Lorsque Bart De Wever se contredit sur la Convention de Genève

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Ça n'a pas manqué: après les déclarations chocs de Bart De Wever, ce mardi à l'université de Gand, concernant la crise des réfugiés et une nécessaire révision de la Convention de Genève, le monde politique a réagi au quart de tour, tous partis confondus, dans la majorité comme dans l'opposition.

Pour rappel, Bart De Wever expliquait que "la Convention garantit un même accès à la sécurité sociale que celui qui vaut pour les propres ressortissants du pays d’accueil. Mais la sécurité sociale de 1951 n’est pas comparable à l’actuelle. Certains pays ont développé un système de sécurité sociale très généreux et ouvert, et la Convention offre aujourd’hui une ticket d'entrée à la sécurité sociale." Cette déclaration est à rapprocher d'une autre sortie du patron de la N-VA fin août, sur la nécessité de créer un "statut à part" pour les réfugiés.

On relèvera la réaction du vice-Premier CD&V Kris Peeters, hier soir à la VRT, qui estimait "irréaliste" de revoir la Convention de Genève, qui lie 145 pays (la liste des Etats parties est à découvrir ici).

Plus embarrassant pour le président de la N-VA, la VRT a retrouvé, dans ses archives, un débat entre Bart De Wever et Filip De Winter. En 2012, ce dernier est alors président du Vlaams Belang. Il est question de l'accueil des réfugiés. Bart De Wever évoque le cas d'une femme ou d'un homosexuel qui doit fuir l'Iran, et qui serait enfermé, en Belgique, pendant la procédure d'accueil, selon une proposition du Vlaams Belang. "Ce que vous dites est en contradiction avec la Convention de Genève. Et franchement, on ne la changera jamais. Je suis désolé de le dire, on ne la changera jamais."

Filip De Winter répond : "C'est vrai, nous sommes en faveur de la modification de la Convention de Genève. Cette convention date d'une époque où il y avait la guerre, et ne concernait que les demandeurs d'asile européens qui fuyaient le communisme. Ce n'est plus du tout la même situation aujourd'hui."

"'T Stad" dans le viseur

Il s'agit donc d'un débat organisé en 2012 par la VRT lors de l'émission De Zevende Dag.

La date de diffusion est importante : le 9 septembre 2012, soit un mois avant les élections communales. A l'époque, Bart De Wever lutte face à Patrick Janssens, le bourgmestre socialiste sortant d'Anvers. "'t Stad" comme la surnomme ses habitants, est une ville où le vote Vlaams Blok/Belang est important : 1 Anversois sur 3 a voté VB en 2006.

Une victoire de Bart De Wever passe par le siphonnage des voix du parti d'extrême-droite. Il faut donc affronter le Belang sur ses dossiers de prédilection, avec un discours différent, pour récupérer les "brebis égarées" à l'extrême-droite.

Le 14 octobre 2012, Bart De Wever pouvait s'exclamer "Antwerpen is van iedereen maar vanavond toch vooral van ons" ("Anvers est à tout le monde, mais ce soir, surtout à nous"). Le Vlaams Belang avait vu son score fondre de 23% dans la ville portuaire.

Aujourd'hui, d'après le dernier baromètre RTBF-La Libre, la N-VA perd quasi 5% de ses voix par rapport au scrutin de juin 2014. Et la majorité de ces voix vont au Vlaams Belang. Le discours "dur" tenu par Bart De Wever est certainement à mettre en lien avec cette tendance sondagière.

Himad Messoudi

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