Les syndicats ont perdu 88.000 affiliés en deux ans, à qui la faute?

Ce désaveu des affiliés ne connaît que deux équivalents dans le passé: entre 1982 et 1988 et dans les années 1920 et 1930.
Ce désaveu des affiliés ne connaît que deux équivalents dans le passé: entre 1982 et 1988 et dans les années 1920 et 1930. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Les syndicats ont perdu près de 88.000 affiliés entre 2014 et 2016, selon les chiffres parus dans le dernier numéro de la revue Politique, relayés jeudi par Le Soir. Une baisse liée à une "évolution du tissu économique et social", selon Jean Faniel, directeur du Centre de recherche et d'information sociopolitiques, cité par le quotidien.

Ce désaveu des affiliés ne connaît que deux équivalents dans le passé: entre 1982 et 1988 et dans les années 1920 et 1930. Le syndicat libéral CGSLB est quelque peu épargné, tandis que la CSC est la plus touchée. A la FGTB, le recul est surtout wallon.

Le tissu industriel remplacé par les PME

Trois hypothèses pour expliquer le recul des affiliés: un mécontentement à l'égard des services offerts; l'attitude des organisations face au gouvernement fédéral, qui pourrait être vécue comme pas assez dure ou trop politisée; et l'évolution du tissu économique et social, selon Jean Faniel. En effet, les économies régionales sont aujourd'hui principalement composées de PME. Or, sous les 50 salariés, il n'y a pas de représentation syndicale dans l'entreprise.

La baisse du nombre de demandeurs d'emplois est un autre élément d'explication.

En cause : la pyramide des âges et l’exclusion des chômeurs

Estelle Ceulemans, la nouvelle secrétaire générale de la FGTB Bruxelles a sa propre analyse du désintérêt de certains travailleurs pour les syndicats : "C’est totalement en lien avec notamment l’exclusion des chômeurs et les mesures qui ont été prises et qui sont entrées en application depuis le 1er janvier 2015. Elles visent à exclure des jeunes et des femmes des allocations d’insertion. Or, ces personnes, on le sait, sont pour beaucoup renvoyées vers les CPAS et sortent des radars. Dans un cas comme dans l’autre, effectivement le risque est grand qu’ils se retrouvent en désaffiliation syndicale ".

Désamour des jeunes

Plutôt que des responsabilités, Estelle Ceulemans estime que les organisations syndicales doivent relever certains défis : "Les organisations syndicales ont clairement des défis dans les années à venir, notamment lorsqu’on regarde la pyramide des âges de nos membres, qui sont quand même relativement vieillissants. Il y a quand même une forme de désamour des jeunes pour les organisations syndicales, qui est dû à plusieurs facteurs: le fait qu’on donne le sentiment, que les syndicats sont des conservateurs. On doit donc travailler sur une campagne d’affiliation pour les jeunes et les persuader que nous avons réellement un projet qui les concerne. "
 

 

 

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