Louis Michel: "Il ne faut surtout pas changer le rôle d'influence du Roi"

Louis Michel: "Il ne faut surtout pas changer le rôle d'influence du Roi"
Louis Michel: "Il ne faut surtout pas changer le rôle d'influence du Roi" - © Tous droits réservés

Invité de Matin Première, le député européen MR s'est dit clairement opposé à une monarchie protocolaire. Pour lui, il ne faut surtout pas changer le rôle d'influence du Roi. Louis Michel estime également que le Prince Philippe est prêt à régner. "Il faudrait peut-être arrêter de le scruter dans ses moindres faits et gestes dès qu'il dit un mot", histoire qu'il puisse "se libérer".

Faut-il réduire les fonctions du Roi à un rôle protocolaire tel que l'a réclamé ce jeudi l'Open VLD Patrick Dewael ? "Non, clairement je dis non. Clairement je dis non et j'assume ça", répond Louis Michel qui précise que c'est une position personnelle et que "son parti est extrêmement prudent sur le sujet".

S'il accepte implicitement qu'on puisse lui retirer la promulgation des lois, il estime que son rôle d'influence est primordial surtout après une élection : "Dans un pays comme la Belgique, moi je ne suis pas favorable à ce qu'on modifie cela. Qui ferait cela à la place du Roi ? Un président de la chambre ou un président du sénat ou les deux ensemble ? Ce sont des gens qui sont par définition partisans (...), jamais aucune de ces personnalités ne pourra se mettre au-dessus de la mêlée, ce qui est le cas du Roi".

Philippe, "un homme obsédé par une volonté de bien faire"

Quant à savoir si le Prince Philippe est le Roi dont la Belgique a besoin, il répond : "Je peux dire que c'est un homme obsédé par une volonté de bien faire".

Pour l'avoir côtoyer à plusieurs reprises lors de missions économiques, il affirme que c'est un homme intellectuellement curieux et consciencieux qui "a une très haute idée de cette fonction" et "il a quand même de l'expérience", insiste-t-il.

Mais "il faudrait peut-être arrêter de le scruter dans ses moindres faits et gestes dès qu'il dit un mot. Il faudrait peut-être essayer de le laisser se libérer".

"Philippe a toujours eu une difficulté à communiquer"

Car c'est là le problème, "le Prince Philippe a toujours eu une difficulté à communiquer, à communiquer spontanément. Mais je crois que cela vient aussi du fait qu'on lui a mis une pression absolument extraordinairement difficile à supporter. Il ne peut pas dire un mot, il ne peut pas faire un geste un geste, il ne peut pas avoir une posture, même physique, que automatiquement on lui tombe dessus. Je crois qu'il faudrait laisser un peu à cet homme la liberté d'être lui-même".

Louis Michel se dit d'ailleurs optimiste : "Je pense qu'il va se libérer de cette chape mais il faut simplement laisser le prince Philippe être lui-même et il faut accepter à la fois son tempérament et sa nature qui est plus réservée. Mais il a aussi beaucoup d'humour. C'est un homme qui, à mon avis, va étonner et il va étonner pour le meilleur".

Doit-on craindre la réaction de la Flandre ?

Va-t-on dès lors vers une confrontation entre Flamands et francophones sur le rôle de la monarchie ? "On sait bien qu'il y a une sensibilité un peu différente", répond Louis Michel qui précise qu'"il y a un part qui actuellement domine et qui est nationaliste, qui est anti-belge, qui ne veut pas de la monarchie, qui ne veut plus de la Belgique, qui veut le séparatisme, qui veut une Flandre nationaliste et indépendante, donc cela n'arrange pas la stratégie d'un parti mortifère pour le pays, ça c'est clair. Mais moi je pense qu'en Flandre, quand même les sondages l'indiquent, une large majorité de gens croient dans la monarchie et croient que Philippe est prêt et qu'il assumera cette fonction tout à fait remarquablement à condition d'être lui-même".

Coup d'état en Egypte: "Dans le principe c'est condamnable mais pas ici"

Enfin, interrogé sur l'Egypte, Louis Michel a confirmé que c'était un coup d'état "au sens de la définition des coups d'état" et que si "dans le principe, c'est condamnable", il ne le condamne pas dans ce cas-ci.

"Non seulement je ne le condamne pas, mais je trouve que c'est plutôt rassurant qu'un peuple se soulève contre quelqu'un qui pratique ce que j'appelle la tyrannie majoritaire", ajoute-t-il.

Car pour lui, "le système démocratique peut conduire à des tyrannies". Il compare d'ailleurs cela avec la Hongrie où "le peuple ne réagit pas" à la volonté du Premier ministre, Viktor Orban, "de vouloir réduire l'indépendance de la presse, de vouloir réduire l'indépendance de la magistrature et de vouloir réduire le rôle de l'armée". "Indiscutablement, c'est un exemple de ce que j'appelle moi la tyrannie majoritaire", dit-il, "la démocratie ce n'est pas avoir une majorité dans le parlement et pouvoir à cause de cette majorité légitimer toutes les exactions, les dérives, tous les dévoiements".

Et de conclure : "Je crois que dans le principe, c'est difficilement tolérable mais dans le cas particulier où il y a une dérive autocratique, fondée sur un fondamentalisme qui est extrêmement dangereux et qui est contraire à la démocratie, je pense que cela peut se justifier, en tout cas, momentanément. Maintenant, il faudra suivre cela de près. Ce n'est pas parce qu'on prend le pouvoir militairement qu'on a évidemment le droit. Il faut être d'autant plus scrupuleux pour surveiller ce qu'ils font".

 

C. Biourge

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