Luc Hennart: "Attaquer la justice devient une manière de faire de la politique"

Luc Hennart: "Les attaques contre la justice deviennent une manière de faire de la politique"
Luc Hennart: "Les attaques contre la justice deviennent une manière de faire de la politique" - © JAMES ARTHUR GEKIERE - BELGA

Ce vendredi, c'est Luc Hennart, président du tribunal de Première instance de Bruxelles qui était l'invité de Matin Première. L'ancien juge d'instruction a répondu aux questions de Robin Cornet est est revenu, pêle-mêle, sur l'affaire Fillon, sur l'indépendance de la justice et sur les problèmes que cette dernière à l'heure actuelle. 

"Il n’y a rien de nouveau. Les attaques contre la justice deviennent une manière de faire de la politique, il suffit de regarder ce qui se passe dans le monde. La méthode de M. Fillon est pathétique puisque les juges ont été saisis, un dossier existe, ils doivent remplir leur fonction. En tout indépendance, que ça plaise ou non", a souligné Luc Hennart. 

Le président du tribunal de Première instance également fustigé des méthodes qui servent à "s’attaquer non plus au fond des choses, mais aux figures qui ont la mission de remplir un métier difficile".

Dimension politique et restrictions budgétaires

Revenant sur l'aspect politique et réagissant au fait que François Fillon ait déclaré qu'il serait jugé par les Français et le suffrage universel plutôt que par les instances compétentes, Luc Hennart a expliqué que "ce n’est pas au peuple de rendre justice mais aux juges. C’est facile de s’attaquer aux juges, c’est la grande muette. La justice ne peut pas répondre aux attaques". 

Insistant sur la dimension politique et gardant comme exemple le candidat Les Républicains à la présidentielle française, l'invité de Matin première a tenu à préciser que "les juges n’ont pas d’initiative, les juges sont saisis mais il n’y a pas de décision de justice à laquelle on ne peut donner une dimension politique. Ce qui doit être dit, c’est que la dimension politique n’est pas le moteur des juges qui agissent."

Une dimension politique qui semble difficile à éviter et dont la tendance semble être promise à la hausse. En effet, auparavant, trois juges étaient en moyenne affectés à une affaire. Mais à coup de de restrictions budgétaires, les forces vives de la justice ont été témoins d'une réduction drastique de leurs moyens. Ainsi, "la manière d’éviter un but politique, c’est la collégialité. Plusieurs juges, une démarche collective, permet de dissoudre toute visée politique. Avec les mesures budgétaires, on ne met qu’un seul juge et voilà le problème. Le fil rouge c’est l’économie à tout crin", ajoute Luc Hennart d'un ton assuré.

En Belgique comme partout, l'indépendance recule

Luc Hennart est également revenu sur la situation en Belgique et s'est dit inquiet de la direction qui semble être prise par le gouvernement, faisant écho au refus de Theo Francken d'accorder un visa à une famille syrienne alors que la justice avait tranché dans ce sens. "A partir du moment ou un juge statue dans un sens qui ne convient pas, l’exécutif va s’asseoir sur les décisions de justice". 

Concluant relativement tristement, le président du tribunal de Première instance a affirmé que "l'indépendance de la justice recule en Belgique, pointant à nouveau du doigt des politiques de discrédit et un manque criant de moyens."

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