Luc Hennart: "Le plan Justice de Koen Geens est un tour de magie raté"

Luc Hennart: "Le plan Koen Geens est un tour de magie raté qui cache ses effets"
Luc Hennart: "Le plan Koen Geens est un tour de magie raté qui cache ses effets" - © Tous droits réservés

Ce vendredi après-midi, les acteurs de la justice se mobilisent pour manifester contre le manque de moyens. Au micro de Bertrand Henne dans l'Acteur en direct, Luc Hennart, président du tribunal de première instance de Bruxelles, évoque cette action qui fait écho au plan présenté par Koen Geens, ministre de la Justice. Pour le magistrat, il ne s'agit que d'un tour de passe-passe.

Greffiers, avocats, magistrats, tout le personnel de la justice se mobilise à 13h sur la place Poelaert pour dénoncer les économies qui leur sont imposées et le manque de moyens auquel ces acteurs doivent faire face. Le "plan Justice" présenté par Koen Geens il y a deux jours n'arrange rien à ce mouvement de grogne.

Le plan de Koen Geens : un mauvais tour de magie

Jeudi, le ministre Koen Geens (CD&V), annonçait des réformes pour plus d’efficacité au sein de la justice. Pour Luc Hennart, il n'y a pas de problème quant à faire des économies : "Il ne faut pas toujours considérer que les autres doivent faire des efforts. Nous ne sommes pas intouchables" dit-il.

Toutefois, s’il admet vouloir faire avancer le fonctionnement judiciaire, il se montre courroucé par les mesures du ministre de la Justice : "J’ai l’impression en lisant le plan de Koen Geens que c’est un tour de magie avec des trucs qui donnent l’illusion qu’on va faire des économies. Mais en réalité, c’est un numéro raté qui ne cache pas ses effets qui seront des restrictions de personnel et de structures".

Un plan plein de "fausses bonnes idées"

Parmi les mesures préconisées par Koen Geens, il est, entre autres, fait mention de limiter la détention préventive, favoriser la réinsertion des détenus et faire purger au moins la moitié de leur peine aux personnes condamnées. Des mesures censées conduire à des économies. Mais pour le président du tribunal de première instance de Bruxelles, il s’agit de "fausses bonnes idées" qui ne conduiront pas forcément à l’amélioration du fonctionnement de la justice.

"Mettre moins de gens en prison coûte moins cher, c’est vrai. Mais le château de cartes s’effondre parce qu’il y a le recours au bracelet électronique. Or les bracelets ont aussi un coût et je ne suis pas convaincu qu’il soit inférieur à la détention" souligne-t-il.

La justice n’a plus les moyens de ses ambitions

Face à un tel rabotage économique, la justice pourrait-elle encore remplir sa mission de l’Etat de droit ? "On finit par se poser la question", répond Luc Hennart. "Si le budget n’est pas suffisant cela pose problème. Quand on constate qu’à Bruxelles, déjà aujourd’hui, le procureur du Roi doit classer un certain nombre d’infractions, faute de moyens, c’est alarmant."

Pour le magistrat, sortir un certain nombre de faits du code pénal ne mènera pas à des économies. "Des faits extrêmement graves sont classés faute de moyens de poursuivre, donc en réalité, au niveau des économies, c’est zéro" condamne-t-il.

Une mobilisation inédite

Pour Luc Hennart, une telle mobilisation du pouvoir judiciaire est donc évidente : "Il faut une solidarité qui doit s’exprimer" dit-il, ferme. Le magistrat ajoute qu’une telle attitude de révolte unanime du corps judiciaire est exceptionnelle : "Ce n’est pas dans nos mœurs, on n’a pas l’habitude de manifester", admet-il. "Nous sommes un pouvoir public parmi d’autres. Les rabotages se font partout et ça se fait aussi chez nous. Mais pour une première fois, on veut indiquer qu’il y a des limites à toutes les plaisanteries".

Et de conclure : "On peut nous demander de faire preuve de beaucoup d’imagination ; mais à un moment cela ne conduit pas à un vrai résultat".

@yasalami avec Bertrand Henne

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