Louis Michel: "Elio Di Rupo exalte des réflexes populistes dangereux"

Louis Michel: "Elio Di Rupo exalte des réflexes populistes dangereux"
Louis Michel: "Elio Di Rupo exalte des réflexes populistes dangereux" - © Tous droits réservés

Invité du Grand Oral La Première Le Soir, l’eurodéputé MR Louis Michel a dit sa fierté et son émotion de voir son fils devenir Premier Ministre. Il en profite pour mettre en garde le PS qu’il juge insultant dans ses propos, il accuse en outre Elio Di Rupo de souffler sur les braises communautaires.

"Le fils a dépassé le père"

Louis Michel nous explique avoir débouché une bouteille de champagne avec son épouse lorsque leur fils Charles a annoncé que les partis de la coalition lui avaient demandé d’endosser le rôle de premier ministre. Un moment d’émotion pour le père.

"C’est un moment de forte émotion évidemment, d’abord de voir que le fils dépasse d’une certaine manière le père et surtout ce qui m’a le plus ému, c’est que ce soit le parachèvement ou la conclusion d’un travail assez remarquable qu’il a exercé d’abord dans le parti mais aussi pendant ces négociations. J’ai été fort impressionné par la manière sobre, calme, conviviale avec laquelle il a noué des accords, avec laquelle il a aussi rapproché les points de vue, ce qui n’était pas évident".

C’était son ambition de devenir premier ministre ?

"Certainement pas, je peux vous affirmer que non ! Son ambition était de devenir vice-premier ministre et chef de file gouvernemental du MR au gouvernement. Mais à partir du moment où le contexte fait que l’on doit assumer cette responsabilité, on le fait. Mais manifestement, à le voir, il le fait déjà avec un certain plaisir".

"Di Rupo alimente une division dans le pays"

Certains disent qu’il n’est pas pleinement premier ministre, en tous cas pas de tous les belges et que le véritable premier ministre est à Anvers !

"Je pense que si ce gouvernement réussit, les rapports entre la Flandre, la Wallonie et Bruxelles peuvent être fondamentalement différents que ce qu’ils sont aujourd'hui. C’est pour ça que je regrette les propos de Mr Di Rupo quand il tient ce genre d’analyse. D’une certaine manière il alimente une division dans le pays. Je sais bien que ce n’est pas de la malveillance de sa part, mais d’une certaine manière il attise ou il souffle à nouveau sur les braises communautaires. Des positionnements comme ceux-là ne peuvent que réalimenter le communautaire".

Qui est l’architecte de ce gouvernement ? Bart De Wever dit que c’est lui. On a l’impression que celui qui tient les fils des marionnettes est à l’hôtel de ville d’Anvers…

"C’est très mal connaître Charles Michel. C’est quelqu’un de rigoureux, tenace dans une négociation et qui sait parfaitement quelle est la ligne à ne pas dépasser et donc on verra cela à l'usage. Ce sont les quatre partis les architectes de cette coalition et je pense que s’il y en a un qui a fait un effort particulier et qui a travaillé un peu plus pour réussir cette politique socio-économique de cette coalition, c’est indiscutablement les co-formateurs et en particulier Charles".

"Au niveau du PS on est convaincu que l’on va vers un modèle confédéral"

Vous pensez que le diable communautaire a changé de camp ?

"Je pense aujourd’hui, je pense ça fortement, qu’au niveau du PS on est convaincu que l’on va vers un modèle confédéral et qu’ils se sont déjà adaptés, au lendemain des élections, à ce modèle confédéral. Je suis persuadé qu’ils ont même cru que cette coalition suédoise ne marcherait pas, qu’il n’y aurait pas d’accord... Ils ont cru que le MR n’aurait pas le courage d’aller au bout d’une certaine logique et ils se sont dit, 'jouons le délitement, à un moment donné, les jours passeront et il faudra faire autre chose et à ce moment-là, l’autre chose ce sera le modèle confédéral'. Je suis intimement convaincu que c’était le plan A du PS. Et donc on a déjoué ça et je sens bien dans le propos des socialistes une certaine forme d’aigreur, parce qu’ils ont cru qu’en faisant le coup de force en Wallonie et à Bruxelles qu’ils allaient aussi nous exclure du fédéral et ils ont cru qu’ils allaient faire la grande coalition avec la N-VA, le CD&V et le cdH, c’est ça leur plan A".

"Di Rupo exalte des réflexes populistes dangereux"

"J’observe aujourd’hui que dans la bouche de certains les discours restent extrêmement insultants, extrêmement guerriers, exaltant d’ailleurs des réflexes populaires ou populistes dangereux. Je ne crois pas qu’il soit convenable, surtout pour une personne qui porte une responsabilité politique, d’aller aussi loin au-delà du dialogue du débat d’idée et de l’argument…".

Vous visez quel propos ? "Ceux de Mr Di Rupo. Vous savez quand on parle de 'ultra-droite'… vous êtes allé voir dans le dictionnaire ce que cela veut dire ? C’est plus que l’extrême droite ! Je n’ai pas le sentiment que le MR soit positionné idéologiquement à cet endroit-là".

"Benoit Lutgen n’acceptera jamais rien de difficile … pour ça, il faut être courageux !"

Regrette-t-il l’absence du cdH dans la nouvelle coalition ?

"Bien entendu c’eut été mieux si la représentation francophone avait été plus forte, mais ça nous le devons à la désertion de Monsieur Lutgen. Il aurait pu venir défendre son point de vue avec nous…"

Ça n’aurait quand même pas fait une majorité.

"Ça n’aurait pas fait une majorité mais cela aurait été beaucoup plus représentatif. Mais Monsieur Lutgen n’acceptera jamais rien de difficile … pour ça, il faut être courageux. Vous savez, en politique, on peut toujours suivre la pente de la facilité. Mais, ce n’est pas le choix du MR. Ce n’est pas, comme le disait Charles 'l’ADN' du MR. Nous entendons être responsables, prendre nos responsabilités et assumer. Et nous, ce que nous demandons, c’est d’être jugés sur pièce et pas d’être diabolisés, caricaturés à priori comme on le fait pour le moment. On verra bien comme cela va se passer, moi j’y crois !"

"Didier Reynders sera l’allié le plus solide de Charles"

Interrogé sur le risque de voir resurgir des tensions entre Didier Reynders et Charles Michel, au point de miner la réussite du gouvernement, Louis Michel répond en adressant une reconnaissance du parti à Didier Reynders.

"Monsieur Reynders s’est comporté, je dois le dire, de manière tout à fait élégante, de manière totalement amicale, en partenaire tout-à-fait loyal de Charles et moi je comprends très bien, je suis de ceux qui comprennent, qu’il faut beaucoup de courage personnel, qu’il faut beaucoup de capacité à sa propre réalité intérieure pour agir comme il a agi. Et donc je tiens à vraiment lui dire la reconnaissance du parti. On aura bien besoin d’un format comme Reynders dans ce gouvernement. Et donc, ce sera indiscutablement l’allié le plus solide de Charles".

Georges Lauwerys

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