Limiter dans le temps des allocations de chômage: la N-VA isolée

La députée N-VA Zuhal Demir estime, dans L'Echo et De Tijd de mercredi, qu'il faut plus de réformes pour remettre davantage de gens au travail. Elle remet ainsi sur la table la question de la limitation dans le temps des allocations de chômage.

Cette proposition est politiquement très sensible car le CD&V et les syndicats y sont farouchement opposés.

Mais, selon la députée nationaliste, quelque 220 000 emplois devraient découler d'une telle mesure d'ici 2019. Ce qui semble pourtant ne pas être appuyé par les études disponibles sur le sujet. " Les études réalisées en Suisse et en Autriche notamment, montrent qu’à l’approche de la fin de la période de chômage, le taux de retour à l’emploi remonte", expliquait Mathieu Lefebvre, professeur d’économie à l’ULg dans le journal Le Soir. "Les gens se sentent au pied du mur mais les effets positifs sont limités et ne s’appliquent pas à tous", ajoute l'économiste. L’incitation que représenterait la perte de revenu peut avoir un effet sur les demandeurs d’emploi qualifiés qui ne sont pas chômeurs de longue durée, dans les bassins économiques où le taux de chômage est déjà faible. Pour les chômeurs de longue durée, l'efficacité d'une telle mesure reste marginale.

Cela ne semble pas amenuiser la conviction de la députée N-VA et de son parti. "Si nous voulons atteindre les objectifs européens, nous devons aller plus loin qu'un saut d'index et que la réduction des coûts de la main d'oeuvre pour les entreprises à hauteur de 960 millions d'euros", estime-t-elle. "Nous devons stimuler les chômeurs avec des réformes supplémentaires afin qu'ils trouvent un emploi. Quand ils réalisent qu'ils ne peuvent plus payer leurs factures, ils s'appliqueront davantage", prédit Zuhal Demir.

Une mesure qui isole la N-Va au sein du gouvernement fédéral

Une prédiction que nuance Paul De Grauwe, économiste enseignant à la London School of Economics, en rappelant que dans les études comparatives disponibles sur le sujet, on constate que le plus souvent, les demandeurs d'emploi qui perdent leur droit aux allocations de chômage, plutôt que de trouver un emploi (qui bien souvent n'existe pas, rappelons que l'offre d'emploi est incomparablement inférieure à la demande en Belgique) tombent en fait dans un autre système social.

Cependant pour le CD&V, partenaire des nationalistes au fédéral et au gouvernement flamand, il ne peut en être question. "Si nous voulons préserver la paix sociale, je propose que nous nous en tenions à l'accord conclu par les partenaires sociaux. La suppression des allocations n'y figure pas", a réagi Stefaan Vercamer, faisant observer que les gouvernements flamand et fédéral avaient pris des mesures visant à favoriser l'activation des demandeurs d'emploi.

Le ministre fédéral de l'Emploi Kris Peeters a également rejeté la proposition de la N-VA. L'objectif est "d'exécuter l'accord de gouvernement, en ce compris la concertation sociale", a-t-il dit. Dans les couloirs de la Chambre, les députés de l'Open Vld, également membre des attelages fédéral et flamand aux côtés des nationalistes, ont eux aussi rejeté la proposition de la N-VA.

S'ils soutiennent la mesure sur le fond, les libéraux flamands soulignent également qu'elle n'est pas prévue par l'accord de gouvernement.

L'Open Vld a, lui, rappelé que le fond, il était par principe favorable à une telle proposition. "Mais la mesure ne figure pas dans l'accord de gouvernement et le timing n'est pas opportun", a affirmé mercredi le député fédéral libéral flamand Egbert Lachaert.

Le MR n'y est pas favorable non plus. "Cela ne figure pas dans l'accord de gouvernement et n'était pas inscrit dans notre programme", a rappelé le porte-parole du parti.

"On ferait mieux de consacrer notre énergie à la création d'emplois"

"La Wallonie compte 261 843 demandeurs d'emplois pour 16 981 postes vacants tandis qu'à Bruxelles, 108 221 demandeurs d'emploi se voient proposer à peine 10 817 offres d'emploi", a rappelé le député socialiste Eric Massin dénonçant "la caricature indécente du 'chômeur profiteur'" brandie par la N-VA. Pour l'élu PS, une telle mesure "n'aura que pour effet de plonger, malgré elles, des familles entières dans la pauvreté et de renvoyer la balle aux CPAS".

Pour le sp.a, il s'agit d'une position "sans cœur" de la N-VA. Pour la députée socialiste flamande Meryame Kitir, il ne peut être question de sanctionner brutalement les demandeurs d'emplois qui sont en recherche active de travail. "On ferait mieux de consacrer notre énergie à la création d'emplois plutôt qu'à la chasse aux chômeurs", a-t-elle dit.

Pour les Verts, "la chasse de la N-VA aux chômeurs commence à ressembler à une rafle aux chômeurs". Aux yeux d'Evita Willaert (Groen) et de Georges Gilkinet (Ecolo), "tandis que les grandes fortunes restent en dehors de la ligne de mire, on veut pousser les chômeurs plus profondément dans la pauvreté".

Les écologistes estiment pour leur part qu'il faut davantage miser sur l'accompagnement des demandeurs d'emploi que sur cette mesure "contreproductive".

"Quel cynisme inimaginable!"

"La N-VA montre à nouveau son vrai visage", a pour sa part lancé le président du syndicat socialiste FGTB, Rudy De Leeuw en se demandant ce que le parti nationaliste "a contre les gens en difficulté". "Quel cynisme inimaginable! Quelle incroyable froideur et inhumanité", a-t-il ajouté, une opinion partagée par le secrétaire général de la FGTB, Marc Goblet.

La CSC s'est quant à elle déclarée "choquée" par les propos de Mme Demir.

"C'est ainsi que l'on pousse les gens vers la misère", a affirmé le syndicat chrétien dans un communiqué.

@julienvlass avec Belga

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