#LeScan : les navetteurs décrivent "l'enfer" des retards de la SNCB

Si vous êtes usagers du rail, vous souffrez sans aucun doute des problèmes de ponctualité des trains. Certains n’hésitent pas à la qualifier de "catastrophique".

Les associations de navetteurs, les syndicats de cheminots accusent le monde politique d’avoir sous investi dans l’infrastructure. Ils reprochent aux entreprises gestionnaires du rail de subir les pannes plutôt que de les anticiper.

Toujours est-il que le parcours de l’usager du rail est bien trop souvent retardé. Avec des conséquences fâcheuses sur son organisation, sur sa vie professionnelle et privée, sur sa santé et son moral.


Alors, au final qui est responsable des retards des trains? Et comment faire pour améliorer le service? #LeScan s'est posé la question.

"3 trains sur 10 sont à l'heure sur la ligne Namur - Bruxelles"

Gianni Tabbone est un navetteur chevronné. Et son avis sur la ponctualité des trains est sans appel. "Elle est catastrophique. Et s'est considérablement aggravée durant cette année 2017. Les voyageurs sont en droit d'attendre autre chose. Ce n’est pas très glorieux !".


A peine à quai, en gare de Liège-Guillemins, nous en avons confirmation. Deux trains, en retard, attendent de pouvoir démarrer vers Bruxelles. Mais plus loin sur la voie, dans le plan incliné d'Ans, une locomotive est en panne. Il va falloir qu'elle soit dépannée pour pouvoir démarrer. A l’heure de pointe, ce genre de tuile a des conséquences en cascade sur des centaines de passagers. 

Les passagers scrutent lequel des trains partira le premier pour y bondir en dernier recours. Les chefs de quai s'impatientent. Les haut-parleurs crachent quelques excuses. "Nous avons 25 minutes de retard, veuillez-nous en excuser".

Dans les wagons, les passagers hésitent entre colère et résignation. "C'est tous les jours au moins 5 à 10 minutes de retard" se désespère cet homme. "J'en veux à la SNCB, au gouvernement" soupire une dame. Et un autre passager d’enchaîner : "Ils sont contents de leur chiffre, parait-il. Ils n'ont aucune conscience de ce que nous subissons au quotidien".

L’association " Navetteurs.be " dresse tous les jours l’inventaire des retards pour établir ses statistiques de ponctualité. Elle compile pour y arriver les "attestations de retard" disponibles sur le site de la SNCB.
"Les résultats sont médiocres cette année,", commente Gianni Tabbone, le Président de l'association des voyageurs. "Notamment sur la ligne Namur Bruxelles, 3 trains sur 10 seulement sont à l'heure, à l'heure de pointe. Et cela n’a l’air d’inquiéter personne. Nous vivons un enfer". Ce jour-là, le train de Gianni Tabbone accusait 41 minutes de retard à son arrivée en gare centrale.

Mea culpa généralisé  

Autant le savoir, jusqu’à 6 minutes de retard, le train est considéré comme "à l’heure" par Infrabel. Le gestionnaire du réseau n’a d'ailleurs pas du tout la même évaluation de la ponctualité des trains que celle des navetteurs. 

Pour Frédéric Sacré, le porte-parole du réseau, le taux de ponctualité est de "87 à 88 %".

88% de trains officiellement à l’heure quand les navetteurs les estiment à 60 voire 70%, grand maximum, aux heures de pointe. Il faut dire qu’Infrabel agrège ses statistiques en y incluant weekends et jours fériés.

"C’est le principe de la moyenne", explique Frédéric Sacré, "certains trains sont très à l'heure, d'autres très en retard".

Nous devons nous améliorer

Un désaccord sur les chiffres qui n’empêche pas un mea-culpa. "Il n'y a aucune ambiguïté. La ponctualité n'est pas bonne. Nous devons nous améliorer", conclut Infrabel.

Signalisations défaillantes, ruptures de caténaire, trains en panne, conducteurs malades, alertes à la bombe, suicides : les causes des retards sont multiples. Elles seraient de la responsabilité d’Infrabel dans 24% des cas, de la SNCB pour 30% et dues à des tiers dans 42% des cas, selon les chiffres publiés par Infrabel lui-même.

Thierry Ney, le porte-parole de la SNCB donne davantage de détails : "Les tiers, c'est le gars qui promène son chien en bord de voies, ou le type qui fait de la marche nordique sur les rails. Cela peut être aussi un arbre sur la voie, ou du bétail. Ce sont souvent aussi des conducteurs qui forcent le passage à niveau". 

Reste que dans plus de 50% des cas, les causes sont du ressort des entreprises qui gèrent le réseau ferroviaire. La SNCB ne nie d'ailleurs pas pas non plus sa responsabilité dans les retards. 


Du coup, dans ses ateliers elle s'efforce de transformer ses trains vieillis des années ’70 en machines plus performantes. Petit à petit, la SNCB entre dans l’ère de la "maintenance prédictive". La "télémétrie". Avec des trains capables d’anticiper leurs faiblesses et leurs pannes. Mais à ce stade, 8 trains sur 10 ne sont pas encore équipés de cette technologie dernier cri.  

Mettre la pression sur les travailleurs du rail d'abord 

Le ministre de la Mobilité et des Transports pose un constat qui ne plaira pas spécialement aux syndicats qui l'accusent de mener des coupes claires dans les budgets du rail. "Les trains démarrent en retard dans 20% des cas. Avant même de sortir des dépôts !", affirme François Bellot, "Là, je demande aux travailleurs plus de rigueur !"

Le ministre conteste par ailleurs certaines statistiques des associations de navetteurs. "Je ne connais pas de ligne qui ont une ponctualité à 30%, c'est faux !", tranche François Bellot.

Mais les opérateurs du rail refusent de délivrer les chiffres officiels de ponctualité et de retard aux navetteurs. Les usagers ne sont d'ailleurs pas loin de penser qu’Infrabel et la SNCB ont quelque chose à leur cacher.

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