Luc Hennart: "C'est une mauvaise idée de permettre les perquisitions de jour et de nuit"

Le suspect numéro 1 des attentats de Paris, Salah Abdeslam, serait passé entre les mailles du filet lors de la prise d'assaut du bâtiment de la rue Delaunoy à Molenbeek. Trois jours après les attentats, les forces spéciales ont perquisitionné ce bâtiment mais Salah ne s'y trouvait pas. Toutefois, des traces de son passage ont été découvertes sur les lieux. L'hypothèse la plus probable est qu'il a été exfiltré par des complices. 

Une question demeure dès lors: pourquoi Abdeslam n'a pas été arrêté plus tôt? Car la loi du 7 juin 1969 exige que les perquisitions n'aient lieu qu'entre 5 heures du matin et 21 heures. Mais il existe des exceptions : lorsque les forces reçoivent l'accord des intéressés et lorsqu'il s'agit de situations de flagrants délits. 

Des perquisitions 24h/24 

Afin de lutter contre le terrorisme, le Premier ministre Charles Michel avait annoncé une liste de 18 mesures et un budget de 400 millions d'euros supplémentaires en faveur de la sécurité. Parmi ces mesures, on retrouve l'autorisation de perquisitionner 24h sur 24 pour les infractions terroristes. 

Interrogé par la RTBF, Luc Hennart, président du tribunal de première instance de Bruxelles, se positionne contre cette décision: "Je crois que c'est une très mauvaise idée parce qu'elle est terriblement attentatoire aux libertés". Il rappelle que la vie privée est un aspect fondamental dans une société. 

"Agir de la manière dont on agit aujourd’hui, est-ce que finalement ce n'est pas première victoire du terrorisme?", s'interroge Luc Hennart lors qu'il évoque la modification de la loi. 

Sang-froid et calme à retrouver 

Concernant l'application de cette mesure seulement dans des cas de terrorisme, il met en garde à la précipitation lors des prises de décision. Selon le président du tribunal de première instance de Bruxelles, il serait urgent de ne pas s'emballer : "Je n’ai qu’une seule envie c’est vraiment de crier et de dire : 'reprenons notre sang-froid et voyons les situations concrètes. Et laissons les gens, capables de décider dans ces domaines, décider'". Luc Hennart appelle au calme par rapport aux attaques contre les autorités compétentes: "Je suis convaincu que chacun, à sa place, fait le maximum de ce qu’il peut. Alors ne saisissons pas un événement dont on ne connait pas exactement les pourtours pour s’attaquer à l’un, pour s’attaquer à l’autre".