Luc Hennart: "La régionalisation de la justice n'est plus un tabou"

Il est le président du tribunal de première Instance de Bruxelles et l'un des grands défenseurs de la justice. Il n'hésite d'ailleurs pas à dire tout le mal qu'il pense des mesures du gouvernement fédéral. Mais quelle vision a-t-il de la justice? Quel avenir pour ce pouvoir? Luc Hennart était l'invité de Jeudi en Prime.

Olivier Martins et Karin Gérard   

Depuis quelques jours, deux noms du monde de la justice font les gros titres de la presse: Olivier Martins et Karin Gérard. Le premier est avocat et inculpé du chef de membre d'une organisation criminelle. La justice le soupçonne d'être impliqué dans la tentative d'évasion du trafiquant de drogue Mohamed Benabdelhak. La deuxième est présidente de cour d'assises et le parquet général envisage de la poursuivre pour escroquerie. "Cela crée un profond sentiment de tristesse et de malaise" reconnaît Luc Hennart. Il précise ne pas savoir ce qu'il y a dans le dossier. Mais, concernant la situation de Maître Martins, Luc Hennart affirme que "le danger de ce métier, c'est cette proximité avec le monde de la délinquance". 

Pas assez de moyens

"Le fil rouge, c'est l'économie à tout crin". C'est en ces termes que Luc Hennart s'exprimait, il y a encore quelques semaines, à propos des économies du gouvernement fédéral touchant le monde de la justice. C'est lui aussi qui avait déclaré que "la Belgique est devenue Guantanamo". Son regard et son sentiment n'ont pas changé. "Je ne pense pas être allé trop loin" affirme le président du tribunal de première Instance de Bruxelles.

Il répète d'ailleurs son incompréhension face aux mesures du gouvernement fédéral. Exemple: le débat autour de l'extension de la garde à vue à 72 heures dans les affaires de terrorisme. "J'ai posé la question à des juges d'instruction. Leur réponse est unanime: ça ne sert strictement à rien. L'usage des 48 heures est extrêmement réduit. Les 72 heures, ça n'a aucun sens. Ca fait joli dans le tableau. C'est de la musculation". Luc Hennart poursuit: "Quand je vois aujourd'hui les contraintes budgétaires, je me dis que le système démocratique déplaît". Il met d'ailleurs en garde: on va vers un démantèlement du service public Justice. "Les pouvoirs vont être rassemblés dans les mains de l'exécutif" ajoute Luc Hennart.

Vers une régionalisation de la justice?

Le président du tribunal de première Instance de Bruxelles dresse un constat: "Il fut un temps où la simple évocation de la régionalisation de la justice provoquait des réactions très vives de la part notamment des magistrats. Aujourd'hui, le sujet n'est plus tabou". Luc Hennart explique que beaucoup de magistrats considèrent que la régionalisation de la justice serait peut-être la bonne solution car "un nombre significatif de législations sont différentes au nord, au sud et à Bruxelles". 

Il reconnait lui-même être pour cette régionalisation. "Je suis de plus en plus convaincu qu'il faut reconnaître à la justice bruxelloise ses spécificités. Elle pâtit depuis bien trop longtemps d'une mauvaise réputation. La justice régionale bruxelloise sera meilleure que celle que nous avons aujourd'hui" précise Luc Hennart.

Et pour lui, la régionalisation de la justice fera partie des négociations aux lendemains des élections de 2019. Faut-il voir dans ses propos un discours politique? "Je fais de la politique mais au sens noble du terme, c'est-à-dire que je m'occupe de la gestion de la Cité". Doit-on s'attendre à voir Luc Hennart un jour sur les listes électorales? "La réponse est, à ce stade-ci, non", répond Luc Hennart. Mais, ajoute-t-il, "mon cœur est à gauche, je suis proche du PS et c'est une proximité que j'assume sans problème".

Newsletter info

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir