Louis Michel sur la sortie de Trump de l'accord de Paris: "Malveillant, voire malfaisant"

Louis Michel (MR) député européen, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien Commissaire européen, était ce vendredi l’invité de Thomas Gadisseux dans Matin première.

Il a évoqué, évidemment, l’annonce par Donald Trump du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Selon lui, "ceci est un point de rupture qui représente un tout nouveau contexte géopolitique. L'isolationnisme dans lequel Trump place les Etats-Unis, il est évident que cela va susciter des effets collatéraux qui peuvent s’avérer gravissimes. Cette sortie est un acte malveillant, voire malfaisant, discréditant la dimension universelle d’un chef d’Etat. Je suis abasourdi qu’il ait osé faire ça".

Toutefois, si ce n'est évidemment pas en soi une bonne nouvelle pour l'Europe, le libéral y voit aussi une opportunité de redistribuer les cartes. "On va se diriger vers un nouveau cadre relationnel entre les grands acteurs du monde. Cela peut aussi avoir des effets bénéfiques, car face à cela, je n’imagine pas que l’Europe ne réagisse pas de manière plus forte et plus intégrée".

"Il y a là de nouveaux espaces de relations géopolitiques"

En tout cas, il en est convaincu, il y aura un impact sur la configuration des futures relations internationales entre l'Europe et ses différents partenaires. "Quand un partenaire, en l’occurrence le partenaire principal, ne respecte pas un engagement pris devant le monde entier", cela aura forcément des conséquences, avance-t-il sans donner plus de précisions.

Cette attitude va donc, selon le Jodoignois, "ouvrir des espaces beaucoup plus grand pour des relations beaucoup plus proches avec les puissances émergentes comme la Chine ou l’Inde".

Il note d’ailleurs que la position de la Chine est intéressante, elle qui est restée longtemps "assez sourde aux questions environnementales", aux discussions des COP et des négociations internationales sur le climat. "Je pense qu’il y a là de nouveaux espaces de relations géopolitiques qui s’ouvrent et ce serait dommage que l’Europe n’en profite pas".

Que faire dès lors? "Il faut aujourd’hui qu’on avance rapidement avec la zone euro et qu’on avance avec une Europe à deux vitesses. L’Europe perd chaque année 1597 milliards d’euros parce qu’il y a un manque d’intégration de nos politiques. C’est dix fois -dix fois!- le budget annuel de l’Europe et tout le monde le sait mais comme certains ont le nez dans leur politique intérieure et ne sont pas capables de s’imprégner de la réalité et de l’évidence que c’est en travaillant ensemble qu’on peut faire la différence".

"Espèce d’autisme politique"

Comment expliquer ce camouflet infligé par Trump à tous ses partenaires internationaux, quelques jours après les avoir rencontrés lors de sa visite à l'OTAN et sa participation au sommet du G7? Ses partenaires n'ont-ils pas senti les plans du président milliardaire? Pourquoi l'Europe n'est pas parvenue à convaincre la Maison Blanche de la nécessité de respecter ses engagements?"

"Vous ne pouvez pas persuader quelqu'un qui est dans l’irrationnel le plus complet. Le président des Etats-Unis aujourd’hui est un homme qui n’écoute personne, qui n’entend personne. Il est obsédé par une vision tout à fait égocentrée et égocentrique" du monde, se désespère Louis Michel. Ce dernier parle carrément d’une "espèce d’autisme politique" qui s’est manifestée dans les propos tenus vis-à-vis des partenaires de l’OTAN.

Un "autisme" qui va s'avérer directement préjudiciable pour les partenaires des Américains mais également pour l'Oncle Sam lui-même, prédit l'ancien patron de la diplomatie belge.

"Je crois que l’image des Etats-Unis va changer. Vous vous imaginez refuser le moindre principe de solidarité pour lutter contre les effets dévastateurs du changement climatique ? Et en même temps il va faire du tort à son pays et ses concitoyens en niant que l’investissement dans les domaines environnementaux va créer des millions d’emploi. Donc il va s’en priverCela aura un coût pour eux".

Un coût directement quantifiable pourrait être, par exemple, une taxation désavantageuse pour les produits d'exportation américain, étant donné que ceux-ci ne respectent plus les mêmes règles que les autres. "On ne peut pas demander à tous les autres de faire des efforts et de respecter ses engagements et après faire comme si les Etats-Unis les respectaient aussi. Il faudra nécessairement envisager quand même des charges pour les entreprises américaines par rapport aux nôtres".

"Ce qui s’est passé là donne des Etats-Unis une image catastrophique", conclut Louis Michel.

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