’il y a une sorte de consensus tacite autour de sa personne. La N-VA ne fait pas barrage à la candidature de Didier Reynders, car elle a demandé et semble avoir obtenu, selon nos informations, un poste à le BEI, la banque européenne d’investissement. Le PS, avons-nous appris, a fait savoir plus tôt dans la semaine à Didier Reynders en personne, qu’il pouvait compter sur son soutien. Mais c’est du côté des partis flamands du gouvernement que ça coince. Après le départ de Charles Michel, si Didier Reynders devait le suivre, soit le CD & V, soit le VLD devrait récupérer le 16 rue de la loi. L’un des deux partis sortira donc perdant de cette histoire, raison pour laquelle Kris Peeters pour le CD & V se profile. Et de son côté, la présidente du VLD, Gwendolyn Rutten s’y verrait bien également. Bref, ça coince. Et à quelques jours de la date butoir, cela ne fait pas très sérieux.

Une brèche pour le PS

Cette bisbille au fédéral a donné quelques idées au PS. Et le "Boulevard" a demandé à Laurette Onkelinx de jouer le jeu, et d’être candidate. Pourtant, lors de sa dernière sortie médiatique, samedi 16 août à l’Echo, à aucun moment, l’ancienne ministre n’évoque un quelconque intérêt pour le poste de commissaire. Sur son avenir, elle disait : "Je continuerai là où je peux être utile. Je garde des convictions extrêmement fortes et l’envie de soutenir un développement de notre société." Et depuis jeudi, et l’annonce du PS, Laurette Onkelinx se tait dans toutes les langues. Cette candidature, c’est évidemment un jeu de dupe : personne au PS n’a le moindre espoir de voir Laurette Onkelinx être désignée commissaire européenne par un gouvernement MR-CD & V-VLD. Mais avec ce "coup", le PS est gagnant. Laurette Onkelinx montre que d’une certaine façon, elle compte, encore, malgré son départ annoncé en 2017 et qui sera effectif à l’automne. On parle d’elle, c’est toujours bon à prendre alors qu’elle semble avoir quelques difficultés à profiler la suite de sa carrière. Pour Elio Di Rupo, c’est également une bonne opération. C’est une façon de dire aux libéraux que les socialistes avaient bel et bien une candidate mais que finalement le PS peut très bien soutenir un libéral francophone. Mais attention, c’est un prêté pour un rendu. Il y a des gouvernements à former avec le PS et le MR, dans les régions, à la fédération, et qui sait au fédéral…

La crédibilité de la Belgique

Les atermoiements belges pour choisir un ou une candidate ne poseront guère de problème à Ursula Van Der Leyen si, et seulement si, la Belgique communique en temps et en heure – c’est-à-dire pour ce lundi 26 août – le nom d'un ou d'une commissaire. Il faut donc qu’un accord survienne entre les trois partis du gouvernement, la N-VA et le PS. Avec, formellement, un conseil des ministres, même électronique, qui avalise ce choix. Sans ça, l’image de la Belgique sera quelque peu abîmée, et quelle que soit la personnalité politique qui sera finalement choisie, les compétences qu’elle obtiendra risquent d’être peu enthousiasmantes en cas de retard. Que le candidat retenu s’appelle finalement Didier Reynders, ou non.

Commissaire européen : Laurette Onkelinx surprend Didier Reynders

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