Les suites de la conférence annulée de Théo Francken à Verviers

 Malgré un comité d'accueil hostile, Théo Francken est tout de même venu à Verviers hier soir. Mais il a dû fait demi tour à la dernière minute et n'a pas pris la parole comme prévu. L'ex-secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration N-VA devait donner une conférence sur son dernier livre "Continent sans frontière". Mais la sécurité n'était plus garantie ce qu'il tweetait. Certains l'attendaient de pied ferme devant l'hôtel verviétois où la présentation devait avoir lieu. 200 manifestants présents, des syndicalistes, des gilets jaunes, des jeunes d'extrême-gauche, de simples citoyens plutôt remontés et parmi eux, la bourgmestre socialiste de Verviers, Muriel Targnion que Théo Francken taxait d'"agitatrice". La situation a dégénéré : les manifestants ont lancé des chaises à l'arrivée des sympathisants de Théo Francken, des insultes ont fusé; la police est finalement intervenue avec des gaz lacrymogènes.

Plainte pour violence

Le calme est ensuite revenu mais pas Théo Francken... Lequel décidait de porter plainte ce matin, dénonçait la violence et notamment quelques dégâts à sa voiture. "On ne doit pas être agressif, on ne doit pas casser ma voiture, il y a des limites. Et je ne comprends pas que la bourgmestre se soit trouvée dans la manifestation, elle était responsable de la police, elle ne doit pas se mêler de manifester. J'ai beaucoup de questions en terme de déontologie sur cela". Le nationaliste flamand demande qu’une enquête soit menée sur l’attitude de la bourgmestre qui n’aurait, selon lui, pas essayé de ramener le calme lors des incidents. "Je vais porter plainte absolument car je ne peux pas tolérer ça, on vit dans une démocratie; j'ai aussi la Constitution avec moi et la liberté d'expression, ce n'est pas seulement pour la gauche".  

Questions sur le droit de manifester d'un élu

Ce matin, réaction de la bourgmestre de Verviers qui tenait à préciser qu'elle n'avait pas interdit la conférence de Théo Francken dans sa ville, par respect pour la liberté d'expression. Elle disait avoir " utilisé un moyen démocratique en manifestant" pour s’opposer à la venue de M. Francken, tout en pointant la participation d'autres représentants et sympathisants de partis politiques "tels qu'Ecolo, le PTB ou encore le cdH". "En tant que femme politique de gauche, je ne peux accepter ses propos. On ne peut pas nier que M. Francken a suscité de nombreuses polémiques à travers ses tweets que l’on peut assimiler à du racisme et de la xénophobie". "La police a fait son travail et veillé à la sécurité sur place, elle n’avait pas à assurer la sécurité personnelle de M. Francken ", estimait la bourgmestre, en réaction aux critiques émises par Theo Francken à son égard. A la question de savoir si sa place était dans la manifestation d'hier, Muriel Targnion persiste et signe : "Je suis bourgmestre mais je suis aussi une femme politique, de gauche. Un bourgmestre a parfaitement le droit de manifester. Et puis j'étais sur place; si la situation se dégradait, j'aurais pu - j'en avais convenu avec le chef de corps de la police - reprendre mon rôle de bourgmestre directement pour gérer les aspects de sécurité. La situation c'était 200 manifestants, 175 tout à fait pacifiques dont je faisais partie et puis effectivement on a vu arriver dans cette salle des gens crâne rasé avec des croix gammées tatouées, c'était vraiment un rassemblement d'extrémistes. Je n'ai pas interdit l'événement au nom de la liberté d'expression et parce qu'il se passait dans un lieu privé, mais je suis aussi pour la liberté de manifester".          

La ministre des pouvoirs locaux s'interroge

Valérie De Bue, ministre wallonne MR des Pouvoirs locaux s'interroge, elle aussi, sur la présence de la bourgmestre de Verviers du côté des manifestants. "Pour moi, il y a une ambiguité entre sa volonté de manifester et son rôle qui demeure en matière de respect de sa mission régalienne qui est de veiller au maintien de l'ordre public et de la sécurité sur le territoire de sa commune, et cela me pose question. Il y a clairement une confusion des rôles". Valérie De Bue souhaite dès lors dans les prochains jours certains "éclaircissements" sur le déroulement de la manifestation et sur le rôle qu'a joué la bourgmestre dans ce cadre. Le cas échéant, si une faute venait à être démontrée, Muriel Targnion risque... un rappel à l'ordre.            

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