Ludivine Dedonder (PS) : "Les extrémistes, comme je l'ai dit pour les racistes ou les sexistes, n'ont pas leur place à la Défense"

Ludivine Dedonder (PS), ministre en charge de la Défense, a dénoncé une forme de banalisation de l’extrême droite ce vendredi au micro de Matin Première. "Aujourd’hui ces discours radicaux sont devenus pour certains acceptables, on leur donne la parole dans les médias, on leur donne l’accès au pouvoir. Regardez la composition du parlement. Ces gens soufflent sur les braises et ensuite viennent vous donner des leçons quand le feu éclate", a-t-elle asséné.

Car depuis trois jours, et la traque qui est en cours pour retrouver Jürgen Conings, un militaire fiché comme "extrémiste potentiellement violent" et ayant eu accès à un vaste arsenal d’armes, c’est forcément la Défense qui est pointée du doigt. "C’est la priorité que de pouvoir retrouver ce fugitif, le mettre hors d’état de nuire et la défense collabore étroitement avec la police" a insisté la ministre.


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Elle estime que cette cavale, très médiatique est regrettable mais que le problème est ailleurs. "Moi je le dis depuis le départ, les extrémistes, comme je l’ai dit pour les racistes ou les sexistes, n’ont pas leur place à la défense, tranche-t-elle. Il y a des sanctions qui sont prévues mais on ne peut pas licencier quelqu’un simplement sur base d’opinions radicales. Mais d’un côté j’aimerais qu’on ne se cache pas derrière ça et qu’on arrête cette banalisation de l’extrémisme parce que c’est ça, d’un côté, que l’on vit."

Une faille dans la procédure

Alors la question demeure : comment un individu, connu pour ses opinions radicales, a-t-il pu bénéficier d’un accès à toutes ces armes ? "Jusqu’aux récents événements, la hiérarchie militaire avait jugé son comportement peu problématique, après évidemment qu’il est anormal qu’une personne avec un tel pedigree, des opinions radicales, fiché pour sa dangerosité ai accès à un arsenal d’armes. Il n’est pas normal non plus qu’une personne puisse sortir d’une caserne, sans contrôle alors que des règles doivent être appliquées", a déploré la socialiste qui parle d’une "faille dans la procédure".

Pour lever le voile sur ces interrogations à multiples inconnues, Ludivine Dedonder a lancé une enquête interne. Elle devrait mettre au jour le suivi rendu par le SGRS, le Service Général du Renseignement et de la Sécurité, qui dépend lui aussi de la défense. Mais aussi "quant à la direction des ressources humaines, à leur politique d’affectation et de mutation", précise-t-elle.


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Mais la ministre de la Défense n’attendra pas les résultats de cette enquête pour prendre le problème à la racine : "J’ai demandé au chef de la défense de revoir les procédures quant au contrôle d’accès aux quartiers et aux dispositifs d’armes." Elle indique aussi que des procédures existent déjà et que l’enquête dira dans quelle mesure elles ont été – ou non – respectées.

Ludivine Dedonder plaide aussi pour un "screening régulier de tous les militaires qui ont accès à des lieux sensibles, à des informations sensibles, mais aussi qui sont en possession d’armes et je parle bien de tous les militaires et pas seulement ceux qui sont suivis par le SGRS". Elle assure que la loi sera modifiée en ce sens.

La démission ? Hors de question

Si elle est bien consciente que des failles ont été mises au jour par la chasse à l’homme à laquelle la Belgique assiste depuis désormais plusieurs jours, et que sa responsabilité en tant que ministre de la Défense est engagée, l’élue socialiste est formelle : une démission n’est pas à l’ordre du jour. "Ça n’a même pas été abordé hier au parlement", précise-t-elle.

"Je suis arrivée dans ce département il y a plusieurs mois. J’ai trouvé un département blessé, pendant de très nombreuses années, où on a désinvesti. Cela fait sept mois que je me bats pour donner un nouveau souffle à la Défense", se défend-elle ensuite.


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C’est vers le précédent gouvernement et notamment son prédécesseur, Steven Vandeput (N-VA), qu’elle renvoie la balle. "Le ministre précédent N-VA a totalement désinvesti dans la défense, au niveau du personnel, au niveau du fonctionnement, au niveau des infrastructures. Ils ont investi dans du matériel et ils m’ont laissé la facture. Aujourd’hui, j’entends certains s’indigner, j’entends certains de ces partis me donner des leçons alors que je recrute 2500 militaires par an pendant 4 ans alors qu’eu n’ont pas été foutus d’en recruter 400."

Et elle a conclu en jetant un nouveau pavé dans le gouffre qui semble séparer les socialistes francophones de la N-VA depuis de nombreuses années, assénant un tacle au Vlaams Belang par la même occasion. "Vous le voyez bien aussi pendant cette crise, c’était à qui dénonçait le mieux son voisin. On est vraiment dans cette haine de l’autre et ces partis attisent cette haine alors qu’on a besoin de solidarité. Alors qu’on a besoin, vraiment d’une société inclusive et c’est pour ça que je répète que je suis bien décidée à rester à ce poste-là pour veiller à ce que ça n’arrive plus."

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