Les sugar daddies, incitation à la prostitution: "C'est une façon d'exploiter la détresse des étudiantes"

Un énorme panneau publicitaire sexiste et incitant à la prostitution autour de l’ULB a créé la polémique. Plusieurs étudiants et membres de l’université ont en effet été choqués par la campagne d’affichage du site de rencontres RichMeetBeautiful.be ("Riche rencontre Magnifique"), un slogan qui s’adresse directement aux étudiantes et qui propose d’améliorer leur style de vie en sortant avec un sugar daddy.

Une photo d’une jeune femme avec un imposant décolleté complète ce slogan.

Opaline Meunier, présidente de l’Unécof, l’Union des étudiants de la communauté française, a annoncé qu'une plainte serait déposée aujourd'hui: "Et on va espérer qu’au niveau du parquet, il y ait une instruction qui soit menée pour savoir si, en Belgique, ce sera considéré, oui ou non,  comme une incitation à la prostitution et à la débauche".

Exploiter la précarité

Ce qui choque l'Unecof, est que ce site et cette campagne visent à exploiter la situation difficile des étudiantes: "Il faut se rendre compte que la précarité a maintenant de multiples visages. Ce n’est pas uniquement avoir des difficultés financières, c’est aussi une détresse affective, relationnelle, sociale. Et à l’heure actuelle, la précarité des étudiants a un visage de demande de bourses, d’une aide au CPAS, mais ça peut être aussi beaucoup plus complexe. Dans tous les cas, je pense qu’une étudiante qui a une vie confortable, équilibrée, saine et épanouie, telle qu’on pourrait l’attendre pour une étudiante en communauté française, n’aurait pas recours à ce genre d’activité. Dès lors c’est, d’une façon ou d’une autre, exploiter la détresse d’autrui et c’est contre ça qu’on s’insurge".

C’est la génération Kardashian

Sur le site visé, on définit une "sugar baby" comme "une personne attirante qui recherche les choses raffinées de la vie, elle apprécie les voyages exotiques et les cadeaux. La sugar baby a ainsi la chance d’expérimenter un style de vie luxueux et rencontre des gens aisés de manière régulière".

"C’est une catastrophe, explique Opaline Meunier. Vous imaginez ce qu’on explique aux jeunes femmes, surtout aux étudiantes, dans le cas de cette campagne ? Qu’il est acceptable d’avoir des ambitions aussi superficielles et d’avoir une certaine vacuité dans sa vie. Et cela ne pose question à personne: c’est la génération Kardashian. Et on se retrouve là à promouvoir ça, promouvoir ce type d’entreprises sur le campus de l’ULB. Je pense que sur tous les aspects, aussi bien intellectuels, moraux que pénal, on doit condamner ce genre de modèle qu’on impose aux jeunes femmes."

Actions en justice

Le jury d’éthique publicitaire va se saisir du dossier, a-t-il annoncé. La ministres des Droits des femmes en Fédération Wallonie-Bruxelles, Isabelle Simonis et son collègue en charge de l’enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt, vont également déposer plainte. Ils entendent se constituer partie civile au pénal en invoquant l’article 380 du Code pénal incriminant notamment l’incitation à la débauche et à la prostitution.

"Pour une fois qu’il y a vraiment une action en justice de la part des gouvernements pour faire cesser certaines pratiques, c’est une très bonne chose et il était temps, réagit Opaline Meunier. Mais je pense qu'au niveau des droits des femmes dans l’enseignement supérieur, il y a encore beaucoup de choses à faire. Il y a des secteurs où il y a 90 % d’hommes et 10 % de femmes, des secteurs qui n’ont plus diplômé de femmes depuis des années. Il y a encore énormément de choses, en effet, à faire en partenariat avec Jean-Claude Marcourt et Isabelle Simonis".

La secrétaire d'État bruxelloise à l'Égalité des chances Bianca Debaets va également déposer plainte, auprès du parquet de Bruxelles.

Elle a également l'intention de prendre contact avec les bourgmestres bruxellois pour qu'ils interdisent cette campagne sur leur territoire.

"La société derrière cette campagne agressive et ignoble est sans le moindre doute engagée dans le domaine de la prostitution de jeunes étudiantes", a estimé mardi dans un communiqué la secrétaire d'État bruxelloise à l'Égalité des Chances Bianca Debaets.

"Pour moi, il s'agit de l'exploitation de jeunes filles vulnérables, qui se trouvent parfois dans des situations économiques difficiles et qui sont attirées par la promesse de cadeaux onéreux et de rétribution financière si elles sont disposées à se lier à des hommes d'affaires plus âgés."

 

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