Louis Michel veut croire en l'éternité de la Belgique

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"Arrêtons d'avoir peur!", dit en substance le député européen et ancien ministre des Affaires étrangères, invité de Matin Première. Si Louis Michel dézingue la méthode de négociations privilégiée jusqu'ici, il croit qu'un accord est possible car, pense-t-il, la Belgique a encore une valeur ajoutée.

Au lendemain de l'échec des négociations à sept partis, certains estimaient que l'heure des libéraux était peut-être venue. Mais, à l'entame de son nouveau tour de consultations, le Palais n'a pas encore convié les libéraux. Ceux-ci auraient-ils laissé passer leur chance ?

"Ce n'est pas une question de 'chance' pour les libéraux. C'est la question de savoir s'il est normal et démocratique, face à une réforme de l'Etat copernicienne, que l'on écarte le premier parti à Bruxelles, le deuxième en Wallonie et qui, à la Chambre, fait encore plus que l'addition des deux petits partis qui sont collés au PS", rectifie Louis Michel. Qui dit laisser au Roi le soin d'apprécier la situation. Car si les libéraux sont impatients, c'est seulement de "sortir le pays d'une crise dans laquelle on patauge maintenant depuis plus de trois mois".

Si les libéraux devaient demeurer à l'écart des discussions, l'ancien ministre des Affaires étrangères n'y verrait pas autre chose que le choix délibéré des autres partis francophones : "Il est clair que la stratégie du PS, c'est indiscutablement de scotcher le cdH et les Ecolos ; et ça se comprend parce que manifestement c'est très fructueux électoralement pour eux - puisque les partis qui pourraient porter la contradiction au PS sont sans argument d'identité spécifique, ils n'ont plus de valeur ajoutée aux yeux de l'électeur à partir du moment où ils sont non seulement proches mais quasiment dans une attitude fusionnelle" avec le parti socialiste, glisse le libéral.

Mauvaise méthode

Après l'analyse, l'attaque : c'est peu dire que les libéraux ont mal pris les critiques des autres partis francophones, et singulièrement celles de Joëlle Milquet, qui disait "le MR dit ce que veut le N-VA". "Risible !", répond Louis Michel, "et d'ailleurs c'est indigne sur le plan intellectuel d'utiliser un argument de ce type-là. C'est un peu comme si, dimanche, on avait imputé aux joueurs réservistes d'Anderlecht, qui étaient sur le banc, les raisons de l'échec [défaite 5-1 face au Standard]". Il balaye également l'accusation d'avoir eu des contacts avec Bart De Wever - le fameux épisode "Bruneau" - estimant en avoir retiré "des informations d'ailleurs assez inquiétantes". Avec la méthode mise en uvre, estime-t-il, "on a progressivement fait des concessions sur les principes vis-à-vis de la N-VA. On ne voulait pas parler de la loi de financement : on parle de la loi de financement ; on ne voulait pas parler de la régionalisation de l'IPP et de l'autonomie fiscale : on parle de l'autonomie fiscale..." Il y voit des reculades francophones.

Mais alors quelle alternative ? "La méthode que nous préconisons, elle est très simple. Nous disons qu'il faut que l'on décide, que l'on négocie pour savoir ce que l'on garde comme compétences au fédéral et quels sont les moyens dont on devra disposer nécessairement pour financer ces grandes fonctions qui continuent à offrir de la valeur ajoutée pour tout le monde". A partir de là, pense-t-il, on peut "discuter de plein de choses". Y compris de "responsabiliser". Mais pas sans solidarité. Il ne voit pas en quoi l'on pourrait reprocher aux libéraux de faire le jeu de la N-VA dans cette approche. "J'aimerais bien que Madame Milquet ne se prête pas à ce jeu un peu sordide d'interpréter  de manière tout à fait spécieuse ce que les autres disent ou pensent. Moi je sais ce que pense le MR !", glisse-t-il d'ailleurs, voyant des contradictions dans les attaques à l'encontre de son parti. Exemple : "avec les libéraux ce sera plus difficile parce qu' il y a le FDF. C'est quoi ça ? Ça veut dire que le libéraux sont trop durs sur le plan francophone d'un côté, puis de l'autre côté on nous dit qu'on serait prêts à tout lâcher... Tout cela est risible !" tonne Louis Michel avant de glisser : "Mais je ne lui en veux pas ; ça témoigne en fait simplement d'un malaise que je peux comprendre".

"Tu vivras, toujours fière et belle..."

"Moi je veux croire à l'éternité de mon pays", confie encore Louis Michel ; "et je veux offrir un contre-feu à tous ces pessimismes ambiants qui participent d'ailleurs d'une stratégie de la peur". "Il faut arrêter de dire 'la Belgique c'est fini' ! La Belgique ce n'est pas fini !", tonne-t-il. Selon lui, ceux qui créent de la peur entretiennent l'idée dans l'opinion qu'un accord même très négatif pour les francophones vaudrait mieux que pas d'accord du tout. "Qu'on arrête de faire peur ! On a fait peur avec le 'bain de sang social', on fait peur maintenant avec l'avenir de la Belgique !". Il ne voit du reste aucun intérêt, pour les flamands comme pour les francophones, à une disparition de la Belgique, en raison de la "valeur ajoutée" qu'elle apporte. Et il estime enfin n'avoir aucune raison de douter que Bart De Wever puisse finalement conclure un accord avec les francophones.

Thomas Nagant

 

Ecoutez l'interview intégrale de Louis Michel:

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